‹ Le Faust de GoetheChapitre 70 sur 166 · DES PÉCHEURS ET DES OISELEURS · texte numérisé non relu

DES PÉCHEURS ET DES OISELEURS

Ils entrent munis de filets, de gluaux et d'autres instruments , et se mêlent aux groupes des jeunes filles. On cherche à se gagner, à se prendre ; on se dérobe, on se retient, et les tentatives réciproques donnent lieu aux plus agréables dialogues.

LES BUCHERONS.

Leur démarche est celle de manants grossiers.

Au large! au large! de la place! il nous faut de l'espace! nous abattons les arbres, qui tombent avec fracas, et, lorsque nous portons un fardeau, gare les tètes! — A notre éloge, proclamez-le; car si les manants n'agissaient dans le pays, comment les gens délicats se tireraient-ils d'affaire avec tout leur esprit? Sachez-le donc, s'il ne nous arrivait de suer, vous grelotteriez.

PoLicniNEi.LE, maladroit, preaque insipide. Vous êtes les fous — nés bossus; — nous sommes les sages — qui n'ont jamais rien porté : — car nos capes, — nos jaquettes, nos bardes, — sont faciles h porter. — Avec délices, — toujours oisifs, — chaussés de pantoufles, — par les marchés, les foires, — nous courons çà et là. — On nous hue, — nous nous en moquons ; — à travers la presse et la foule, — comme l'anguille, —

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nous nous glissons, nous dansons, lapageons ensemble. — Louez-nous, blâmcz-noiis, c'est tout un.

Des va: AsiTES, pal leurs avides. Braves bûcherons, — et vous, cousins — les cbarbonniers, — vous êtes nos hommes; — car toutes ces révérences,

— ces adhésions, ces phrases embrouillées, — ces équivoques, — tout cela n'échauffe et ne rafraîchit — qu'autant qu'on le veut bien. — A quoi cela sert-il? — Il faudrait que le feu — du ciel même — descendît par torrents, — s'il n'y avait des bûches — et des voies de charbon, — pour remplir l'aire et l'enflammer. — Le feu pétille, — le rôti grille, — la soupe bouillonne, — la viande cuit; — le vrai gourmand, — le parasite,

— sent le rôti, — flaire le poisson — et prend ainsi du cœur — pour le dîner du client.

Un ivrogne sans connaissance. Que rien ne me soit contraire aujourd'hui,

— je me sens si libre et si vaillant ! — de l'air frais, de joyeux refrains,

— c'est moi-même qui les souffle, et je bois, je bois, je bois. — Trinquez, vous autres, tin, tin, tin. — Ohé! là-bas; l'autre, viens ici! — trinque, et tout est dit.

Ma petite femme s'emportait — et mettait en pièces ce joyeux habit, — et comme je me rengorgeais, — elle me traitait de bâton de perruque;

— mais je bois, je bois, je bois; — que les verres tintent tin, tin. — Vous autres, b<àlons de perruque, trinquez; quand les verres tintent, tout est dit.

Ne dites pas que je suis égaré, puisque je me trouve bien ou je suis. Si l'hôte ne veut pas prêter, ma foi, prêle l'hôtesse! ou la servante à la fin prêtera. Toujours je bois, je bois, je bois! Allons, vous autres, tin, tin, tin! L'un avec l'autre, ainsi de suite, lime semble que tout est dit.

N'importe où je m'amuse et comment , laissez-inoi dormir où je suis couché, car je ne puis plus rester debout.

Le choeur. Que chaque frère boive, boive. Un joyeux toast, tin, tin, tin. Tenez-vous ferme sur le banc ou le tabouret. Pour celui qui roule sous la table, tout est dit.

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