BOILEV/IU) DES ITALIENS, 15, AU COIN DE LA P.UE DE GRAMMONT
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COLLECTION MlCH£L LÊV/
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Sst-il donc besoin pour captiver Tattention du pu- )}lîc le plus spirituel de l'Europe, de ces grossiers poriTaits dont on charge les défauts pour assurer la ressemblance, et de ces noms obscurs écrits en toutes lettres à propos d'une histoire galante dont la révélation jette le trouble dans les familles, sans aucun profit pour Tamusement du lecteur? Non, les ouvrages de nos meilleurs auteurs attestent le contraire ; et soit qu'ils aient imaginé ou raconté, ils se sont bornés à peindre fidèlement les vices, les vertus^ les grâces que l'on rencontre généralement dans le monde^ sans en faire d'application particulière ; ils ont prouvé qu'on peut retracer les caractères des gens qui offrent le plus de traits d'originalité, sans dépeindre leur personne et dévoiler leur vie ; et qu'enfin la connaissanee des modèles n'ajoute rien à l'effet des tableaux.
Il y a peut-être beaucoup de présomption à tenter le succès d'un roman à une époque où l'esprit tourni vers des intérêts politiques, chacun fait, ou croit faire de l'histoire; mais n'avons-nous pas le droit d'espérer que le moment approche, où les grandes questions débattues si souvent seront enfin décidées à l'avantage de tous ; et que, n'ayant plus rien â craindre pour leur repes et leur liberté, les Français reviendront aui loi*
sirs qiiî les charmaient autrefois? Le culte de la raison n'exclut point les plaisirs de l'esprit, et les hommes qui font les grands événements d'un siècle doivent lire, il me semble^ avec intérêt, les aventures et les moindres faits qui s'y rattachent. C'est dans cette confiance que j'ose publier cet ouvrage* S'il passe inaperça, je m'en consolerai par l'idée qu'il avait à lutter contre des circonstances trop graves; s'il oKtient quelque succès, j'en serai fière comme d'une victoire, et j'en ferai l'hommage à ma chère Delphine, en reconnaissance de tout le bonheur que je lui doi8«
C'était dans la fatale année où l'incendie de Moscou éclaira nos derniers triomphes. Le froid, la victoire et la mort, conjurés contre nous, semblaient s'être coalisés pour venger le monde de l'excès de notre gloire* Les soldats que le fer et le feu n'avaient pu abattre, suceombaient à la rigueur d'un ciel glacé, et regrettant la vie moins que le combat, expiraient honteux de leur mort inutile. Parmi ceux que la conGance ou la jeunesse aidaient à braver tant de maux, on remar-
quait Th6obald %l Léon. Séparés par la naissance, par le crime d'an père, unis par les périls, le courage et ramoiu* de ia patrie, ils offitaient le modèle de cette amitié saJA^e, consacrée par les poètes antiques. Ce <;ulte de deaz ânies pnres^ cette religion divine^ on y «royait ayrè^ les avoir vqs ; et depuis les généraux qui les eommandaieni jasqu'aux soldats qui leur étaient soumis, tous les. estimaient, les aimaient en commun. L'un d'eux se distinguait^il par un trait généreux, par une action glorieuse, oa ne les racontait jamais qu'en disant : a Ils oait secouru tel malheureux, ils ont fait tant de prisonniers,» et le pauvre blessé rendu à la vie par leurs soins, lorsqu'il avait remercié l'un, se croyait quitte envers l'autre.
Cependant cette amitié si noble et si dévouée était née de la baise. Léon de Saint-Irène,, ûls d'un riche colon, avait perdu son père dans ces temps affreux où le rang, lia fortune étaient punis de mort. Le comte dû Saint-IrènBi caché dans im village aux environs do Paris, avait été découvert et dénoncé par le trop celèbre Ëribert (i). Ce membre zélé d'un gouvernement féroce n'aurait peut-être laissé de lui que le souvenir d'un homme doux et spirituel^ si les horreurs de la
(1) Nom «ubatitiié au TéritaUe.
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Ré^Iotion n'étaient point venues éprouver son cou- ^àge. Mais dans ce chaos d'actions extravagantes et4e sages principes, d'audace et de frayeur^ de I&cheté et et d'héroïsme, Etibert avait, pour ainsi dire, perdu le <!Œar et la raison ; comme plusieurs autres, il s'était fait bonrrean de peur d>ètre victime^ Sans pitié pour tout ce qui l'avait émn^ dans sa vie, la crainte de parait^ sensible' aux cris dexlésespoir qui retentissaient de txmte parf, le rendais plus barbare encooe ; car le moindre signe d'àttenérissement pouvait le dénoncer lui-même, et. le conduire sur cet écbafaud quotidien dont l'image le frappait d'un terrible pressentiment Hélàs 1 ïl n^e ïe couvrait de tant de victime» que pour s'en dérober Taspect ëpouvaniable.
Mais si la peur, ce démon des âm«s> faible», les dé» livre parfUisd'un danger, c'est pour les'précipiter dans fin péril plds grand encore. En se faisant la eréatora, i'i'Dstrumetit Ses tyrans de cette époque^ firiberl se tronva enveloppé dans Fafrrêtqui en fit justiœç et rc 9 themridër rendit Tbéeèald orphelm.
-^Les désordres de la Révoluëon n'ayant ni aiccru ni diminué la fortune de son père, Fhéiritageiqufilien sa- €neil1it, joint i celui de isa mère, lui composèrent un revécu de quinze* ai seize mille francs, hà mmtié de
celle somme, confiée à l^adminislration d'un honnête tuteur, avait été consacrée à Téducation de Théobald. Admis à dix-huit ans à l'école militaire de Saint-Cyr» c'est là qu'il avait rencontré Léon de Saint-Irène. Leur première entrevue fut le signal d'un combat sanglant : Léon n'avait pu entendre prononcer le nom d'Eribert sans entrer en fureur, sans demander à Théobald compte du sang répandu par son père. Us s'étaient battus. un jour de sortie, et Théobald était tombé percé d'un coup violent; il le crut mortel :
— Que ton père soit satisfait, dit-il; comme lui, je meurs innocent.
A ces mots, Léon, déchiré de remords, le conjurait de vivre, et voulait se frapper lui-même, pour expier son injuste fureur.
— Je suis un assassin, s'écriait-il, devais-je t'ac- Cttser, te flétrir d'un crime qui n'est pas le tien, et venger sur toi un meurtre déjà puni par le ciell
Enfin, les soins, Famitié de Léon ranimèrent Théobald ; mais sa convalescence fut longue. Le bruit de cette affaire étant parvenu aux oreilles des chefs de l'école, il fallut de hautes protections pour maintenir les noms des deux nouveaux amis sur le tableau des élè- m!' Tes. Mais on eut bientôt à se féliciter de Tindulgeuce
exercée envers eux; car depuis ce moment, assidus au travail, soumis à la discipline, Léon et Théobald offrirent Texemple d'une conduite irréprochable et d'une application qui prouvait à la fois leurs moyens et leur vif désir de se distinguer parmi nos officiers les plus instruits : bons, dévoués, ils se faisaient pardonner leurs succès par leur soin à n'en jamais humilier leurs camarades ; aussi le jour où^ choisis pour aller remplir les cadres de l'armée, ils quittèrent l'école au son du tambour, on vit tous les élèves pleurer en leur portant les armes.
Arrivé à Mayence^ Léon trouva une lettre qui lui apprit^ue sa mère et sa jeune sœur venaient de débarquer à Bordeaux, pour se rendre au château de Melvas, où le frère de madame de Lormoy était retiré depuis peu d'années. A cette heureuse nouvelle^ Théo* bald s'étonna de voir son ami s'affliger.
— Après une si longue absence, disait Léon, ne pas larevoir, mourir peut-ètresans l'embrasser^sans connais tre ma sœur l m'éloigner de la France au moment où elles y viennent pour moi, au mom^t où j'allais enfin
tiouverune famillel rendre à ma mèrece fils qu'elle a ^ #a je k>uraged'envoyer en France si jeune, pour faira ^ wn éducation; qu'elle aura peine à le reconnaître.
tO %E FAUX FRERB
— Ta ia tenvrras bientâV répondit Théobald d'trn ton imposant, eft je iB défesids de douter des fnccès qnî nous attendent^ car le guerriear <pâ prévoit sa dé* faite est i mgiitié vaincu.
-«- Tu ksais bioii, cher Théobald^ oe n'est pas pour moi que je cedauts la mort, mais ma mèrei...
Et Léon ne pouvait irelenir ses larmea.
— Ta mère te pardbnnera ée lui avoir dé»d)éi en te revoyant pâté 4e Tordre des braves; d'aflleurSi en sni*vaot ta vocation pour les armes, to fais de boaine volonté €e que les autres sont forcés de faire. La conscriptioa et les grades d'honneur te justiieront assez; et ta mare #ltah*mûme mterait pa différer Ion départ poop Tarmée. .
---Gltee'eiiittfMeâtfoartant, reprit Léon, mononcle devaiC J'àppnyer 4e son eréidit auprài du ministre do la guerre, et elle espéraif que fat voix de oe malbeànn père serait entendue, et qu^après avoir vq périr flon flb inRqne 4a9is' la deraière campagne, il pourrait «mserwr «on nmm^ à sa fiimille, Mais loin d» me prêter i ce pre$«t, j\in ai rendu Texécatiott impossibie, en priant no» chefe aveo mslanoe 4e^ me eomprendre dians le nombre des élèves qui ^sortiraient les' premi^ni ^nmr étre> envoyés à Varmée. Yoilft mon tort.
Tn lirais dû attendre le retour de ma faraiUe pour disposer de moi.
— Qu'en serait-il résulté î elta n'aurait point con*senti à ce qfne^ tu désirais, et il aurait fallu braver sonc autorité on t'y trotimettre en' la nA»dMsanii. : deux? partis également pénifiles. Ne Tauft»!! pas miev»} céder à sa propre împulision? Grois^moi, Léon, la voeatiom des hommes est une inspiration du ciel, et renfmtqni se sent enflammée à la vue d'im casque et à-un» épée, est né général.
— Oui! répliqua Léon d*un ton animé; je ne pouvais suivre d'autre carrière, et Ton verra bientôt ri j'avais raison de la choisir.
C'est ainsi que Tespérance d'un succès prochain triompfaaft dl8ff regrets du fils lé plus tendre. Mais an milieu de ce bruit de conquêtes, pouvait-on éooutet d^'autres conseib que ceux de la gloire.
C'est prU^ dtr IfMmifn fue ^Dviobald et mu ami< joi^ gûirent ramféèt BsmSvtoent au moment mèmerà nue dtpvtatioû det' piincîpanx babitant» de Wilna*
venait au-devant de Napoléon pour lui remettre le» clefe de la ville. Il y entra vers midi, et se rendit surle-champ aux avant-postes du général B..., pour examiner sur quelle direction se retirait l'ennemi. On le poursuivait de l'autre côté de la Wilia, lorsque, dans une charge de cavalerie, deux officiers blessés tombèrent au pouvoir des Russes. Tbéobald et Léon^ ayant été choisis pour les remplacer, ils se félicitèrent de servir dans le même régiment et de pouvoir combattre l'un près de l'autre, sous les ordres d'un général dont la jeunesse et la valeur leur servaient à la fois d'émulé et de modèle*
On croira facilement que sous de tels drapeaux les; deux amis se distinguèrent. Nous ne les suivrons pas dans les différentes affaires de cette campagne si glorieuse et si funeste ; le courage de la raconter n'appartient qu'au soldat qui l'a bravée, et nous nous bornerons à dire qu'après avoir mérité un grade et la croix d'honneur à la bataille de la Moskowa, après avoir traversé les flammes de Moscou, tous deux tombèrent au pouvoir de l'ennemi dans la malheureuse bataille de Malo-Jaroslavetz. Attaqué par des forces supérieures, Je général Delzons, qui défendait avec obstination la barrière de la ville, venait d'être tué. Théobald et
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Léon; empressés de venger la inorf d'un aussi brave général, se précipitèrent dans la mêlée, sans penser que la division^ découragée par la perte de son chef» s'était dispersée, et qu'ils combattaient presque seuls eontre une armée. Léon, frappé d'une balle, succomba le premier, et Théobald, déjà couvert de blessures, ne pensa plus à se défendre en voyant tomber son ami.
Il espérait la mort; mais s'adressant aux officiers russes qui, même en l'accablant, ne pouvaient s'empêcher d'admirer son courage :
'— Arrêtez , leur dit-il, ma vie vous appartient; mais je pourrais la disputer encore, et je ne vous demande, pour prix de ma résignation, que la douceur d'embrasser une seule fois mon ami avant de mourir; ne me la refusez pas.
Ce noble désespoir, l'accent qui accompagnait cetu touchante prière pénétrèrent jusqu'au cœur du commandant nisse» : il ordonna que Théobald fût conduit auprès du corps de Léon, qu'une horde de cosaques s'empressait déjà de dépouiller de ses vêtements. Il fallut les frapper à coups de sabre pour les forcer à quitter leur proie. Mais, ô joie inespérée, a peine Théobald s'esl-il précipité sur le sein de son ami, qu'il croit le sentir renaîlre. Ce n'est point une cr*
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reur : un I^er souflBe s'échappe de ses lèvres livides.
— Gr?.nd Dieu! s'écrie Théobald, il respire encore 1
fi ' Ah I mei> amis 1 secoureB^le 1
Les officiers; russes, touchés de ce spectacle, et sonnant du nom que* l'espémnce de Théobald teur accordait, l'aidèrent à souieter le pauvre blessé et à le transporter à' Fàmbulance. Là, un habile cïrirurgien parvint à extt'aire la balle qui avait mis Léon dans le plus^ grand' danger; ef gr&eesaiH: soins de son ami, ^t aux recommandations è'tmatde'de oamp^da général PIato*w^, Lébnr ftrtr bièntM en étaf doi pavfisgep Ils sort destiné^ aux* mialirevreux pi^onmiienr firançaiei
Ils étaient déjft réuniîs à Cbtonn» au nomlm de embuante, tftiit seldalb' qu^iffieiessy lofsqii!ite) retiiffeBt> l'ordre de se mettre en route po«r Tombow. A l'air affligé qm^ piriV l^de dé camp russe^ en appoiitaiAt cette nouvelle anir deux îtfeDtu»â$ amis^ ils^devinànsnt uim fvrtië A60 mauvais^ tirailiimenUP fo^b aliaieatl aroûr à. «trpporler» Capesdanif ilB' étoimt HOd» sohb Ih giante d^un jeuiMrpriiiee, qui, éleié ians lai omir A^usr sonverain poli et afibble, aa éevaitipiMifigMrof'leViégacds iMs àila brftTOor» il an maiheav.
