‹ Le Faust de GoetheChapitre 12 sur 166 · PROLOGUE DANS LE CIEL · texte numérisé non relu

PROLOGUE DANS LE CIEL

LE SEIGNEUR, LES PHALANGES CÉLESTES, plis MEPHISTOPIIÉLÈS.

LES TROIS ARCHANGES süvancent.

Raphaël. Le soleil, selon son anli(|ue manière, luit su partie dans le chant alterné des sphères, et sa conrse prescrite se termine par le roulement du tonnerre. Son regard donne aux anges la force, lors même que nul ne peut l'approfondir; les œuvres sublimes, insaisissables, sont belles comme au premier jour.

Gabriel. Et vite, et inconcevablcment vite^ la magnificence de la terre tourne autour, et la splendeur du paradis se change en la nuit profonde et ténébreuse. La mer écumante se soulève, dans sa vaste étendue, sur le lit profond des rochers; et rochers et mer sont entraînés dans la course éternellement rapide des sphères.

Michel. Et les tempêtes mugissent à l'envi, de la mer au rivage, du rivage à la mer, et, dans leur courroux, forment tout autour une chaîne impétueuse. La désolation llamboyante précède l'éclat de la foudre ; cependant, tes messagers. Seigneur, adorent le cours paisible de ton jour.

A TROIS. Ton regard donne aux anges la force, quand nul ne peut t' approfondir ; et toutes les œuvres sublimes sont splendides comme au premier jour.

Méphistophélès. 0 Maître! puisque tu te rapproches une fois, et demandes comment tout se passe chez nous, de même que tu me voyais jadis volontiers d'ordinaire, tu me revois encore au milieu de tes

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l'amiliuis. l'ardoiiiie ; jo no sais pas, moi, faire do grands mois, diiss6-jc m'exposcn- aux hiiécs do la compagnie; et d'ailleurs mon pathos te porterait certainement au rire, si tu n'avais perdu l'habitude du rire. Du soleil et des mondes, je ne sais rien dire; je ne vois qu'une chose: la misère des hommes, i.e petit dieu du monde est toujours de la memo trempe, et, certes, aussi curieux qu'au premier jour. 11 vivrait un peu mieux, ne lui eusses-tu pas donné le reflet de la céleste lumière; il l'appelle Raison, et ne s'en sert ([ue pour être plus bestial que la bete. 11 me parait, n'en déplaise à votre Grâce, une de ces sauterelles aux pattes allongées, qui volent toujours et sautent en volant, et n'en chantent ni plus ni moins leur vieille chanson dans l'iicrhe. Encore, s'il pouvait toujours rester dans l'herbe! mais non, il faut qu'il fourre son nez partout!

Le Seigneur. N'as-tu donc rien de plus à me dire? Ne viens-tu jamais que pour te plaindre? Kt de l'éternité, n'existera-t-il rien de bien pour loi sur la terre?

Méphistopiiélès. Non, Maître; francliement, je continue à trouver là-bas loul mauvais. Les hommes me font pitié dans leurs jours de misère; c'est au point, les pauvres diables! que moi-même jo n'ai pas le cœur de les tourmenter.

Le Seigneur. Connais-lu Faust?

Méphistopiiélès. Le docteur?

Le Seigneur. Mon serviteur!

Mépiiistophélès. Oui-dà! il faut avouer (ju'il vous sert d'une étrange manière! Le fou ne saurait se nourrir de choses terrestres; l'angoisse qui le travaille le pousse dans les espaces, il a à moitié conscience do sa démence; il veut du ciel les plus belles étoiles, et de la tej-re chaque sublime volupté, et, do loin ou de près, rien ne saurait apaiser l'insatiable aspiration de sa poitrine.

Le Seigneur. S'il me sert aujourd'hui dans le trouble, jo veux bientôt le conduire à la lumière. Le jardinier sait bien, lorsque l'arbuste verdit, qu'il portera plus tard fleurs et fruits.

Méphistophélés. Gageons que vous perdrez encore celui-là, si vous me permettez de l'entraîner peu à peu dans ma voie.

Le Seigneur. Aussi longtemps qu'il vivra sur la terre, aussi longtemps ce droit te soit accordé! L'homme s'égare tant qu'il cherche son but.

Méphistopiiélès. Grâces donc; car, pour les morts, je no me suis jamais trop soucié d'avoir affaire à eux. J'aime mieux les joues rondes (!t IVaiches : foin des cadavres! je suis un peu, à cet endroit, comme le chat avec la souris.

Le Seigneur. Bien; jo le l'abandonne. Détourne cet esprit do sa source originelle; entraîne-le, si tu peux le saisir, sur la j)ente, avec toi, et demeure confus s'il te faut reconnaître qu'un homme bon , dans les ténèbres de sa conscience, s'est souvenu du droit sentier.

Mkphistophélés, Très-bien ! ([ucl dommage que tout cola doive durer si

I' MOLO (il; H DANS LI- CHU..

|)cii ! Je Ji'ai pas triiiquiûlutlo sur luon j)ciri. Si j'atl(;ius à inoii J)iil, vous m'accordez pleine victoire. Je veux qu'il inorde la poussière, et avec délices encore, comme ma laule la fameuse couleuvre!

Lk Seignei;u. Tu peux l'avancer hardiuumt; je n'ai jamais haï tes pareils. Entre tous les Esprits qui nient, le drôle m'est encore le moins à charge. L'activité de l'homme est facile à se ralentir; il ne tarde pas à se laisser aller aux charmes d'un repos ahsolu. Aussi j'aime à lui donner un compagnon qui l'aiguillonne et qui, môme le diahle, le pousse à l'œuvie. Mais vous, purs enfants des dieux, gloriliez-vous dans les splendeurs de la beauté vivante; que la substance éternelle, active, vous entoure des suaves liens de l'amour, et que votre pensée fixe et persévérante donne la forme aux apparitions qui flottent insaisissables !

(Les ciciix se ferment; les archanj;cs se dispersent.)

Méphistophélès, seul. De temps en temps, j'ai plaisir à voir le vieux père, et je me garde hien de rompre avec lui. In si grand seigneur parler si humainement avec le diable, c'est très-h(!au !

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