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DEUXIÈME PARTIE. 53:i

Tout va mal, tout dégénère; droit coutumier, vieux droit; impossible de se fier désormais à rien. Jadis avec le dernier souffle l'àme sortait ; je la guettais, et, comme une souris, vlan, je l'attrapais dans mes griffes. Aujourd'hui elle hésite et s'obstine à ne vouloir pas quitter le sombre logis, la nauséabonde demeure que lui offre le triste cadavre, jusqu'à ce que les éléments qui se haïssent unissent par l'expulser honteusement. Et quand je me mettrais des jours et des heures à la torture! Quand? comment? oii? Voilà la question. La vieille Mort a perdu sa force instantanée ; est-il même bien vrai qu'on meure? J'ai souvent lorgné d'un œil de convoitise des membres fort roidis : apparence ! le mouvement ne tardait pas à revenir.

(Gestes de conjuration fantastique, à la manière des tambours majors.)

Maintenant, alerte ! et qu'on double le pas î Seigneurs de la corne droite et de la corne croche, vrais diables de vieille roche, apportez-moi vite ici les gueules de l'enfer. A vrai dire, l'enfer a plus d'une gueule, et sait engloutir chacun selon sa convenance et sa dignité. Cependant, même en ce jour suprême, l'avenir finira par perdre aussi tout préjugé.

(La gueule effroyable de l'enfer s'ouvre k gauche.)

Les mâchoires s'entre-bâillent; de la voiite du gouffre ruisselle avec fureur la lave ardente, et dans les vapeurs du fond j'aperçois l'éternel embrasement de la cité de feu. Le rouge incendie souffle et gronde jusqu'aux dents; les damnés, implorant leur salut, arrivent à la nage; mais l'hyène colossale se referme, et les voilà replongés dans leurs sentiers brûlants. Dans les coins on ferait encore bien des découvertes. Tant d'effroyables choses en un si étroit espace ! Vous faites bien, en vérité, d'épouvanter les pécheurs, pour qu'ils traitent ensuite tout cela de mensonge et de fantasmagorie.

(Aux diables obèses de la corne courbe et droite.)

Vous, maroufles pansus aux joues de feu, qui si bien flambez, engraissés que vous êtes du soufre de l'enfer, épais lourdauds à la nuque engourdie, épiez là-dessous si vous voyez luire un brin de phosphore ; c'est l'àme, la Psyché ailée; plumez-la, soudain il ne restera plus qu'un vilain ver. Je la timbrerai de mon estampille; puis, en roule avec elle dans les tourbillons de feu !

Guettez les régions inférieures, grosses outres, c'est votre affaire. Dire qu'elle habite là, on n'en est pas encore bien sûr; cependant il lui arrive de se loger volontiers dans le ventre ; ainsi prenez garde qu'elle ne vous (îchappe de ce côté.

(Aux diables efflanqués de la corne longue et courbe.)

Vous, escogriffes, gigantesques tambours-majors, fouillez l'espace, travaillez sans répit des bras et des griffes, afin de la saisir au vol; il n'y a pas de doute qu'elle est mal à son aise dans sa vieille masure : le génie tend à s'élever aux régions supérieures.

LA TROrPE CELESTE.

Saintes phalanges , Frères des anses,

Bluuds messagers,' Portez la vie Aux affliges Dont le cœur prie !

Glissez, fuyez D'un vol agile ; Vivifiez

La froide argile, Blonds envoyés !

Et dans l'espace Laissez la trace De vos ardeurs ; Versez la grâce Dans tous les cœurs!

Méphistophélès. J'entends un bruit discordant, des sons désagréables; cela descend d'en haut, en môme temps qu^in rayon délesté. C'est cette race hermaphrodite que les sacristains afl'ectionnent. Yous savez comme dans nos élucubrations scélérates nous méditons la ruine du genre humain, et tout ce que nous avons jamais imaginé de plus infâme, votre piété s'en accommode. Ils viennent en tapinois, les drôles: ils nous ont ainsi filouté plus d'une àme, et nous combattent un peu avec nos propres armes, car ce sont des diables, eux aussi, seulement encapuchonnés. — Perdre la bataille ici, ce serait vraiment pour vous une honte éternelle; approchez-vous du tombeau et tenez ferme.

CHOEUK DES ANGES, Semant des roses.

Roses ardentes.

Incandescentes, Pures, tlottantes Au gré des airs, Lnmaculécs, Roses ailées De bourgeons verts ; Roses de flamme Qui donnez l'âme Et le désir ; Epanouies, Tombez en pluies, Allez fleurir !

Qu'un printemps pousse Vermeil et frais ; Il dort en paix. Joncliez la mousse De vos débris ; Portez-lui, roses.

Toutes les choses Du paradis !

Méphistophélès, aux diables. Pourquoi vous baisser et tressaillir? Est-ce donc là la contiime de l'enfer? Allons, tenez ferme, et laissez-les faire. Cha-

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