Mais cet éSégant Tartare, si: galant avec les ftmmas; pte qm tfoQx avee ses ^gaux, était lliommrle ph»
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iliir envers ceux que son grade on leur positioaloi soumettaient. Son premier acte d'aalorHé, e& arriyanl à Cof orana^ fat de taire feuiiter les prisoaftiers, et de s'emparer des lettres et de Targent dont ils étaient munis; Taide de camp, instruit de eetle nusurei en prévînt Léon, et lai dît :
— Remettez moi ce soir ceque voua vomies sauver de la perquisition de nos eliefe ; je tous le rendrai demaia cousu dans Tes manchesde deux grosBesipeUesea qui voua aideront à Irraver notre climat; car voua ne savez pas quel n-oid vons aUtend dans las plaines d'(Mriembonr<g.
A ces mots » Théobald et Léon se regardèrent comme pour se conGer leur attendrissement ; puis teidant la main à son jeune protecteur, Léon dit :
— Je vous devais déjà la vie, et Je vous en devrai k consolation si vous pouvez me conserver le seul bien qui me resté*
Alors il IiH eemit m portsCeiiilla contenant les let* très de sa mère^ 4tm sqsihv ^t la^ boite qui len&rmait leurs deux portnilsi Ce perlefeoiUB précieux avait été apporté i Léon psr llGUiditaar chargé des dépêches da Conseil d'Étal^ pea de< jours avant le, désastre 4e^ Moscou 9 eleeBgag« db latendreaM d'une mère» es loâchamt soutenir Mi devenaient aujourd'hui d'autant.
plus cbers qu'il n'avait pas l'espoir d'en recevoir de longtemps de semblables.
Le lendemain, au moment de se mettre en route, le brave Nerskin, fidèle à sa promesse, vint embrasser ses deux prisonniers ; mais sans vouloir entendre les expressions de leur reconnaissance, il les conduisit dans la salle basse où leurs camarades d'infortune attendaient le signal du départ ; là un cosaque s'étant approché d'eux, leur jeta à chacun une pelisse sur les épaules, et s'enfuit en poussant un cri sauvage, qui témoignait sans doute la joie d'avoir gagné la récompause promise à son intelligence et a son zèle»
Pendant cette pénible route les deux amis n'eurent d'autre plaisir que celui de s'entretenir des intérêts de Léon. Après une journée de marche, lorsqu'ils pouvaient obtenir la faveur de ne partager leur chambre i coucfaer qu'avec les bestiaux des maltjres de la, cabane, ils sortaient de la poche secrète le portefeuille dû aux soins généreux de Nerskin.; Léon contemplait le portrait de sa mère, et relisait ses lettres ea soupi*
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ranty tandis que Théobald, les yeux fixés sur l'image de la jeune Céline, paraissait enseteli dans un Th% enchanteur. ^
§ -«Quelle fatalité I s'écriait Léon, succomber au moment de s'illustrer peut-être, quand j'étaissi fier du plai* sir que nos succès allaient lui causer ; car elle sait main-^ tenant nos récompenses obtenues sur le champ de ba-^ taiQe^ et c'est l'àme encore toute joyeuse de la gloire de son fils qu'elle va apprendre.. • Àhl mon ami^ on ne brave jamais en vain les ordres d'une mère.
— Sans doute, elle est malheureuse, répondait Théobald, mais n'a-t-elle pas auprës d'elle une fill& chérie l Ou ce portrait n'est pas fidèle, ou l'être doué de ces traits gracieux, de ce regard si naïf et si doux doitj par sa présence et ses soins, consoler de tous les chagrins. Tu ne m'avais pas dit que ta sœur fût si joUe?
— Je l'ignorais moi-même; as -tu donc oublié qu'elle avait quatre ans au plus lorsque ma mèr^ l'emmena à la Martinique, et que je ne les ai point revues depuis ? .s>
Théobald savait très-bien que la mère de son ami^ veuve et ruinée par les suites de la Révolution, s'était vue contrainte d'accepter la main du vieux marqiiig
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<l6.Lormoy pour assurer Texistënce de Lébnféè' Sainte Irène, mais iîse plaisait â M Mw ré^^ter tous lar détails relatifs à Teisfance de cette charmanta Géliiie.
— Je crains, M disaft-11' stm^Mt; que ccrttïi enfant <i'un autre père que le tiennei fiiispire qnelcpie ji^ lousie.
— Cela serait bien ihjtnstë di9 ma part, répliquait/ T^éon, car le second' mariage die ma mère, Imti'de'di^** rainuer sa tendresse pour moi, n^a ftil que m'ac* quérir deux cœurs de plus ; mon état, ma fortune^ je dois tout à la générosité de M. de Lormoy ; ^^^^ lui ^ui a pourvu aux frais dé mon édxica1$<m> et' c'est encore lui qui m'a légué la somme qui m'àSduTennt toanète ind<épenâance ; maËr cette somme, je ntt) puis oublier qu^elIé revendît de dVcit à! sa ffite, et> malgré la promesse qu'elle éxigie^ S& limi> aj<oirtà) Léon, en montrant à Théobald une lettre de CéRiM'; malgré mon respect pour lès dernières* Yolonrtés do mon bienfaiteur, je ne serai satisfait qu'après avoir rendu à ma sœur Thérilage entier de son père.
^ Pendant que Léon recherchait tous lés moyens qui f^o seraient oflerls pour accomplir ce vœu s'il était rfifcté libre, Tbéobald lisait là lettre de Céline, et tout ^ux divers sentiments que lui inspirait cette lecture,
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il n'écoutait pas un mot des suppositions de son anri.
Céline écrivait à son frère :
a Reviens donc^ je suis impatiente d'obéir à m«m père. Ne mVt-il pas recommandé en mourant de reporter sur toi la confiance que Ton doit à son in'otecteur, son guide.
« Je te laisse, me disait-il, sôusla douce autoriié d'une « mère souffrante, malheureuse ^ et qui ne saurak <i ajouter à tous ses chagrins celui de te contrarier, de « l'imposer peut-être un sacrifice nécessaire. Ton frère, « plus âgé que toi, ce Léon que j'aimais comme vn n fils, et qui devient aujourd'hui l'appui de ma fa- <c mille, aura Je courage d'être plus sévère. Prometsn moi de suivre ses conseils ; le malheur a formé « sa raison ; laisse-toi conduire par lui dans ce monde, a dont tu ignores les dangers ; qu'il soit ton Mentor, a ton ami ; enfin, qu'il remplace ton père. »
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a Tu vois bien, cher Léon, qu'il faut que tu m'adoptes, ne fût-ce que pour me soustraire à l'autorité de mon oncle, dont les bienfaits me font trembler. II parle de me doter, de me marier, le tout à sa fantaisie ;
s» LE FAUX FlîÈRE
heureusement il me trouve encore trop jeune et trop sotte pour faire le bonheur d'un gentilhomme gascon; mais il me menace déjà de faire venir de Bordeaux de vieux maîtres d'agréments, pour changer mes chansons en romances plaintives, et ma danse créole en gavotte sérieuse. Comment ferais-je pour comprendre ces leçons-là, moi qui n'en ai jamais reçu que de ma mère! viens donc à mon secours; j'apprendrai de toi les talents qui me manquent pour plaire à un mari ; mais c'est à condition que tu choisiras le mien , qu'il sera ton ami,^ue tu lui feras jurer de ne jamais m'éloigner de ma mère ; car si tu es ce qu'elle aime le plus au monde^ je suis l'enfant dont elle a le plus besoin. Ahl réunissons-nous pour prolonger sa vie; nos sentiments^ nos intérêts, nos vœux sont les mêmes. Nous ne nous connaissons pas, voilà tout ; mais n'est-ce donc pas se connaître assez que de se chérir et s'attendre?
a P. 5. J'exige de toi la promesse de ne point refuser ta part dans Théiûtage de mon père, sinon je croirai que tu me refuses aussi le doux nom de sœur. »
•— Et tu pourrais résister à sa prière ! ditThéobald, »'»]»i'vj:s avoir lu ces mots ; non, ce serait offenser l'âme
LE FAUX FRÈRE 1i
It plus noble, et ce n'est pas toi qui craindrais de lui âeYo> quelque chose. ••; mais je comprecL'^«i lesmo* tifs 06 ton refus : Céline sera bientôt dépendante d'un autre, et si tu consens à tout accepter d^elle, tu ne "veux rien devoir à son mari,
— Sans doute, reprit Léon^ il n'esdste qu'un ami ««quel je voulusse avoir une telle obligation, et j'ai souvent pensé... Mais cet oncle qui lui destine sa fortune... Le monde, les préjugés, cette affreuse Réve-^ lution/tt
— Je t'entends^ interrompit Théobald, la pâleur sur le visage^ n'en reparlons jamais.
Et il repoussa tristement le portrait qui était sous ses yeux ; puis, refermant la lettre de Céline, il la rtndit à Léon, lui serra la main, et sortit de la cbambre.
IT
Arrivés à Tombow, où le froid se faisait déjà cruellement sentir, les prisonniers apprirent qu'un nouvel «rdre les envoyait à Oriembourg. C'était joindre l'exil à l'esclavage; mais Tbéobald et Léon, préparés à cette «leuble rigueur, par quelques mots échappés à Ners-;
km, s'y <80iniimiit fians muirmureci. l\ n'en fat pM de inèmedeJaplap»idel6iii^.i2anuti)ade8.; Us fie révoir lèrent, et ks neBAOCs de quelques malbeuroux idésaiy iDés n'abontivcnl qa*k Mie Tedmxbleir ks maiitai& traitements dont on accablait ééjà imis. les j^isoar
Le prince laftare, qui èésimi éfare de retour A Saint-Pékrsbourg pour l-époqne des hahi^ leuff CufiaU faire des marches forcées^ et déjà ^ImsieBiB jsoldate épuisés de fatigue étaient tombés morts sur la oeigcu Théobaid et Léon, si forts contre leur psopve souffrance, ne purent "voir sans horreiir tant de l)ari)arie exercée sur leurs «emya^efii d'acmesy et s'approcbant lous deux da eommaBdant :
•— fipargnea^Toiffî tant de p«oe«. leur disaDtrilf^ faites-nous tous fusiller, mais ne nous livrez pas l'un après l'autre à la mort la plus affreuse. Vos ordres me sont connus, ajouta ThéoBafld, vous êtes responsable de notre vie, et si vous ne consentez pas à nous laisser repeser dans ce «village, je vous le iirédis», ¥ettft itérez puni commeuii vil assassin^ et par les oràrea de vetre maître..
Cette prédiction^ faite (d'un ion A ferme, arrêta le pfiM)eaa moment oà ilse disposait à Mre saisir lee
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deux amis. It se rappela tout à coup que^ dans une circonstance aussi désespérée, des prisonniers français étaient pervenus à désarmer leurs conducteurs et i fie ven^ger d'un commandant; et feignant de céder à la ,pitié» non à la crainte, il consentit à ce qu'exigeait Tiïéobald.
Mais un Jartare bumilié ne vaut pas^inieux qu'un autre homme, et depuis ce jour, Théobald et Léon devinrent les victimes particulières de la rigueur du commandant. En arrivant à Oriembourg, il ne voulut pas leur permettre d'habiter plus d'un jour dans la ville, et 11 les envoya chez les misérables paysans d'un village sur les bords du Jaïck; ils obtinrent, avec bien de la peine» la faveur d'emmener un de leurs soldats pour les servir.
Pendant la peu d'instants qu'ils restèrent à Oriem* bourg, Léon se rappela que Nerskin lui avait remis avec ses papiers ime. lettre à l'adresse d'un marchand de cette ville; il s'empressa de la lui porter^ et il apprit pair ce négociant qu'elle contenait une traite de deux cents roubles au porteur. Elle expliquait aussi comment cette traite avait été substituée par l'officier Ner^n à une lettre de change qui se trouvait dans le> portefeuille de Théobald.
Ce nouveau bienfait de Nerskin parut à Léon et à son ami un secours envoyé du cielj car obligés de passer Thiver dans cette contrée sauvage, ils ne pou« valent se procurer qu*à force d'argent les moyens de braver un climat si rigoureux. Cependant la fierté de Léon s'alarmait en pensant qu'il ne pourrait peut-être jamais reconnaître cet important service, lorsque Théobald lui dit :
— Sois tranquille , si la mort nous empêche de payer cette dette, quelque oificier français nous acquittera envers ce brave jeune homme ; et puis, il se peut que cet argent nous appartienne. En quittant Wilna, je m'étais muni d'une lettre de change, qu€| j'^ai perdue avec mon bagage à Malo-'Jaroslavetz. Cet effet est sans doute tombé entre les mains de Nerskin, <et, trop honnête pour se l'approprier, il l'a échangi contre celui-ci.
— Que cela soit ou non, reprit Léon, ma reconnaiesance est la même.
