‹ Le Faust de GoetheChapitre 21 sur 166 · CHORUS · texte numérisé non relu

CHORUS

Avait l'amour au corps.

(Il cliante.

Siebel. Comme les lourdauds s'en donnent à cœur joie! La belle chose, en vérité, que d'empoisonner un ])au\re rat !

PREMIKUE PAKT II-:. 13o

Brander. Us sont donc l)ien avant dans tos l)onnos grâces? Altmayer. l.a grosse panse à tète chauve! Le malheur le rend doux et sentimental ; il voit dans ce rat enllé son propre portrait.

Entrent FAUST ET MÉPIIISTOPIIÉLES.

Méphistophélès. Je dois, avant toute chose, t'introduire en joypnsc compagnie , afin que tu voies comme on mène aisément la vie. Pour cette race, pas un jour qui ne soit une fête. Avec peu d'esprit et beaucoup de contentement, chacun tourne dans un cercle étroit comme de jeunes chats jouant avec leur queue. Pourvu qu'ils aient la tête libre, tant que l'hôte leur fait crédit, ils sont joyeux et sans soucis.

Brander. En voici qui arrivent de voyage, on le voit à leurs manières étranges ; à peine s'ils sont débarqués depuis une heure.

Frosch. Par Dieu ! tu as raison. Je prise fort mon Leipzig, c'est un petit Paris, et qui vous forme ses gens.

Siebel. Pour qui tiens-tu ces étrangers?

Frosch. Laisse-moi faire; avec une rasade, je vais leur tirer les vers du nez comme une dent de lait. Les compères me semblent de bonne maison ; ils ont l'air fier et mécontent.

Brander. Ce sont des charlatans, à coup sur; parions.

Altmayer. Peut-être.

Frosch. Attention ! je vais les bafouer.

Méphistophélès, à Faust. Ces pauvres gens ! jamais cela ne soupçonne le diable, pas même lorsqu'il les tient au collet.

Faust. Nous vous donnons le bonjour, messieurs.

Siebel. Bien des remerciements pour votre révérence. [Bas, regardant Méphistophélès du coin de l'œil.) Ou'a donc le drôle à clocher sur un pied !

Méphistophélès. Nous est-il permis de nous asseoir auprès de vous ? A défaut d'un bon coup qu'on ne peut avoir, on prend goût à la compagnie.

Altmayer. Vous me paraissez un homme furieusement blasé.

Frosch. Vous êtes partis tard de llipach ! avez-vous soupe ce soir avec M.Jean?

Méphistophélès. Aujourd'hui nous avons passé devant sa demeure sans nous y arrêter. La dernière fois nous lui avons parlé. Il nous raconta mille choses de ses cousins, et nous chargea de bien des compliments pour chacun d'eux.

(Il s'incline vers Frosch.)

Altmayer, has. Enfoncé ! tu as trouvé à qui parler.

Siebel. Un madré compère !

Frosch. Bon ! attends un peu, je l'attrape.

Méphistophélès. Si je ne me suis trompé, nous avons entendu des voix

lr)() FAUST.

exercées qui chantaient en chœur. En elTet, le chant doit résonner à merveille sons cette voûte.

Fkosch. Seriez- vous par hasard un virtuose?

Méphistophélès. Oh ! non ; la l'orce est peu de chose , mais l'envie est grande. ^

Altmayer. Donnez-nous une chanson.

Méphistophélès. Plus d'une si vous le souhaitez.

Siebel. Non; une suffira, pourvu qu'elle soit toute neuve.

Méphistophélès. Justement nous arrivons d'Espagne, le beau pays du

vin et des chansons.

(11 chante.)

Un grand roi dans sa maison Avait un beau puceron.

FnoscH. Silence! un puceron ! L'avez-vous bien compris? Un puceron! voilà un drôle de convive !

MÉPHISTOPHÉLÈS cliunle.

Un grand roi dans sa nuiison

Avait un beau puceron,

Qu'il aimait d'un amour tendre,

Presqu'à l'égal de son gendre.

11 fait venir son tailleur :

— Çà, dit-il, vous allez prendre

La mesure à monseigneur.

Brander. Surtout n'oubliez pas de recommander au taiHeur qu'il prenne la mesure la plus exacte, et que, pour peu qu'il tienne à sa tète, les culottes ne fassent pas un pli.

Page 1