DANS LE PRTIT JARDIN
(A table à trois,)
Baucis, à V étranger. Tu te tais, et restes sans porter le morceau à ta bouche béante !
Philémon. Il voudrait cependant bien savoir quelque chose du prodige; lu parles si volontiers, raconte-le-lui.
Baucis. Oui, vraiment, un prodige ! qui aujourd'hui encore me lient tout en émoi ; car la manière dont tout cela s'est passé ne me dit rien de bon.
Philémon. L'Empereur commit-il un crime en lui octroyant le rivage? Un héraut vint le proclamer à grand bruit. Ce fut non loin de notre dune ([u'on prit le premier pied, — des tentes, des cabanes! — ^^ Cependant, dans la feuillée un palais s'éleva bientôt.
lUucis. Le jour, les serviteurs travaillaient à grand bruit, — la pioche et la pelle, coup sur coup; — oii de petites flammes serpentaient la nuit, le lendemain s'élevait une digue. Le sang humain se répandait en sacrifice ; la nuit retentissait des cris d'angoisse, l'onde incandescente ruisselait du côté de la mer; au point du jour, c'était un canal. C'est un impie; notre cabane, notre bois, font sa convoitise ; et si fort qu'il se rengorge comme voisin , il faut être soumis.
Philémon. Il nous a pourtant offert une belle terre dans le nouveau pays.
DEUXlÈMli PARTIE. TdU
Baucis. Ne te fie pas au sol des eaux; garde ta demeure sur la hauteur.
Philémon. Allons à la chapelle contempler le dernier rayon du soleil. Allons sonner la cloche, nous agenouiller, prier, et nous abandonner au Dieu antique.