Âpres avoir escompté ce billet, 1 e marchand fit aux deux jeunes prisonniers des ofl'regi de service qui lee touchèrent vivement ; d'abord il s'engagea à faire ^)asser une lettre d'eux à un négociant de Hambourg,' ^jui se chargerait de la faire parvenir à leur famille ;
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cTîstiite, il leur promit de les tenir au courant des événements de la guerre et de l'arrivée des nouveaux prisonniers qui séjourneraient à Oriembourg ; mais il ne leur cacha pas que, redoutant plus que personne la colère de leur commandant, la sévérité du gouverneur de la province et la surveillance de ses agents, il ne pourrait servir les protégés de son ami Nerskin que dans le plus profond mystère. D'après cela^ il fut convenu qu'ils ne communiqueraient ensemble que par un intermédiaire* Marcel, ce brave soldat, surnommé la Colonne par ses camarades, à cause de sa haute stature et de la quantité de batailles inscrites sur son corps en larges cicatrices; ce Marcel, enfin, choisi par les deux amis pour partager leur mauvais sort, devait £6 rendre un jour de la semaine au bazar de la ville, >oà les Kirgis viennent échanger leurs marthes zibelines contre des étoffes d'Europe, de mauvaises armes «t de la poudre de chasse. Là, le marchand Mikaël pourrait rencontrer Marcel, et lui donner les nouvelles qui intéressaient les jeunes capitaines.
n faut s'être trouvé dans de semblables situations pour se faire une idée du bonheur attaché au moindre événement qui ranime l'espérance. Depuis que Théobald el Léon possédaient quelque argent, et qu'ils
avaient vu un marchand tartare s'apitoyer sur leur triste esclavage, ils imaginaient cent moyons d'y échapper, mais tous d'une exécution à peu près impossible. L'embarras n'était pas de s'enfuir du village où on les condamnait à passer l'hiver ; mais comment se frayer un chemin dans ces déserts de nei^e, et traverser, sans se faire arrêter, un pays dont on ne connaît ni les habitudes, ni le langage?
Tant d'obstacles ne décourageaient pas Léon dont Tunique pensée était de revoir sa mère, mais il se croyait pourtant obligé de céder aux représentations de son ami, lorsqu'il lui démontrait que le plus grand chagrin qu'il put causer à sa famille, était d'aller chercher une mort certaine dans les glaces de la Rufisie.
— Laissons faire la destinée, disait Théobald, j'ai le pressentiment qu'elle me fournira bientôt une occasion d'adoucir .tes icnnuis; je ja'ai pas comme toi la crainte de désespérer une mère, unejsœur, et Je puis me risquer sans xemords...
— Ingrat, s'écria Léon.
— Oui, j« l'ofifense, reprit Ihéohald, ton ami n'a pas>le droit de mépriser .la >Yie, mais, ne lui est-il pas peroiis da s'exposer jpaur emyptèjcher ta mère de suc*
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coTnber à raflVeuse idée que peut-être soa fil» nfoiisle
plu^? ^
— Non, je të défends de me quitter; sans toi, je la sens, je n'aurais nulle fbrce cont*»e' les ennuis, les- remets qui m^accabient ; airec mon'capacftère sombre, malheureur, j*ai besoin de tes soiosr, de teu gaieté pour soutenir mon courage; je sais bien quE tu të fais plus gai que ttt ner Vès aai fbndpour combartitre ma tristesse, mais cela nous* rentf serriez à tous' deux' : tu ris pour me consoler; je cfiercbe k rm distraire pour moins Vaffliger, et cet eS6r€ mutuel nous fkit tout supporter.
— « Si c'est ainsi', jëreste", pépondit gaiement. Tbéobald, et je vais dës( ce moment tout disposer pour affisrurer M plasârs de' ncAre. Invar diras ce: lieu de <lélices.
A peine installés dans la plus pauvre cabane du Tillage^ de Kamu. les deux amis reçurent la visite du pope (1) de la paroisse. C'était un bomme de quarante
(1) Nom que les Russes dcnoeiir à leon prèbe» du citgvee»
2S LE FAUX FRËRC
ans, que ses cheveux longs et plats et sa canne de jonc distinguaient seuls des autres paysans tartares ; il avait appris quelques mots de latin au séminaire d'Ëffa, un peu de français chez des Polonais exilés qui l'admettaient souvent à leur table ; et^ à la faveur de cette légère érudition^ il passait pour un savant lettré sur les bords de lUral.
Théobald lui fit l'accueil le plus gracieux en s'excusant de le recevoir au milieu des animaux domestiques de la maison, et en l'associant avec malice ■ tous les inconvénients qu'ils avaient à souffrir de cett= cohabitation. Moins disposé que son ami à tirer ■ meilleur parti possible des événeipents ou des pei^ sonnes qui pouvaient amener quelque cbangemeK= dans leur situation^ Léon n'adressa pas une parole aB.i prêtre grec ; mais Théobald qui désirait savoir le motif de sa visite le lui demanda sans façon ; alors la pope lui avoua, qu'ayant appris qu'ils avaient de l'argent, par des paysans auxquels ils avaient acheté ditférents objets, il venait leur offrir de les loger à peu de frais chez le centenier (1) du seigneur de l'endroit, II ajouta que dans cette maison, dont le n^aitre était
(i) Paysan régisseur d^une partie des terres d'un seigneur rtu«..\
LE FAUX FRÈPtE "(1
de ses amis, il pourrait leur procurer la plupait dtii agréments dont ils manquaient, tels qu'une chambra. particulière, du bois à brûler et de la paille fraîche à discrétion. ?
La proposition était séduisante, et Théobald s'empressa de l'accepter, sans laisser à Léon le temps d'y î^éfléchir. Deux heures après, le centenier vint chercher ses hôtes, muni d'une permission qui l'autorisait à leur fournir un logement dans sa ferme. Le popa *v^ait dit vrai, et pour une modique somme par jour^ Is se virent logés et nourris assez convenablement.
XI est rare qu'un zèle, si charitable en apparence, nas ^clie pas quelque intérêt personnel; et Léons'eiforçait * deviner le motif des soins dont le centurier redoiibl^iit envers lui, lorsque le pope vint lui demanda r 8*il ne serait pas heureux de rendre un service à sou. hôte. Sur la réponse de Léon, le prêtre lui apprit qutîr son ami Phédor était père d'une jeuue fille fort intéressante et qu'il destinait au service de la princess^v femme de sou seigneur; mais pour approcher celle^ grande danie et monter au rang de ses premières esclaves, il lallint savoir parler français : c'était un^ audition indispensable, et le center)ier se fliltait qiu> téon, qui seiublait aimer la retraite et i'ttude, ne rr-
LE FAUX FPfÈRB
pas âi^ âbsn^ queUjaeB^ leçons de.ftffDçai»à» Iv jeune' Nadège".
^^SëxionseBtiim ùbhim^MX^ dit
Léên, si je me croyais assez de patience et de talent f^)ur y léassir*; mait^ jei'n'at peu Ikt émùmituf^ïh faut^poiir eaoQsmgerune âèf^. A^dnBS&zs^cm&àŒhéidMdd^: ilfiera. dïartirédè'reetmtiait^ aânnles banvisoiiur^lB Phâdof;
— Je tî0 lèif^ïB* ih mfa^ tâ&m regonCTiamdfcdernsi ifi'âdtesser ^li" v(ms^ lépondit lecpope.
Et il aqprpuytt'sm* toutes les reisonsxiui) détennmaiB&t^ lepèretibMdëge'à'préfé^r'le9ieQaiis<dagi»H^ à
celles dti lëger lliébMdill ftilait^ssdébideiF^àanirefas f )Ius qae dëtobligeant^ <m^ tfimpnBn une tiuohft pénible <ft peutrèlttrdlBnTgereufiev DâmsMsetcembsimasv.lMnt d»inandà^ Ir permission' de se (KmsealteF' ql]dl}^e8 mor liientjsarvant^diii'so' rendre' ans.dàHiaB de.Bhédois,, et.il fut convena' qcm' le po^ieb levièisiaik le^ lendenuin chercti3&rIk'iiépDnsei.d)a3BIi. dsiStiafolirèno;
ISiédHald? aUitsen amii lès plusilmoK disccainr snr t'iiospitâlitft;, là xoosniinBBsaioff^^ el;lm {xoni» daiie^ tiientiqu'ilînB pinLyaât;8S£jefi]senr itb^dfimandB da^lKor L<^ sians manqnierau plnsfsaiiilvdM deveirs*
-^ PreB(&' gardév disaiu Léon^^d'jr nuaq^ae» a^aat i^ix>i ; je te* connais : poidanl^ qns jfi: ia%a{iplîqjieiai' cd
fConetiNr ite
4e diQstt uonssites fHB 4nSliiS||Baftfii te
éaàtikttÊm\ mé ta, fw !■
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(fim urrir
AiOB,
lïéir.
et-, cl il pas
pope lève, me
j'irais sans hésiter m'excuser auprès de son père^ et j# lui dirais...
<»En ce moment une vieille paysanne frappa à la porte de la maison ; elle était suivie d'une jeune fiUa que sa taille élancée, sa blonde chevelure et son costume élégant, rendait fort remarquable.
— C'est elle, s'écria Théobald, je parie que c'est ton élève qui revient de l'église ; elle est fort bien dans son costume de fèje, ne le trouves-tu pas ?
— Au fait, dit Léon^ sans vouloir répondre à son ami, ce serait mal à nous de refuser la demande de ce brave homme^ et puisqu'il n'exige que cet acte de complaisance de ma part...
— Sans doute, interrompit Théobald, je te disais bien qu'il faudrait t'y résigner ; mais rappelle-toi le sermon que tu m'as fait tout à l'heure ; la morale a cela de bon, qu'elle est aussi utile aux sages qu'aux fous, seulement elle ennuie un peu moins les premiers.
£n finissant ces mois, Théobald prit le bras de Léon et tous deux se rendirent auprès de Phédor pouv lui porter la réponse qu'il attendait avec impatience. Ils le trouvèrent à table avec sa fille, le pope et deux de ses parents» Dans sa joie, Phédor les supplia il■^
partager son diner de famille ; les prisonniaps Taeceptèrent ; on but à la paix, au bonheur de Nadège, à ses progrès dans la langue française. Le pope servait d^n* terprète à chacun, traduisant tout à tort et à travers.. Le plus souvent on se parlait sans prendre la peine ds s'entendre, et au milieu de cette confusion on n^ e<unprenait bien que les regards de la belle Nadège»
De retour dans leur chambre, les deux amis s*ea^ tretinrent du singulier repas qu'ils venaient de faire»
— As-tu remarqué la vanité de ce vieux Phéd(N% dit Léon» et l'empressement des deux paysans i le servir? C'est dans ce village comme partout; les honneurs que chez nous on accorde au plus riche, ici se rendent au moins pauvre, mais tous deux ont la même sottise. ^
— Et le même nombre de flatteurs, reprit fbëo»» bald ; aussi les grands airs du centenier envers ses pauvres parents, m'ont-ils bien moins frappé que le sentiment qui se peignait dans les yeux de sa fille» H
M LB FAïUX EBÊBB
mm^tàiït pifts sfabnseB, cette ^pcessiom n'avait .neuda Itadre. ^, "" ^
-« En^e&tvdit Léoi2^,ilft^e}Dp,riœai6ntr f^utfftreffcoi ^|M laMbienveUlaneew
Ba iCA moineBi Marcel, i ^i< rangeait» qy&lqpe chose, lii0BftvSOii»^iiVJ*agey.ct.se.mitàri£e de manière à. ex€i^ terlâ.^4»fiofiitéide(S€S maîtres..
 cette gaieté subite, il était facile de deviner que Ibrcel en savait plus qu'eux sur le compte de la jeune Russe, et Théobald lui dit de leur confier la cause de celle singulière terreur.
— Vraiment on en aurait à moins, répondit Marcel, cette mille .sarciàre q|ai a^éievÂNadègi^ ne.lui.a-trelle p^ fait accroira^ue.lesk Français {étaient des monstras ^fccôtiiti,, da perfidie^, eit quUl valait mieux, pour VD« jjMui&' fille,, rencootrer. dixioursdef Sibérie,>,qu'ua Mal/ittflardtdeEraneaj^a'eet aônsLqu'eUe nous appelle. Itee f/mÊt^Tmn^ BiûiL^6ap^in4^,,qit^ arrivant ici Siu. voulu savoir ài^qiioii on poHrraitsi'oeeuper;, j^ài^vu «ne petite Tartare, bien gentille^ et je me suis dit : cr.MIionBv< Maxoel^» moni^ aoaaî^i v<eilàf le. moment, de Metln e ea tuagd» ton taleiKt'poiirt le» langues, étrang^- V Alonn jla&t laoBeâ^bardimentla douzaine de mois (in'oatvd^là sem dansipluftid'uneiOGcasiûa,;
j^ea atttendais le ^ucdès ordinaire, lorsque iNadèg9 s''«Bt. enfiiio eoimne mi olle avait ^eiiteirdu les hoM^ ments d^une bète féroce. J*ai*.yaula savoir te qnroH^ valait un atcuéil si "étrange, etfc'estle pope qiii mVsai exfjliqué 1a cause; ma foi je suis chamtë que ^rm» n'ayez pas été mieux reçu que moi.
— Quoi, c'est l'ouvrage de cette Tîéille servante, dit Léon ; ah I je lui apprendrai à nous calomnier ainsi !
— La pauvre femme n*est pas si coupable qu'elle Ifr paraît, reprit 'Marcel : le père Thédor l'a menacée di^ la livrer à la misère, si Nadège écoutait la moindrefleurette avant d'entrer au service de son seigneur, et la pauvre vieille ne sait qu'imaginer pour garder sa place et la vertu de sa petite sauvage.
— Elle pouvait inventer un meilleur moyen, dit Ttiéobald, car le jour où la peur s'afiaiblira, la vertus sera bien malade.
— Voilà justement pourquoi Alexa a jeté les baut»cris lorsque Pbédor lui a dit que vous alliez donner des leçons à Nadège; d'abord elle Ta vite emmenée i l'église, pour l'asperger d'eau bénite, pendant qu'elle priait le ciel de la mettre à l'abri de vos sortilèges.
— Je ne m'étonne plus, dit Léon, de ses regards^ farouches, elle me prend pour le diable.
Zt LE FAUX FRÈRE
«-Ah! Texcellente aventure, s'écria Théobald : Bons, faire peur à des Tartares ! Crois-moi, il faut apprivoiser celle-ci; il y va de l'honneur français.
