‹ Le Faust de GoetheChapitre 137 sur 166 · CHOEUR DES ENFANTS RIENHEIREUX · texte numérisé non relu

CHOEUR DES ENFANTS RIENHEIREUX

Où donc allons-nous? Oh! dis.

Dis-nous qui nous sommes. Père !

Nous sommes heureux ; à tous, A tous l'être est si doux !

PATER SERAPHICI'S.

0 VOUS qu'attirent les lumières.

Enfants nés à minuit, Esprits Et sens à peine épanouis.

Perdus aussitôt pour vos mères, Aux anges aussitôt acquis ; Vous sentez donc le voisinage D'im être plein d'amour? Eh bien!

Approchez vous, ne craignez rien.

Heureux enfants, morts avant l'âge.

Vous n'avez aucun sentiment Des rudes sentiers de la terre.

Descendez tous dans ma paupière, Petits, et mettez librement

ôi2 FAUST.

Mes organes à votre usage Pour contempler ce paysage!

'Il les prend en lui '. )

Voici des arbres et des monts, Voici des pics couverts de neige, Le torrent qui roule, et s'abrège Les âpres chemins par ses bonds.

LES ENFANTS BIENHEUREUX, du fond de soii cevveau.

C'est beau, mais quelle morne place !

Quel lieu sauvage et plein d'horreur!

Nous avons froid, nous avons peur ; Bon père, oh ! laisse-nous, de grâce.

Prendre notre vol danä l'espace !

PATER sEiiAPHicus, Isur donnant la volée.

Montez vers les plus hauts séjours, Aux derniers cercles de lumière; Croissez à votre insu toujours, Selon l'éternelle manière. Attirés plus haut, dans le bleu.

Par l'émanation de Dieu; C'est la nourriture de l'àme Qui flotte dans l'éther en flamme, La sainte révélation De l'éternelle efl'usion Qui seule prépare le vase Où doit se répandre l'extase.

CHOEUR DES ENFANTS BIENHEUREUX, tourbUlounant outour des plus hauts sommets.

Joignez vos mains Pour une ronde, 0 troupe blonde !

' Il s'est rencontré, au dernier siècle, un homme d'un grand fonds d'érudition et d'expérience, qui rêvait tout éveillé des habitants des planètes et des étoiles. Il tenait commerce avec les Esprits, et parlai! avec eux une langue idéale. Ceux-ci voyaient à travers ses yeux (car autrement, ainsi qu'il le dit lui-même, ils ne pourraient rien voir des choses de ce monde). Il sentait leur présence dans telle ou telle partie de son corps, principalement dans son cerveau. Il vécut trente ans de la sorte. Je veux parler d'Emmanuel Swedborg (qui reçut, en 1719, avec des titres de noblesse, le nom de Swedenborg), fils d'un évêque suédois, et né en 1619. Dès son enfance, on disait déjà de lui qu'il causait avec les anges. Lui-même, il a décrit l'état dans lequel il se trouvait au moment de ses visions. Il y en avait de trois espèces : la première (qu'on pourrait appeler la vision ordinaire, paisible), pendant laquelle il s'entretenait avec les Esprits, qui lui apparaissaient ou qui venaient se loger dans quelque partie de son corps ; la seconde, moins commune, pondiuit laquelle tous ses sens s'émouvaient progressivement jus(|u'à l'enlhousiasme prophétique; la troisième endn, la plus rare, lorsque, ravi par l'Esprit, il traversait en un clin d'œil, avec la rapidité de l'éclair, des sujets et des régions innombrables. Qui ne reconnaît, dans cet illuminé du dernier siècle, le type de ce personnage mystique de Goethe qui prend dans son cerveau les Enfants de Minuit, et leur fait voir le monde qu'ils ignorent, à travers le miroir de ses yeux, puis leur donne la volée vers les limbes? Symbole merveilleux de l'amour qui s'oublie lui-même, et dans son abnégation sublime s'efforce d'élever les autres! VoiLà comment, grâce à ce sens que Goethe possède à un si haut degré, et que je nommerais volontiers le sens de la localité, la poésie tire profit des plus étranges écarts de la raison humaine. En efl'et, les actes de la folie ne sont guère que des actes déplacés. Tirez-les du centre où ils s'accomplissent, pour les transporter dans une catégorie régulière, et vous les verrez subitement changer de face. Nul au monde n'a jamais mieux compris que Goethe cette impassibilité du grand poète, assis au fond de son Olympe, et qui prend çà et là, dans le chaos, des élénicnls qu'il classe et coordonne.

UKUXIKME PAUTIK. r,i5

Cliantcz sans (in Dos chœurs divins. Do joie iiriniense Tressaillez tous !

Instruits d'avance, Confiez-vous!

Le roi des anges Qu'en vos louanges Vous célébrez, Tous, dans sa grâce.

Ravis, en face Vous le verrez !

LES ANGES, ßoftcmt datis une atmosphère supérieure^ emportent la partie immortelle de faust.

Salul et gloire ! il ressuscite,

L'Ilote du monde des Esprits!

Celui qui sans cesse milite,

Nous pouvons l'absoudre à ce prix ;

Et si la grâce sollicite

Pour son salut du haut des cieux,

La phalange des Bienheureux

Prend son vol dans l'ardente nue,

Et célèbre sa bienvenue,

La joie au cœur et d.ms les yeux.

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