— Vous aurez de la peine, dit Marcel ; s'il n'y avait ^u'un dragon de vertu à combattre, on en a vu phif d'un se rendre à discrétion ; mais il vous faut triompfaer des prédictions d'un sorcier, et, dans ce pays-«i, on croit à la magie autant qu'à l'évangile.
— Et le coquin lui a prédit qu'elle serait vietin* de Tamour ? dit en riant Théobald^ voilà un grand «oi'cierl
— Tel qu'il est, je voudrais en savoir autant que lui; les roubles pieu vent sur son grimoire; on nt ferd rien ici qu'on n'aille aussitôt le consulter pour 43avoir comment le retrouver. C'est lui qui prédit aux Jeunes ûlles les maris qu'elles auront, et cela est d'autant plus facile, qu'on les fiance presqu'en naissant. Dès qu'un Tartare a seize ans^ on le marie à une fille qui a souvent dix ans de plus que lui, le tout pour f eupler sans perdre de temps ce charmant pays.
— Sais-tu bien que tu voyages avec fruit, dit Ihoobald, comment fais-tu pour être si vite au fait <l*;b mœurs de toute une contrée?
ute, je regarde et je questionne; jo n«
LE FAUX FUÈnE ^7
lieDS quelquefois qu'un mot de toute une soirée pasgte avec des paysans russes; mais si ce mot revient à chaque minute, j'en conclus qu'il est le plus important de la conversation et je m'applique à le deviner. C'est ainsi qu'en entendant répéter sans cesse le nom de Schamane^ j'ai fini par découvrir que ce nom voulait dire sorcier, et qu'à l'aide de quelque autre renseignement, j'ai su à n'en pas douter, que le Schamane avait prédit à Nadège qu'elle n'épouserait pas le mait qu'on lui élève, et qu'elle deviendrait une grande dame si elle parvenait jusqu'à vingt ans sans entendre parler d'amour.
— Eh mais! rien n'est si facile à respecter que cet oracle, dit Léon, et je voudrais qu'il ne m'en coûtât pas davantage à satisfaire aux désirs de son père. N'importe je l'ai promis, je me rendrai demain ayprès de Nadège; si elle s'enfuit à mon approche, je la laisseserai courir, et ma bonne volonté m'acquittera de ma parole.
Léon voulait que Théobald assistât à la leçon ; mai? cciui-i:i, craignant de s'exposer à l'humeur de Phêlior, dil a son ami qu'il emploierait le temps àoïxïkt à iSuûi'ge d'une manière aussi profitable pour lui; tcii-, bi nous liouvons moyen de nous échapper, njou-
38 LE FAUX FRËBE
i»^t-il, j'apprends, par Texemple «de Marcel, ^11 «erait fort utile de fiavoîr la laogHe du pays, el je itais de ce pas tiCNifer iiotre «oré itaortare. Tout savant ^'il est, il ne sera pas îkibé de prendre un peu de mon français que Ton parle dans toute l'Europe, pour quelques mots de son russe que l'on n'entend qu'ier.
Abrs Léon se rendit seul dans la salle oà Nadèga l'attendait, placée auprès d'une table sur laquelle on ^ioyait ^une grosse Bible. En l'apereevant, Pbédor e^ le foft Tinrent aundevant de lui, ei la vieille Alexa «lOLBt profité de œ moment ^oiur dire quelques mofc^ tout bas à Nadège, Léon vit celle-ci lûre le signe dk. k erdi. JQ eouvit inalgné lui de cette précaution injolieuse; mais quand il remarqua la pUeur, le trembtejHuest de Nadège à son approche, il se sentit lui-mèiDe fort péniblement ému , et dit en s'adressant ^^ fope:
— Elle est souffrante, Je crois, laissons-là, je reyieBdrai un autre jour.
Et Léon se disposait à se retirer, lorsqu'on mon^^ ment de Nadège le rendit immobile de surprise. A ^^ Joie qui se répandit tout à coup sur son visage, il ne dout^ pas qu'elle n'eût compris ce qu'il venait de dire*
— Nadège entend le français, dit-il ?
LE FAUX FRËAE 3d
— Quelcities mots seulement^ répondit le pope, mais (A]q ne sait pas le lire.
Alors, se tournant vers Nadège^ il lui prècbasans doute îa soumission envers son père, et lui dit que le jeune prisonûier,jnécontent de son accueil, voulait s'en aller; car, après avoir écouté ces reproches, elle invita d'un geste Léon à s'approcher de la table, et se mit à ouvrir la Bible. H y avait tant de charme dans sa résignation, tant de ^ce dans le mouvement qu'elle fit pour rappeler Léofi, .qu'il accourut près d'elle, ravi de lui obéir.
n lui proposa d'abord de lire avec lui un verset; et cette prière fut faite si doucement, qu'il n'y avait pas jno^en de s'efirayer d'une voix si timide. Nadège se rassurait peu à peu, et Léon fit compliment au pope des premiers principes qu'il avait donnés à son élève. Ensuite, il loua l'intelligence de Nadège, la bonne éducation que lui donnait son père, il était en train de flatler tout le monde. t^
Le moindre succès obtenu contre des préventions défavorables, est le garant certain d'une bienveillance prochaine. En cela seulement, le talent de détruire l'emporte de beaucoup sur celui de créer, d'inventer : aussi Léon revint-il très-fier de cette première Yictoire*
— Eh bien, qu'est-il arrivé de la leçon ! demanda Théobald en revoyant son ami. Qu'afail la tremblant® Nadège à l'aspect de son grave professeur?
— D'abord un grand signe croix, dit en riant Léon- Et il raconta ensuite comment, après avoir été aiosi
exorcisé, il avait fini par inspirer un peu moins de terreur, etparse faire regarder comme un assez bon diable*
— En vérité, ajouta-t-il, sa peur m'avait gagné et j^ m'enfuyais à monteur; mais on l'a grondée, j'ai vu des larmes dans ses yeux, j'ai pensé à ma sœur et J^ suis revenu.
— En effet, dit Théobald, la sœur doit être à pe^ près de son âge î Mais il me paraît qu'il n'existe p^ d'autre ressemblance entre elles.
— A en juger par son portrait, je ne le crois p^^ non plus. Mais Nadège est jeune, craintive, joli^ c'en est assez pour me ramener souvent à l'idée (fi^ je me fais de Céline ; et c'est à cet unique intérêt cfi^ l'élève devra la complaisance du maître. *
CBtte conversation se termina comme toutes cellt^^
Si
LE FAUX FRÈRE Ûl
dont la famille de Léon et les malheurs de la Franco devenaient le sujet. Théobald tomba dans une profonde rêverie, et Léon reprit son indignation et sa tristesse. ' •
Les nouvelles que Marcel rapportait souvent d'Oriembourg, n'étaient pas propres à diminuer les regrets amers de ses maîtres. Le gouverneur de la ville avait soin de faire annoncer avec fasle , et dans chaque quartier, les progrès que faisait l'armée russe, et il était facile de deviner, à sa marche, celle que la nôtre devait suivre. Aussi, qucnd Marcel revenait les yeux baissés, le front pâle, Théobald et Léon n'osaient pas le questionner; seulement chacun d'eux soupirait en levant les yeux au ciel, et le reste du jour ils gardaient le silence; car les chagrins dont le cœur est humilié, plus amers que les autres, ne sont point soulagés par le plaisir d*en parler. C'est un affreux supplice dont on rougit même auprès de l'ami qui le partage. ^
L'hiver s'avançait, et nul espoir de délivrance n'aidait à supporter celte triste captivité. Cependant Théobald ne perdait point courage. Tout occupé de chercher les moyens de tromper la surveillïince des autorités qui les gardaient, il s'essayait à braver le climat, en
faisant de longues courses sur les bordfis glacés ^ rUral ; iï causait avec les paysans, apprenait d^efuis: parler leur langage, et s'amusait quelquefois Lcacli.^ son habit d'uniforme sous leur grossier vètemeix. puis se mêlant à une troupe db cosaques pécheurs^ les aidait à casser les glaœs du fl^uva^ et revanait o&kr: à Léon le produit de sa pêche.
Pendant qu'il se fatiguait ainsi, il savait son ami I: vré à de plus douces occupations. La longueur desl^ çons de Nadège augmentait en raison de see ]^rQgrè£ et elle en faisait d^étonnants; mais à mesura qu'eXl trouvait plus de facilité à s'exprimer, Léon sembla moins content d'elle; il la reprenait axnvent à tort^ 1^ reprochait de manquer d'attention, ottoatc;ela;avec 1 ton d'une personne qui penserait à. autre chose* %^ leçon terminée, il devenait plus tristaescoreL^elfuj^aJ^ toute conversation avec Nadège, il allait se renlesm^ chez lui.
Cette conduite peu galante^ sans être une rusa,de^ part^ produisit uuj effet. mecveUleuz. sur L'espntL de 1' vieille Alexa, e^mâmû sud eeluiidû Nadèg^..Un. dém(F^ séducteur emploieraitisans doute d'autres «ibacmefi poc^ attirer sa proie; etl'on. me pouvalti pas s'inquiéter raSsonnablement de la.sDQiété:d'un homme si peu soigpei^^
LE PAUX FIIÈRB «3
^ plaire. Aussi, chaque jour Alexa devenait plus «on- ^^te; souventmème, lorsque Léon conmK'niçait à^con^ der son écolière, la vieille s'en allait dans la salle à côlé l^our y veiller aux soins du méBags, et y restait quelque ^^mps sans venir repcenike son Douet et sa quenouilie. Nadège profitait de ces fréquentes absemces'poar questionner Léon sur k cause de.l» nouvelle tristesse fui ^^fflblait Taccabler;, et lorsqu'il faii répondait que W ^^alheur d'être prisonnier lui âatt chaque jour phiQ> ^S^^supportaUe^ elle baissait les yeux'^ en soupirant, et -«^ xii offrait de faire parvenir une lettre ^lu . gouverneur ^^'Ori^nhourg pour obtenir quelque changement avan*^ ^t«£Lgeax, ou du moins un logement dans la forteresse.
— Là, TOUS seriez moins mal qu'avec nous, disait* tUe, et quelques pleurs tombaient sur le cahier où ell»
dgoait d'écrire.
— Noo ; vous, ou la patrie, était la réponse qui ra* icnenait le plus doux sourire sur les traits charmants de Kad^»
Un* jour que, profitant de la mauvaise humeur da Léon, Alexa venait d'abandonner l'élève à toute la se-
vedté du maître^ celui-ci redoubla à tel point d'injustice, que lé livre s'échappa des mains tremblantes de Nadège, et qu'elle fondit en larmes.
a LE FAUX FRÈRE
— Oh ciel! je l'accable, s'écria Léon, je sni?. un BïODstre ; chère Nadège, pardon, je t'afflige p> tu dois «ehaïr!"
— Non, dit-elle, mais jô pleure.
£t des sanglots étouffaient sa voix.
— Ah! prends pitié de moi, disait Léon, ne souffre plus, empèche-moi de te rendre malheureuse, si tu saisais... mais non... garde Teffroi que je t'inspire... je le mérite^ je suis ton ennemi.
En ce moment Alexa revint, sa présence rendit Léon i lui-même ; tremblant de laisser apercevoir l'agitation qui le dominait, il fit signe à la vieille servante que Nadège réclamait ses soins, et il sortit précipitamment. Sa tête était brûlante, il respirait péniblement, et, sans penser à la rigueur du froid, il ouvrit la porte de la rue et se mit à marcher à grands pas. Par bonheur Théobald qui revenait en ce moment de la pêche le rencontra à l'entrée du village.
— Y penses-tu? lui dit-il, sortir par le temps qu'il fait, sans pelisse et la tête découverte ! malheureux, tu veux donc mourir!
El tout en lui parlant il le couvrait de sa fourrure, cl rcnlraînait sans attendre sa réponse.
Rentrés à la maison, Théobald voulut savoir ce qui
LE FAUX FRÈRE Zi5
avait troublé l'esprit de Léon au point de lui faire commettre une si grande imprudence.
— Ne me le demande pas, répondit-il, je ne veux pas moi-même le savoir.
Et il se mit à parler de choses indifférentes, d'un ton si affectueux, queThéobald devina que son ami le suppliait de ne pas s'offenser de sa discrétion.
Plusieurs jours se passèrent sans que Théobald osât questionner Léon sur le nouveau chagrin qu'il lui soupçonnait. Cette contrainte mutuelle était pour les deux anais un tourment inconnu, et plus difficile à supporter que tous ceux qu'ils avaient soufferts jusqu'alors. S'éviter, ne plus se voir sans se composer un sourire, causer ensemble et penser séparément, voilà le plus grand supplice de l'intimité; aussi ne peut-il durer longtemps : il faut que la confiance en triomphe, ou que l'amitié y succombe ; celle des deux prisonniers n'en pouvait être atteinte, et le moindre événement devait bientôt les faire céder au besoin de se toa dire.
â5 LE FAUX FRÈRE
Pour tromper Fenmii dline si longue captivité; Kios avait imaginé d'en écrire la relation , espérant faire parvenir par les SNMffsde'Mikaèl oe journal à sa. mère ; Théobald, qui dessinait bien, s'était: chargé d'y jicrindro quelques vues des bords -de ITJral , les 'eostumes du pays, et jusqu'au plan des cabanes qv^ilsayaiênthabi* tées. Un soir qu'il voulait retoucher Pesquiase du Tillage qui leur servait de prison, il s'aperçut qu'il avait égaré son crayon, et pria son ami de lui prêter le sien,
— Je ne l'ai plus, répondit Léon, en baissant les yeux.
— Quoît le crayon qui ferme tBsrrteèletffea?^.^
— Oui, celui que ta m^as donnée celmidiu souuenir qui renferme le portrait d^ ma soeur;..» Ja me Taiiplus,^ te dis-je I
— Tu Tas donc perdu?
— Non, reprit. Léon ;^puis^ temdml. h loaiii Ters son ami, ne m'en Tvn.pas^ ly auta^Viit d'un ton aogpliant.
— Ahl tu l-a9 donnée dit m sovnaat Théobaldlk et ta crois ma isajoriffier ainsi bnpudiémmi; boo^ ma%^ ]d ne puis t» paa^éonner wl^ parais saarififie fue Ss'il t'a rapporté ce qvL^ii mxitm ^^
— Garde-toi de le croire; moi, abuser de la ten-
LE FAOX FRÈRE b7
dresse, de la candeur d'uae enfant qui ne sait ni ce qu'elle éprouve, ni ce qu'elle inspire ! Trahir la confiance ('l'u père et tous les devoirs de rhospitalitét Non ; si je m*eB croyais capable, je fuirais à rinstant- Mais je suis à l'abri d'une si lâche faiblesse; et je veux que Nadège ignore toujours le danger qui nous menaçait. Dis-moi qu'elle ne m'aime point, que je ne puis avoir pour elle qu'un faible intérêt; enfin^ détruis les craintes qui me poursuivent, et prouve-moi que je m'alarme sans raison. Ce sera le plus grand secoursque j'aurai jamais reçu de ton amitié.
— Pourquoi ne l'avoir pas phis tôt réclamé, dit Théobald en serrant la main de Léon, pourquoi me laisser souffrir seul de tes i peines quand ta confiancepeut nous en consoler tous deux? Crois-tu me caclier ce qui se passe dans ton cœur? Va, je le savais avant toi, et le jour où Nadège a cessé de trembler près de Léon, j'aurais tremblé à mon tour pour elle, si j'avais pensé que l'amour d'un Français pût jamais dësbonorer une jeune Tftrtare. a
— S'il était vrai!... s'écria Léon, les yeux bnUantSt. d'espoir... mais non... j^ai bean vouloir mei faire^ ii-* lusion, me dire que ce respect pour rinnoceiicebn'est lilàs d'usage que dans' nos' mâodramet,. qu^on s'e» ^
moque parlent, qiio je n'oserais convenir avec aucun t?e nos camarades de la vertu dont je fj^is preuve ici, Je sens que je ne puis y manquer sans m'avilir à mes propres yeux, el c'est dans toute la franchise de mon ihnc que je te conjure de m'aider à chasser l'image de Nadège.
— Hélas ! ce n'est pas moi qui t'apprendrai comment on se soustrait au souvenir d'une image trop chère, répondit en soupirant Théobald; le moyen de combattre un ennemi qui, repoussé tout le jour, profile de la nuit pour vous enchaîner de nouveau? mais tu es plus sage que moi, et tu accompliras ce que je tenterais en vain; l'important est de déterminer un plan de conduite qui ne te permette plus de voir aussi souvent Nadège.
— Oui, dit vivement Léon, l'ai résolu de lui faire éire qu'elle sait maintenant assez de français pour èlre en état de l'étudier seule.
— Mais pour ne pas avoir l'air de cesser tout à coup t3s leçons, il faut t'engager à corriger de temps en Stemps les copies que tu. lui indiqueras; autrement elle chercherait la cause d'un changement si subit, c
— JeVuirai la maison, je te suivrai dan? tes Iongués courses, enfla je ne la verrai plus; c'est le point
LE FAUX FUÈRE Ad
essentiel, car je ne saurais résister davantage à sa grâce naïve, à cet abandon charmant qui la livre sans défense à mes désirs, à cet amour surtout qui la brûle et qu'elle ignore. Non, je le sens, il ne faut plus la voir.
En ce moment la porte s'ouvrit et Nadège parut tout essoufflée, les cheveux en désordre, et pâle d'effroi.
— Snivez-moî, dit-elle à voix basse, suivez-moi, ils veulent vous tuer.
En disant ces mots elle entraînait Léon et Théobald vers la porte; ils allaient l'interroger, un geste de Nadège leur imposa silence; alors ils entendirent le bruit d'un grand nombre de voix qui disputaient dans la salle basse. Nadège les fit passer derrière cette salle par un couloir qui aboutissait à une petite chambre.
— Restez là, leur dit-elle, je vais chercher la clef de €ette perte, et pendant qu'ils monteront chez vous, vous fuirez par le jardin.
— Mais, qui donc? demandèrent-ils...
Nadège était déjà loia et les deux amis se regardaient sans rien comprendre à cette aventure.
— Qai Niable veut nous tuerî disait Thcoba)*!. Lu-. Russes seraient-ils f)attus, et voudraient-ilis se va:^. r
50 LE FAUX FKÈRB
scir nous âes succès de nos camarades... Ah que leur vdonté soit faite, je leur dt)nnede bon cœur ma vie à ce prix-là... ,^
— Nous' ne serons* pas* fia: Heureux, dit Léon; c*est peut-être encore quelques Tartares révoltés qui, n'osant pas s'en prendre à leurs chefs, se jettent sur les prisonniers.
En disant cela< Léon portait ses yeux auttmr de lui» et s'étonnait de trouver son nom écrit au bas de tous les cadres qui décoraient la chambre. Ces' cadk^es renfermaient des images saintes, et Ton voyait, au-dessus d'un lit recouvert de fourrures, une petite chapelle où deux cierges brûlaient en l'honneur du patron de la famille (1); dès branches de bouleau, des graines de fatrux, un bouquet de sarane (2), étaient' suspendus aux ornements de la chapelle avec des scapulaires et quelques bijoux grossiers qui semblaient autant d'of-
(i) Chaque famille rasse a dans Mtmah&ikvmd'dlàiféaB'ébL^tÊ^ le patron de la fiimille : il&le regardent cmome le. dieu, tutélaire de la chaumière. Ils y placent aussi Fimage qu^eUes ont reçue en mar^ riage^ et garnissent: eetia.- diapelle'de petsilë8r)hoiq;ies^6 six. ài aept pouces de hauteur. Les plus opulents f suspendent unaJampe» etce»*tains jours toutes ces bougies sont aHumées et brûlent même toute la nuit, ce qui occasionna simveia4èst: inceBdis&.( K<)fa^ <20-CoaA|^ tome X.)
(S) Sarane, espèce de lis rouge qui croit en Sibérie»
LE FAUX FRÈRK ffg
frandes eonsacrées au saint fsvori. Mais dere» temple en miniature on cherehait vainement le paftron ; là petite statue de plàtr» qui occupait erdinairemeat le dessus de Tautel ayadt chq^aru, et saint Asaàvi avait lait place à une simple image, au bas dei laquelle ion lisait ce9 mots : SaifU Léon^
S'il est doux de se croire Tamour d'un autn^y il ne Test pas moins d-ètre sa supOTstition; c%8l alors que le culte est ppou^vé : aussi Léon oubliait-il, en^cantomr plant, cette chapellev jusqu'à Feflboi qu» lui avait causé Nadège.
Parmi le» essvût^ suspendus i r&uM^ Jjéàa aperçut un petit anneau de fer sur lequel éltait gravé le^nom de Nadège; il le dét^ha religieusemenl , el, aprèl» avoir longtemps hésité^ il allait peut^&bre le' remettre à sa pkce lorsqu'il entendit Nadège s^ëorier :
— Au secours, au secours, mon pèrefl...t)lït ciel.
A ces^ cris, Théobald et Léon -sorUrent prérîpitam» ment de la chambre, et touvèrenl Nadège éperdue^qui apportait un fasil à Léon pour aUer défendre Phédor» qu'une troupe de €osaques ivrey firappait à coups^Te-doublés. Le malheureux aurait sans* doute» succombé à la brutalité de ces sauvages, si les prkionnieYs pour les-quels il se dévouaitainsi n^étaient venus le seooimr.
Marcel, attiré ^ar les cris de Nadège, s'arme à la hâte d'une barre 4e fer, Théobald s'empare de la lance d'un des Cosaques, et Léon les menac^^r^ de sa carabine ; l'apparition subite de ces trois chàiopions inspire tant d'effroi aux Tartares qu'ils abandonnent Phédor pour se défendre. Mais l'eau-de-vie qu'ils ont bue les fait cbanceler, ils frappent au basard, et se blessent entre eux, sans parer les coups qu'on leur porte ; enfin^ après une lutte de peu d'instants, on parvint à les chasser de la maison, et plusieurs de ces furieux restèrent étendus sur la neige.
Pendant ce temps la fille de Phédor lui faisait prendre une boisson cordiale, et la vieille Âlexa étanchait le sang qui poulait de la blessure qu'il avait reçue à la têle. Mais en voyant revenir ses libérateurs, il se leva pour aller les recevoir, et leur faire comprendre qu'ils lui avaient sauvé la vie. *
Dès que chacun fut rassuré sur l'état de Phédor, Théobald et Léon voulurent savoir ce qui avait donné lieu à cet événement; Nadège leur raconta comment celte compagnie de Cosaques était venue sommer son père de leur livrer les prisonniers qu'il logeait, donnant pour raison que le fils de leur hetman ayant été tué par les Français, ils voulaient venger sa mort. Ils
juraient d'y parvenir, malgré toute résistance; c'est aloi*s que Nadège était allée avertir les deux amis dans rèspoir de les faire évader. Maift pendant qu'elle courait chercher la clef du jardin, les Cosaques, irrités du refus constant de Phédor, s'étaient jetés sur lui, et Nadège, ne pensant plus qu'au danger de son père, était venue implorer le secours de ceux qu'elle voulait soustraire à la fureur de ces barbares.
— Grâce au ciel, dit Théobald à Nadège, vous n'avez pas eu le temps de nous sauver, et votre père ne sera pas victime de sa générosité envers nous. Peignez-lui, s'il se peut, toute notre reconnaissance, et dites-lui bien que ses jeunes amis n'oublieront jamais ce qu'il vient de faire pour eux.
— Non, jamais ajouta Léon, d'un ton solennel; ensuite il porta la main sur ses yeux, craignant de laisser deviner sa profonde tristesse.
— Il est blessé! s'écria aussitôt Nadège, envoyant le sang couler de la main de Léon.
— Ce n'est nen, dit-il, je ne m*en apercevais pas.
Et cependant le fer d'une lance lui avait fait une assez profonde blessure. Maris il se contentait de la baigner dans l'eau sans vouloir d'autre pansement, lorsque Phédor lui fit dire par Nadège que la moindre plaie
5i LE FAUX FRÈRE
tlevenait dangereuse par ce temps de gelée, et qu'î exigeait de lui qull se laissât soigner. Alors Léoi' livra sa main à la charmante Nadège. Elle resti muette de surprise en apercevant Tanneau qui portai son nom. Un regard de Léon la supi^ia de cacherisor trouble et de ne pas rédamer Tannean qu'il avait osi prendre. Elle ot>éit en rougissant, et charmé d'fttri aussi bien compris, Léon serra de sa main^ blessée k main qui la soutenait, tandis que Nadège, tremblan de froisser la plaie, la couvrait de feuilles balsamiques, et l'entourait d*un léger voile, de lin qu'elk portait les jours de. fêtes*
En voyant ces tendres soins prodigués d'une maolère si gracieuse et reçus avec tant de plasir» Tbéobald ne pouvait s'empècher d'envier son ami; il lui semblait qm le bonheur d'inspirée tant d'amour n'était pas trop payé par toutes les peines de l'exlL Âhl pensaitilv si j'obtensds jamais de pareils, soins de la.leinxne que je rêve, je défierais tous les malheurs^, ç^ii^ tous les malheurs»», excepté celui de Gélina.
LE FAUX FRftU 55
Sacrifier aon amour au bonheur ûb ce qu^on: aime devrait être une verta fiicile^ et pourtant que d'âmes nobles sont prêtes à,roubllerI Ce Léon lui-même, si fidèle aux lois de Tbonneur, de la reconnaissance^ Léon sentait expirer ses plus sages résolutions à la Yoe de Nadège, et tout l'avertissait qu'il fallait la tQir,.ou succomber.
Un soir qu'il méditait sur les moyens d'bbtenir du gouverneur de la province la permission de quitter le village de K... pour se joindre aux prisonniers renfer-^ ipés dans la forteresse d'Oriembourg, Marcel vint lui dire que le marchand Michaël l'avait prévenu que le lendemain il^ passerait à K... un détachement de pri-* sonniers polonais que l'on menait en Sibérie, et qu'il se trouvait parmi eux un officier qui dl£^t connaître le capitaine Saint-Jrkie et désirait, beaueoupla rencontrer.
-* D-aprèseet avis, ajouta Marcel, j'ai engagé notre hôte à offrir de Teau-de-vie aux conducteurs de ces malheureux camarades. Péndsoi* que- nous feroos
boire les chiens vous aurez le temps de causer avec le troupeau, et peut-être trouverez-vous dans tous ces olficiers couverts de peaux de moutons, un ami qui vous donqera des nouvelles de notre pauvre pays.
— Un ami, répéta Léon, hélas I j'en ai bien peur ! Le lendemain de bonne heure Marcel s'établit en
sentinelle à l'entrée du village; et, du plus loin qu'il aperçut le détachement, il courut avertir ses maîtres et prendre le bras de Phédor pour le mener au-devant des prisonniers.
Le centenier obtint sans peine du chef de la troupe la faveur d'offrir à déjeuner à lui et aux officiers qu'il lui était enjoint de ne pas quitter, et quelques monicats après ils entrèrent dans la salle où Léon et '^ iéobald les attendaient avec impatience.
— C'est lui, dit aussitôt un jeune Polonais, en s'é^ lançant dans les bras de Léon.
— Cher Zamoski, s'écrièrent à la fois les deux amis, te voilà donc aussi malheureux que nous?
— Hélas I bien davantage, reprit-il, et j'oublierais tout ce que j'ai souffert s'il m'était permis de partager votre sort. Mais aller mourir dans les déserts de la Sibérie I '
Alors il raconta à ses camarades les tristes événe*
LE FAUX FUÈRE 57
ments qui avaient suivi la retraite de Tarmée, comment ayant été fait prisonnier au passage de la Borésina, il était resté à l'hôpital pendant plus de deux mois ; que la veille du jour où il s'était mis en marche pour rejoindre le détachement chargé da conduire les prisonniers, polonais, il avait vu arriver à l'hôpital de Minsk un de leurs camarades de l'École militaire ; que ce jeune ofScier, chargé par madame de Lormoy de faire passer de l'argent à son fils^ avait été dépouillé par l'ennemi de tout ce qu'il portait sur lui, et ne pouvait se consoler de s'être ainsi laissé enlever le dépôt qui lui était conûé.
— Il avait vu ma mère, interrompit Léon, elle savait notre malheur I..«
— Hélas! oui, répliqua Zamoski^ et en l'apprenant elle est tombée malade. Une lettre de votre sœur vous instruisait de tout le mal qu'avait causé cette triste nouvelle; mais la lettre et l'argent, tout a été la proie des Cosaques ; etc'est ce que notre pauvre camarade m'a tant recommandé de vous dire, si jp parvenais à vous rencontrer. Car c'est bien assez d'être séparé de votre famille, encore ne faut-il pas craindre d'en être oublié.
— Plût au ciel que je fusse oublié de ma mère I s'é-
58 Lie FAUX FRÈRE
cria Léon, mais non, mon malheur l'a tuée... C'en esi fait... je ne la reverrai ptai. /
A ces mois TbéoiMdd, h Yoyant tomW dans un accablement pntfond, essaya de l'en sortir en l'occupant d*^ne aiitre |yeine. Mais le récit des revers de son pays^ étia prësence mfime de Nadège, riea ne put le dî^raire de lies trilles pressentiments : tant il est ▼rai qu'il n'est point de seeoufs contre les malheurs qu'on se reproche.
Les commandants russes, rassasiés de eœse et d'eaude-Tie, donnèrent MentiSt le signal du départ, et il fallut se séparer sans conserver l'espérance de se retrouver jamais. C'était un douloureux spectacle de voir ces hommes si intrépides sur le champ de batailla, «suocomber aux tourments de l'exil. Iku tâésespoir cpi ks accablait, on présageait que la plupaa^ de cet malhenr«uc n'arriveraient pas à Tbbcffek, et l%n soupiraiVen pensant que ceux-là n'étaient pas les plus à plaindre.
Depuis ce Jour Xéon^ fuyant tous les regerds, même ceux de son ami, sembla méditer quelque 8<»nbre projet Théobald l'entendait se releverchaque nuit et marcher à grands pas dans sa chambre, comme s'il eât été agité par une fièvre ardente. Inquiet, il était venu plusieurs fois lui oQrir ses soins, mais Léon les avaîC re-
LE TAUX FRËIVE 59
fuses en lm;disant qu'il ne souffrait pas, et que cette insonmie Im était habituelle. Cependant la pâleur oou- Trait son visage et sa santé s'altérait irisiblement. Théobald^ qui était sans courage contre les maux de son ami, eut recours à Nadège pour obtenir de lui Tavea du nouveau tonnnent qu'il s'efibr^ait de leur cacher; peut-être même scm amitié l'emportant sur tout autre sentiment^ espéra-t-il voir bientôt l'amour triompher des scrupules et des regrets de Léon.
n ne fut pas difiBcile de faire passer ses craintes dans rime de Jïadège ; au premier mot qu'il lui dit à ce sujet^elle se mit à fondre en larmes; et sans penser à dissimuler son amour :
— Âhl mon Dieu, s'écria 4-eIle, iSi Léon meurt.*. que deviendra men i^ère ?
Le desespoir qui se peignit alors dans les yeux de Nadège, expliqua trop de quel malheur son père serait menacé. Théobald, regrettant d'avoir ainsi alarmé cette âme passionnée, chercha à calmer son effroi, en ne paraissant pas douter que le bonheur d'être aimé d'elle ne rendit Léon à l'existence.
C'était îa livrer à toute sa faiblesse. Tant qu'elle avait douté que son amour fût partagé, la fierté, ou |>latôt la crainte de perdr» une espérance trop chère.
Tavait maintenue dans une discrète réserve; mais s'il était vrai que cet amour si tendre pût consoler Léon de ses chsgrins, s'il devait y répondre, quelle puissance la défendrait contre le bonheur de celui qu'elle aimait plus que la vie? -*
L'hiver touchait à sa fin, et Léon paraissait attendre impatiemment l'époque du dégel. Un soir qu'il questionnait Nadège sur sa durée et le changement subit qui en résultait dans leurs campagnes, et qu'il lui demandait combien de temps ce long dégel rendait les chemins impraticables^ il la vit tout à coup pâlir et détourner les yeux sans lui répondre. En cet instant Marcel vint lui apprendre qu'un de leurs soldats, prisonnier à Oriembourg, venait d'être tué par deux gardes russes^ au moment où il atteignait les remparts de la citadelle.
— Vous le voyez, dit vivement Nadège, celui qui tente de se sauver est mort.
— Qu'importe, dit Léon, il pouvait réussir, n'en estil pas plus d'un exemple?
— Ah I sans doute, pour s'exposer ainsi, il n'avait que sa vie à perdre, reprit-elle, mais si son absence avait dû causer la mort d'une autre...
— n ne serait point parti, dit Léon, en prenant îa main de Nadège.
Et des pleurs de reconnaissance inondèrent le visngô de la jeune Russe. En la voyant ainsi sourire et pleurer, Marcel ne put se défendre d'un moment d'attendrissement^ et il sortit de la salle en disant :
— Pauvre petite, elle aurait bien mieux fait de m'aimer.
Mais à peine Léon avait-il vu la joie briller à travers la langueur de Nadège que, tremblant de s'y livrer luimême, il lui parla pour la première fois des malheursi attachés à leur amour et du serment qu'il avait fait de le sacrifier au repos de Phédor, au bonheur de Nadège.
— Mon bonheur... c'est toi, dit-elle.
— Non, répondit Léon, tu le perdrais sans retour. Je t'aime trop pour t'abuser. Mes devoirs, mon étal,. ma destinée enfin, tout nous sépare. Je ne m'appartiens pas : ma mère a besoin de moi, il faut que je la quitte pour elle.
^ — Ah I laisse-moi te suivre, dit Nadège éperdue^ laisse-moite guider à travers nos routes glacées. Laissemoi t^ défendre contre nos soldats furieux. S'ils nous atteigoent^ je les supplierai à genoux d'épargner ta Yie^ ou je mourrai avec toi.
«2 LE FAUX FKtiOB
— Etton|rère?
— Ah I malheureuse, s'écria-t-elle JKftm mchdnt le
visage.
— Tu le vols, reprit Mon, leTemords nous potti?9aivraît.'SoD'ge que le âévouemeixt de Uaa père m'a sauvé la vie, et que je ne puisisans infamie lui ravir .sa iille, son unique bien; n'abuse pas de tes droits 4nir mon cœur pour m'ordonner un crime.
— Ne me crains plus, iKt Madèged'ue voix étouffée, oui, ta raison m^Maire, j allais abafidonner mon père pour toi .. • pour toi. . . qui me m'juioies pas !
— Je te résiste, ingrate, et ta die que je ne t'aimes pas! Âhl je te dëfiede nier le feu qui me «Lévoie ; -e'^st lui qui te consume, qui t'attire à ton inasit vers œ cœur plein de toi. Va, ton amour est l'ouwi^ du xaien; mais cet :amour que tu insultes, qui te défead contre moi, cet amour qui me fait 'te saorifiet*;à l'espmr éeH retrouve^* un jour digne de M, ne peut, je le sens^ braver ton injustice.
En disant ces mots^ il serrait Nadège^ur son coBur ; mais elle, effrayée de l'ëgaremient peint dans les yi^K de Léon, s'arracha denses brœ, ^4ui demandant pai^ don d'une vdx ^suppliante, «lie \m pn)mit de ne {dus douter de son amour.
éon avait perdu t©ut empire sur lai-même, et il ^^ *^^it peut-être trahir le plus saint des devoirs,, lorsque ^'^ Aroix de Phédor vint lui rappeler son serment.
-— Fuis-moi, dit-il à Nadège, je na puis plus te pro- ^^ger, ne quitte plus ton père, ou bientôtsuceombant..» \ ^ais non, la mort est préférable... Adieu. ••
Alors sortant avec précipitation^ il passa auprès de Phédor, sans l'apercevoir, et vint s'enfermer chez lui dans une agitation impossible à décrire.
Une heure après, il appela Marcel, pour lui recommander de dire à Théobald qu'étant un peu souffrant, il allait se mettre au lit, et qu'il le priait de ne pas en-«^ trer chez lui le lendemain d'aussi bonne heure qu'à l'ordinaire.
Théobald devait être ce jour-là dfune partie ëe^ chasse ordonnée par le centenier pour déteuira les^ loups qui dévastaient les champs; mais. inquitH de la santé de son ami, il avait laissé partir son. hôte, et il attendait patiemment l'heure» où Léon viendrait déjeuner avec lui ; cette heure étaat passée; d^guk loug-
temps, Théobald prit le parti d'alleij savoir lui-mêmi ce q^ui retenait Léon. Il ne le vit point dans sa cham bre, et supposa qu'il était chez le pope du village, oi il se rendait presque chaque matin pour obtenir d( lai divers renseignements sur le pays. Comme il ap-
pelait Marcel pour l'envoyer chez le pope, Théobalc «'aperçut que la fenêtre était entr'ouverte ; au même instant une corde attachée au barreau de la crois.é( frappa ses yeux, et il s'écria saisi d'eflfroi :
— Il est parti I
A cette exclamation douloureuse, Marcel accourui -vers Théobald qui se soutenait à peine. Tous deux restèrent quelques instants sans pouvoir proférer une parole. Mais Marcel, qui doutait encore du départ de son maître, s'obstinait à le chercher dans une espèce de grenier attenant à sa chambre; tandis que Théobald. accablé de surprise et de douleur, s'efforçait de rassembler ses idées pour trouver un moyen de rejoindra Léon sans dénoncer sa fuite.
Absorbé dans ses réflexions, Théobald en fut tire t<jut à coup par ces mots dits d'un ton lamentable :
— Une lettEp , monsieur, il vous a écrit ses dernières volontés. Ah ! c'est fait de lui; il s'est tué I
A ces mots qui glaçaient d'effroi le malheureu"
"^ 'i éobald, il s'empare de la lettre que Marcel vient de î -• oiidre sur la table, et il lit ce qui suit :
«Ne m'accuse pas, Théobald; non, ce n'est poim rour t'épargner que je m'expose seul à des périls <^iue tu aurais partagés avec joie; mais t'associer à ^^^a fuite, c'était nous perdre tous deux, et j'ai préféré te confier mon salut. Songe qu'il dépend de *<^i, de ton courage à dissimuler la peine que notre ^^^paration te cause. Si je puis dépasser la ligne des ^i*oupes qui nous gardent avant que ma fuite soit con- ^^ue, je gagnerai facilement les plaines de Bordins- ^^'^i, et une fois sorti du gouvernement d'Oriemîîourg, je puis continuer ma route sans danger à la ^^vexir d'un déguisement. Ainsi donc, sois sans in- ^U'^i étude, et ne pense qu'à 'me soustraire le plus longtemps possible aux recherches de nos sui^eil- *"nls. Phédor m'a vu souffrant; dis-lui que je garde "- iil; dis à Nadège... mais à ce nom la force m'a- ^"^-ndonne, et des pleursl Ahl mon ami, prends pi-
'^ u'elle; cach« lui, s'il se peut, que c'est pour la ^''U» que je m'arrache à toi; oui, malgré le devoir ' ''i uie condamne d'aller secourir ma mère, je sens
^'^*^ je n'obéis qu'à mon respect, à mon culte pour
m LE FAUX WÉRK
Nadège ; il fallait m'en sépareE ou profànep ramour le plus pur, ou trahir tous les droits de la reconnaissance : je n'ai pas hésité. Prépare cette âme si tendre aux regrets qui vont Taccabler; et,, s'il le. faut, pour calmer sa' douleur^ eombajt l'amour qm, m me survivre.
ce Adieu, ioi^ iiK)n seul ami,, si. l» ciel permet que j'embrasse ma mère, tu nous reveriseis l^entôt; je te jure^ la mort seule empècheiraLéQa&da£endi:eTbéobald à sa patrie, m
A ce noble serment,, le visage de^béobald se couvrit de larmes, et Maoceli ému d'una p^in^ profonde^ vint lui prendm la maijar, et.ditf.:; \
— Allons cojuiage, mon o^Mais^^, sauvons-le d'abord ; nottSi le. segretteront^ aprèck Je ne suis qu'un pauvre soldat; maift <»^f9[umndépar. voi]3>,je. puis dénmter Fennemii câmme; Uni autror; gourtanJ?,, si vous voulez que je pasaisse dev^mt nobrei bâte aviec l'air calme qu'il uou»iCoajyieni) d'amir,, mQi:blau, n». pleu^ sez pas ainsi, qui je" n&) répoads paa de^moi.
— Tu asi laison,, n^^rii Tbiéobald. eiii essuyant ses^ jieux, ne pensons, qpu^à prffitégep sa fuite.;, uiem. fois l^ois d'iaquiélude, Je poBJcrai disposer de; moieL^,
!.£ ¥AXJJ. FRÈRE m
— Nous QQurcoosi après lui» ioleitompit vivement Marcel, comme pour ranimer Théobald par une lueur d'espérance ; oui,, nous l^ reverrons, nous reverrons cette chère France, et c'est pour la servir encore qu'il but nous conserver, et braver courageusement le mau» vais sort. Il vous sépare aujourd'hui d'ua compagnon^^ d'un frère.; mais il vous laisse un hntva gardon,» un soldat dévoué» et dans la malheur un serviteur fidèle vaut un ami.
— Tu seras le mien, dit Théobald* en serrant à son tour la main, du brave Marcel, et si. tu m'aides à le sauver, son amitié, auseà sera ta récompense^
Aprèsi s'être concertés sur les mo£en3 de faire croire aux gens de la maisofli que Léon était retenu dan^ son Mt par un peu de fièvre^ Théobald détacha^ la, corde suspendue à la croisée,, ferma, les rideaux, s'assit au* près du lit tomme s'il veillait un malade; et Mareel descendit vers, Alexa. pour, k prier, d'ocdenner aux la^psans qui travaillaient dans la, maison,, de falr%
OEtoms de bruil..
Kadè,^ avait entendu, la recommaudatiAU, et, dans 30U inquiétudAft elk appela Marcel pour k questionner sur son maîtee;, Tair embarrassé q^i accompagnait chacune deses réponses,, augmenta.&L bien les craintes
de Nadège, qu'elle se leva dans la plus vive agitation, et dit :
— Je veux parler à Théobald , il m'apprendra la vérité.
Alors s*é?ançant vers l'escalier, elle allait entrer dans la chambre de Léon, si Théobald n'en était sorte tout à coup pour venir la rassurer.
Ce ne fut pas sans peine qu'il parvint à lui persuader que son ami n'était nullement en danger. Les yeux fixés sur le visage de Théobald, elle y cherchait le calme qui devait dissiper ses soupçons, et n'écoutait rien de ce q[u'il lui adressait pour l'engager à se tranquilliser. Cependant elle lui promit de ne pas alarmer son père sur Tétat de Léon, et de l'empêcher d'avertir lo médecin du régiment qui demeurait à peu de distance de K... De son côté, Théobald s'engagea à donner à Nadège des nouvelles de son ami toutes les fois qu'elle en désirerait.
Grâce à toutes ces précautions, le départ de Léon était resté' secret pendant deux jours. Mais le troiliiènie, Nadège ne pouvant pas supporter l'idée de le h ivoirrii près d'elle, sans le voir ou lui parkr, imai iiia d3 lui écrire, et lorsqu'elle vint confler sa lettre à Théobald, elle remarqua Témotion douloureuse qu'il ressentit en prenant celte lettre; en effet, Viiie que les
expressions d^un amour dévoué ne parviendraieDt peutêtre jamais à son ami, avait triomphé un instant de la fermeté de Théobald, Son trouble ne pouvait échapper àl^adège; elle» l'interpréta comme la preuve du danger où se trouvait Léon, et son anxiété devint telle^ que Théobald perdant tout espoir de la rassurer^ et de Pempècher de les trahir par quelque imprudence^ se vit forcé de lui révéler la vérité.
Malgré ses soins à la préparer à cette triste nouvelle^ la malheureuse Nadège en fut frappée comme de la foudre. Le nom seul de Léon la rendit à la vie.
— Il vous aime, s'écria Théobald ; vous le reverrez, sauvez-le^ imitez mon courage ^ depuis deux jours je vous parle de lui sans pleurer, je me refuse la douceur de le regretter avec vous. Ah I ne faites pas moins pour lui que mon amitié ne peut faire. Songez qu'en montrant ce désespoir^ vous révélez sa fuite, et que la mort en est le châtiment.
— Sa mort, répéta Nadège, les yeux égarés, sa mort...
Et elle resta anéantie sous le poids de cette hoiv; i^i ;e pensée.
'ihéobald, après l'avoir glacée d'effroi, chercha à la '. viiiaer en lui donnant une espérance qu'il était loin
7a I^E. FAUX FRÈns
à» partager ; mais e^ doa da changer les, pleurs amers^ m. douces larmes,, les. lîe^ete eu espoir, n'appartient qu'à celui qu'on aijae^, Hora de. sa puissance, il ^n'est pas d'iUusioQ poss»bl<i|( et Nadège, W promettant de se soumettre à. tout] ee que lui imposait l'intérêt de Léon,^ savait trop bienji'agir quji^ p^ui: lui..
Cepoujdaut. ^Ic^ s'efforça, de. parsdtra calme devant, son père. Pour être pluss sûjsb da maintenir sa résolutifin QOturs^^aiiâe,, ella ay^it exigé de Tbéobald qu'il ^Tiendrait diner a^veci Pbédoi;,^ et tâcherait de l'occuper assez pour l'empâcbieii dei reioariqgier l'abattement qu'elle; ne pouvait dissinualer.Ei^ cédant à la prière^ de Nâdèg^i. Théfibald a^avait pas. prévu tout ce qu'il aurait k sauffrjf da la soUicitude de. Phédor et de celle diu pope, qui tousi deuXé l'accahlèrent. de questions sur l'état de Léon. ILIaUut. qépcmdre. qu'il aJIait beaucoup mieux^ et ({xm luirmâme avait exig^ qjue son ami vint se distraire quelques momiaEtST da ses soins,, en se «widant.à l'invijtation du brave Cbédor.
— Puisqu'il va mieux, dit le pope, il pourra bien me reaevQJfi^ et je monterai ckez lui tout à l'beure.
Tbéobald le supplia de respecter le sommeil de son ami; et le pope n'insista pas davantage ; mais il ajouta qp'il reviendrait le lendemain avec l'officier chargé de
LE FAUX FRÈn* '71
taire le recensement des prisonniers, et qu'il prc filèterait de l'obligation où serait Lëon de recevoir l'inspecteur^ pour lui faire sa visite.
Malgré le trouble où celte nouvelle jeta Théobald, il eut la présence d'esprit de laisser croire au pope ^ue Léon serait en état de les recevoir tous le lendemain ; car c'était beaucoup que de gagner un jour de pi us, et d'ailleurs Théobald se flattait de pouvoir trouver "Un moyen d'éloigner ou de tromper l'inspecteur.
Pendant cette conversation la malheureuse Nadège respirait à peine. En la voyant ainsi lutter contre la ^ouleur^ Hiéobald sentit redoubler la sienne; msds ce fut bien plus vivement encore, lorsque Phédor, ravi d'avoir à trinquer avec quelqu'un, proposa à ses convives de boire à la santé de Léon. Au tremblement ^ui saisit Nadège, à sa pâleur subite, Théobald frémit, 4)t s'empressa de dire :
^Oui, buvons à sa santé, et queTïadêge aussi fasse des vœux pour Léon.: cela lui portera bonheur.
Et ces mots étaient soutenus d*un regard qui ordonnait le courage. 'Nadège fentendit, et riissemblant ses forces, elle sourit à son père qui lui versait à boire ; puis, s'adressant au pope, elle lui recommanda de chanter à l'office du soir le cantique consactii ant mal-»
heureux q.ui se trouvent en danger sur mer ou sur terre. Alors, avançant le bras et levant les yeux sur Théobald, elle semblait lui dire :
— Ne craignez rien pour lui, j-e ne mourrai qu'aprè» ravoir sauvé.
Tbéobald contemplait avec admiration cet effort su* blime, et cherchait des expressions qu'elle seule pût comprendre pour la remercier de si bien aimer. Mais tout à coup, il se tait, il pâlit, la terreur se peint sur son front, il reste immobile, glacé, Nadège veut savoir ce qui cause son effroi, elle se retourne, voit Marcel, jette un eri, et tombe évanouie dans les bras d<e son père.
Il faut avoir perdu ce qu'on aime pour connaître tout le prix d'une faible espérance. Qui n'a pas regretté, près d'un lit de nK)rt, ces affreux moments, ou le cœur rempli d'un sinistre présage, on s'agite, on h*inspire pour trouver, ou plutôt pour obtenir du ciel lo secours qui peut rendre le mourant à la vie. Pour le sauver; il faudrait un miracle, eh bien, ce miracle,
on Taltend ; à force de douleur, c^ croit le mériter j et quand l'heure fatale en ravit pour jamais l'espoir, on sent trop que lui seul soutenait le courage.
Ainsi celui de Théobald succomba à la vue de Marcel, pâle^ chancelant et portant à la main le manteau elle havre-sac de Léon. L'air consterné du pauvre soldat disait assez le malheur qu'il venait d'apprendre, et Théobald ne se sentit pas la force de l'interroger. iT I Les cris du père de Nadège se faisaient seuls entendre »- / à travers ce silence de mort. Sa fille ne respirait plus, s*écriait-il ; et Théobald, enviant son sort, ne pensait PsLs à la secourir. Enfin ne pouvant proférer une pa- ^ole, ilfait signe à Marcel de s'approcher. Alors attix^éepar les cris de Phédor, Alexa arrive; elle aide sc> 21 maître à transporter Nadège sur son lit. Pendant <^^t teny)sle pope coœrt chez le chirurgien du village, ^t Marcel, resté seul avec Théobald, lui dit comment ^xi des cosaques pécheurs qui eampent en été sur les ^ j tiords de l'Dral, ayant trouvé sur la rive ce manteau et ç^ I te havre-sac, venait de les lui apporter dans l'espérance on j cl'en avoir plus d'argent que son chef ne lui en off'rait. eij — D'après ce que j'ai pu comprendre, ajouta Marcel, il a vu un homme, poursuivi par dés Baskirs, traverser le .fleuve à la nage ; il a entendu tirer plusieurs
TV LE FAUX FRÊREe
coups de fasiht, et «& geaia trop faeilt k compreodre m'a dit le reste» Pauvre maître, pourquoi nous a-t-il quittés ! Tenes, eontimut Marcel en pleuraot» voilà son héritage. ^*
Mais Théobald M répondait rien, les yenx sai^ larmes, et les làvres' livides, il paraissait insensible. En vain Marcel ehaduiit à Témouvoir par rexpression de SK propre douleur ; il le contemplait d'un air étonné, et son regard fixe semblait lui dire : Qm pleures-tuf Cette effipayafiite stupeur se changea bientôt en ud délire affreux, et loreqiue le cbiruArgLeft arriva, U re* cemnut tous tbs sympiémes d'une fièvre ardentCr
— Dieu soit béai! dit Marcel^ il n'a plus sa tète; laissez-moi le^ solj^aer, entourons-le de tout ce qui peut lill rapp^r son ami : qu'il le pleure avec moi ' c'est le seul remàde à sa se«itfraikce*
Mais 4e chirurgien ayant déclaré que ces sortes de fièvres étaient £ori dangereuses^ Marcel consentit à lui lais^r passer la nuit auprès de ThéobakL «Pendant ce temps, la malheureuse Nadège, revenue à elle, avouait à son père la cause du désespoir où U la voyait, et lui demandait pardon de vouloir mourir^ | Z Cédant toar à tour à la colère et k la pitié, Phédor acca^ blait sa fille de npffecheaetdeearesses ; il kauspliait de 1 eo
vivre pour lui ; et, dans sa faiblesse, il lui promettait d'aller yoivle Scamane, espérant obtenir deltii le retour de Léon. Il ne voulait pas croire à sa mort^ et jurait i Nadège de le lui donner pour époux. Mais ce eœur désolé était inaccessible à toute espérance^ el son père se vit contraint d'employer les menaces pcmr obtenir ce qu'elle refusait f sa prière.
— Si tu persistes à me quittw, lui dit'îl, j» te maudirai, et tu passeras la vie étemelle san» revoir ni Léon ni ton père,
La malédiction paterneUe, cette sainte terreur des enfants ingrats, l'emporta sur le désespmr de Nadège; elle comprit qu'elle ne pourrait disposer de sa vie tant que celle de son père f serait aittachée, et ce fut dans toute la ferveur de son âme qu'elle demanda à Dieu la force de supporter sa douleur.
La nouvelle de la fuite d'un prisonnier se répandit bientôt dans le village. Elte parvint au commandant de la garnison, qiii envoya des officiers pour constaiter la mort de Léon, et pour s'assurer de la peisonne de Xhéobald. L'ordre avait été donné de le oonduire à la forteresse d'Driembourgy et de le traiter comme étant complice de Tévasion de son ami.
L'eut oà ile frouvèreirt HhMfAi était ki» fui
po;:r retarder Texécution de cette mesure rigoureu?B; mais^sans égard pour ses souffrances, ils l'attachèrent sur un charriot, et le pauvre Marcel eut bien de la peine à obtenir d'eux la permission de rester près de son maître pendant Içi route, pour le soutenir et Tempêcher de se blesser la tète à chaque cahot. Malgré la pitié qu'il lui inspirait, Marcel faisait des vœux pour <|ue raccablement où 3e trouvait plongé Théobald, se prolongeât jusqu'au terme de leur triste voyage.
Il était nuit lorsque le bruit sourd du charriot, en passant sous une voûte humide, avertit Marcel qu^ils entraient dans la forteresse. Un officier vint à eux, et «'étant assuré de l'exactitude que Ton avait mise à remplir ses ordres, il fit conduire, le charriot vers une petite porte, d'où sortit au même instant un des gar^ diens de la prison.
— Que voulez-vous que je fasse de cet homme-là, dit-il aux cosaques qui transportaient Théobald ; à quoi bon l'enfermer? allez plutôt l'enterrer; ne voyez-vous pas qu'il est mort?
Alors approchant sa lanterne de la tête du malheureux prisonnier, la pâleur répandue sur son visage fit croire aux soldats que le gardien disait vrai; ils allaient se débarrasser brusquement de leur fardeau,
si Marcel, qui tenait une main de Théobald, no leur avait affirmé que son pouls battait encore, et 1:0 los r -^ir. suppliés d'avoir pitié d'un jeune mourant. f* y a dans les pleurs d'un vieux soldat quelque chose de solennel qui impose le respect aux cœurs les plus barbares; et, les cosaques eux-mêmes, étonnés d'obéir à la douleur de Marcel, déposèrent doucement son maître sur le lit de paille qui l'attendait au fond de son cachot.
L'ordre portait que le prisonnier resterait seul jusqu'au moment où il serait interrogé; mais Marcel ayant déclaré qu'il mourrait plutôt que d'abandonner scfn capitaine, l'officier prit sur lui de le laisser auprès de Théobald, pendant qu'il irait rendre compte au commandant de l'état du prisonnier. L'accablement où il le vit lui fit croire qu'il ne passerait pas la nuit, et c'est à cette triste assurance que Marcel dut la douceur de le soigner. Le peu d'argent qui lui restait fut employé à obtenir du gardien quelques boissons chaudes pour ranimer Théobald, dont les pieds et lc& mains étaient déjà glacés. En vain il réclama les secours d'un médecin ; on lui répondit que celui ^In îcgiment ne faisait sa visite qu'à huit heures du uiuli*!, et qu'il fallait prendre patience jusqu'à ce moment.
— Et d'ici là que deviendra-t-il? s'écria Marcel en regardant son maître.
#Ua geste du gardien sembla lui dire : Je n'y saurais que faire. Et il sortit, après avoir posé sur une table le pain et le saumon salé qui devaient servir au souper de Marcel.
Vers le milieu de la nuit, Théobald parut agité ^'une violente fièvre, et Marcel espéra qu'une crise douloureuse allait rendre son maître à la vie. La fièvre ayatot ramené la chaleur, Théobald tomba bientôt dans un assoupissement profond. Les yeux fixés sur lui, Toreille attentive aux mouvements de sa respira-: tioUp Marcel resta longtemps immobile ; mak aux premiers xsiyons du jour qui pénétrèrent à travers les iMirr^aux d'im soupirail|.il vit se colorer les lèvres du malade, «t son cœur battit de Joie en contemplant ce triomphe ée la Jeunesse sur la mort
A fiix beuree, le hriiit de plusieurs portes que Ton ouvrait ravejr|it 4e la visite du gardien ; il fie leva pour le prier de ne pas réveiller le prisonnier, en parlant avec sa grosse voix, ou en chantant, comme c'était sa coutume^ pendant qu'il remplissait ses fonctions. Le gardien, surpris de la recommandation de Mascel, ^t plus encore de la joie qui brillait dans s^s
LE FAUX PRÈRE 7t
jBux, lui dit qu'on le demandait diez le commandant» et quil fallait se décider à Ictfsser qixelqiieB moments son ami aux soins Ûe riirfiiaiûer qvti allait le rein;>lacev près de lui.
Il n'y avait pas moyen de'«e«oafi(tfaire à>tet ordiiet et Marcel i^y rendit avec d'autant plus d'empreseemeat qull espéraft attendrir les cœurs de toute la garnison» en faisant le tableau de l'état déplorable où se trouvait son maitre.
Ë)n entrant 9^ns la salle où se iemit le conseil, Marcel Tutit^s-ëtonné de reconnattre, au milieu d'un groupe d'officiers, le marchand Mikelli. Il leur parlait vivement, et montrait une lettre dont il paraissait voifloir se faire un titpe auprès d'eux. Mais ayant aperçu Marcel, il les quitta tout à coufi^ pour veni? s'emparer de son l)ras, et le conduire vers le commanâant. Là, sans attendre qu'on leur fit la moindre <juestion, il dit. hautement qu'il jurait ique ce hrdm soldat et son jeune maitre étaieM iimooenls de la fuite 4u prisonnier Saint-Sirène ;'qu>ll se iseodait leur cau4îoil à lous €eux, et demandait qu^il lui fût permis de les garder cfbez lui jusqu^aumemesit ^ilhéobald serait en état de rejoindre les prisonmers /polonais. Il ajouta qu'ofme pouvait 4es traiter avec îtant de sévérité sans
s'exposer au ressentiment da général W... qui les lui avait particulièrement recommandés. En disant cela, il mettait la lettre du général sous les yeux du commandant. Pendant que celui-ci en prenait lecture, Marcel crut pouvoir placer le discours éloquent qu'il avait préparé, et attaquer la sensibilité de son juge avec la peinture des souffrances et des qualités de Théobald ; mais trop ému lui-même par l'intérêt que Mikelli leur témoignait en cette circonstance^ il ne put que balbutier ces mots d'une voix entrecoupée :
— Ah I monsieur le commandant, ne refusez pas ce brave homme, ou mon pauvre cs^itaine est mort.
— Eh bien, dit l'officier russe, sans écouter Marcel, si vousmé répondez d'eux, etsi vous promettez d'écrire au général W.. . ce que je fais pour vous, je vais donner l'ordre qu'on vouslaisse emmener le capitaine Eribert.
— Et le sergent La Colonne, interrompit Marcel, car je ne le quitte pas.
— Ah I c'est toi que mes soldats ont amené ici avec ton maître, dit le commandant; eh bien, ttt pourras certir fier des égards que l'on a eus pour le protégé du général.
A ces mots, Maroel s'apprêtait à porter plainte contre ceux qui avaient traité son maître sans pitié ; mais Mikelli, tout en sachant que Ton n'avait ap que
LE FAUX FRÈRL tl
par les ordres du commandant, pensa qu'il fallait avoi]^ Tair de croire à son humanité pour en obtenir une preuve, et il fit signe à Marcel de se taire.
Quelques moments après, tous deux furent conduits dans la prison où Théobald dormait encore ; on le porta sur une civière jusqu'à la maison de Mikelli, et (|iiand il se réveilla, il se crut encore dans le délire. Les tentures d'une chambre élégamment décorée avaient remplaq^ leâ sombres murs de sa prison; une voix aJBTectueuse succédait à la voix rauque du geôlier ; des serviveurs empressés, à de farouches cosaques ; les rayons du soleil, à l'obscurité d'un cachot; un air pur, à des exhalaisons malsaines; enfin, c'était sortir du tombeau pour retrouver une douce existence. Théobald aurait douté longtemps de cet heureux changement, si Marcel, dont l'attitude près de lui était toujours la même, ne lui eût rappelé l'ami qu'il venais de perdre et celui qui lui restait.
Les maladies causées par l'excès du malheur sont
les plus longues à guérir ; le souvenir revient avant
Z2 Â-S TAJJ'Si FRËBE
le^ forces ; on se «eut renaître pour ^souffrir, et l'on perd cette volonté de vivre qni bâte la convalescop'^''. Aussi Théobald fut-il près de deux mois à se rélaihir, malgré les soins de Mkelli et les reproches de Marcel , qui lui répétait sains cesse que c'était manquer au:K dernières volontés de Léon, que de ne pas rapporter lui-même à la mère de son ami tout ce qui lui restait de ce fils tant aimé. Enfin l'idée d'avoir à remplir ce devoir sacré l'emporta sur le découragement de Théo- Laid ; impatient de se mettre en route, il consentit à suivre le régime qui devait lui rendre la santé ; il s'occupa dès-lors uniquemeaaA des iBoyens d'accomplir le vœu de son ami : c'était le servir, le pleurer encore, et le bon Moreel avait deviiaé juste, en pensant que Ta'seifle distraction anx longues (douleurs est dans les soins qu'on donne ^en<5we 4 «ceM qu'-oû regretta.
IBikelli allait toutes les semaines chez le commandant, pour le prier d'informer le général W... de l'état de^son protégé. Et le commandant, ne doutant pas qu'un négociant, qui montrait tant de zèle, ne fût certain d'avance d'en être un jour richement récompensé, feignit aussi de s'attendrir sur le sort du paavro prisonnier, uu point de faire entendre qu'il fe?TO«^rait os yeux sur son départ d'Orierabourg, s'il lui promet-
us WAV% FREUX fi3
tait de ne pas laisser ignorer oet acte 4'indQlgûi)ce au > -généra]. Dans la joie Ab voir biealM son ami en Ii«bepté^ Mikelli «'engigea^Â tout pour lui« et mentit môme avec Taudaceil'une bonne ^oonscienoei, en allk'' inant qne Théobald était trop affaibli par tsa maladie pour fie passer des secours de Marcel. C'est ainsi qu'il obtint iraasurance que tous deia pourraient s'éloigner secrètement sans crainte d'èlre poursuivis. Mais cette négociation avait demandé beaucoup de précautions^ do flatteries, depromesses, et avait pris bien du temps. L'été («liait finir,; et il fallait profiter des derniers beaux Jouis , pour traverser l'Ukraine et tâcher d'arriver àVajfsovie avant le retour de l'hiver.
Enfin, Je i'' septembre iS13^ Théobald et Marcel, munis du .portemanteau de I^éon et d'un léger ba* •gage, priient congé du brave Mikelli ; ce ne fut pas 4sans verser 4es %jq9«s de tregrets etdejeconnaissance, «t pourtantles v^yiigeurs ignoraienl^en ce momeBt.que le havie-sac deMarcel contenait un rouleauté roubles, sur lequel ,0n liseitoes mots: a N'en dis rieu à ion Tnaître. » MikeUi s<'était dispensé d'expliquer à quels soins /était destiné iofit acgent ; il connaissait tropèlar- «el pour l'offenser par une recommandation inutile.
Ce pénible ivoyoïgey .iait à (^ied^ dans des contrées
' presque sauvages, dura près d'une année ; Théobald, qui avait compté sur ses forces, se vit obligé de s'arrêter pendant les grandes gelées dans un ^misérable village sur les bords du Volga, où la fièvre Tayant repris, il se trouva sans médecin, et bientôt sans argent. Dans cette triste situation, Marcel, que rien ne décourageait, imagina de travailler à la journée pour le ' compte du bûcheron qui leur donnait l'hospitalité : c'est ainsi qu'il paya la dépense de son maître pendant une grande partie du voyage. Dès. que Théobald fut rendu à la santé, il travailla de même pour gagner les moyens de continuer leur route. Mais nous ne les suivrons pas dans les nouveaux périls qu'il leur fallut braver pour mettre à fin une si pénible entreprise. On se lasse du récit des maux qui se ressemblent, et l'attention du lecteur est une faveur trop précieuse pour risquer de la perdre en la fatiguant. C'est pourquoi, laissant à son imagination le soin de se figurer les ennuis, les souffrances d'un tel voyage, nous le conduirons subitement à Berlin, où Théobald s'étant fait îrconnaître par un des banquiers de la ville, trouva chi .^ lui la somme qu'il lui fallait pour se rendre ta France.
C'était au mois de mai 1814; les alliés gardaient
Qacore les portes de Paris. A cette vue ThéoDald s'écria :
— Heureux Léon I
Et, pour la première fois, il bénit la mort de son ami. • #
— Oui! heureux Léon, répéta une voix étouffée par les sanglots. Alors Théobald serra la main de Marcel, et là voiture franchit la barrière; elle avait déjà traversé une partie de la ville, lorsque le postillon demanda où il devait s'arrêter. Théobald avait passé devant la maison de son tuteur^ sans s'en apercevoir ; il fallut revenir sur ses pas. La triste rêverie qui venait de faire faire tant de chemin inutilement, n'avait point échappé au postillon ; il se retournait souvent pour regarder celui qu'il conduisait, et qui se laissait ainsi égarer à plaisir. Une redingote biune, un chapeau rond ; enfin, le costume le plus bourgeois ne pouvait lui donner le moindre indice sur l'état, le rang du jeune voyageur, et pourtant, lorsque Théobald, après avoir payé ce qui lui était dû, dit : •
— Tiens, voilà pour le chemin que tu as fait de trop. •
Le postiilon répondit, tout bas :
^ Merci, mon officier*
*6 LE FAUX FRÈOE
Deux jouïs .suffirent .à OChéobald pour remplir les formalités qu'iexi^geait son vetaur. Ses affaires d'intérêts «eB auraient demandé davantage; mais il en aban* donna le join à jyiarcâl.
— Tu .yiendEaus me retrouver à Bordeaux, lui dit- il, aussitôt que mon tuteur t'aura remis les papiers que j'attends; je ne veux voir personne avant de m'être acquitté du plus triste devoir,
— Vous avez raison, dit Marcel : l'air de Paris TOUS fiait mal, sortez-en au plus vite. Je vais vous chercher des chevaux; en vérité, ce n'était pas la peine de faire tant de chemin pour venir s'emprisonner dans une ville jardée par des cosaques ; autant vallait rester à Oriemboui*;.
En murmurant ainsi, Marcel faisait les apprêts du nouveau voyage de son maître, et s'afDiigeait tout bas de l'ordre qui l'empêchait de le suivre.
^ Depuis la mort de Léon, les regrets avaient détruit tout autre sentiment dans le cœur de Théobald; il fut étonné de retrouver encore tant de pleurs pour sa
LE FAUX WVÈKE «7
patrie, «t tant d^émdtions à la seule pensée da désespoir qxfil stRatt pforter âanas h famille de son aiDi. Comment préparer xrne mëreài^te affreuse nouvelle? Par quel moyen TPhéoballd la 'lui fer»-Wl pnessentir? Ce cruel soin Toccupait tout entier^ à mesuce qn'il approcbait fie Bordeaux. Cherchant à ns'éclaiirer sur la manière dorit il doit s'y prendre, il ouvre le portefeuille 9b liéon, Telit les lettres de «a mère, de sa sœur, et son effroli redouble^ en voyant ces mots, tracés par la main de Céline :
a (Test bien assez dWronterchacfue'jaur de glorieux dangers, n'en cherche poifi^ d^'iimtiles; sontge que ta vie est celle de ma mère, et qu*elte est la mienne; et puis je te fiëfends de 'mf)urir avatnt de me connaitre^ etc. » — Eh bien, pensait Théobald après awdirlu^eetteiecommandalion toudhante, c'est elle que j'affligerai la preniière^ son diagrin sera un trop sûr avertissement pour^Rsi mère, et nous conviendrons jensemble du^otif que d'abord îl y 'ësudra donner, filalgi^ tout ,ce qu'il y avait de triste dans ce proj^ Théobald y revenait lERBins 'cesse ; c'était ^une communauté de douleurs, de tidms pieu!x, de mystères, <dfi iprudence, qui devaientt nécessairement établir une intimité Dresqne ïratemelle etttfe €éliaie et lui. Ou ne i^te
pas étranger à celui qui pleure de votre peine, *et sans se flatter d'inspirer mieux qu'un sentiment de bienveillance, ^héobald se sentait déjà rattaché à la vie par le seul espoir d^intéresser à son malheur une âme si tendre et si pure»
La lettre dans laquelle madame de Lormoy apprenait à son flls qu'elle venait de débarquer à Bordeaux, lui disait aussi l'hôtel où elle était logée. C'est là que Théobald se fit conduire, présumant bien que le maître de cette maison avait conservé quelques relations avec les gens de madame de Lormoy, et qu'il pourrait lui donner les détails qu'il lui importait de ^voiry avant de se présenter chez elle. £n effet l'aubergiste, ravi d'avoir à faire preuve des hautes connaissances qu'il possédait sur les noms, le rang, et la fortune de tous les châtelains de la Gascogne, se mit à raconter la vie du baron de Melvas, sans omettre la mort de son flls unique, le désespoir qui en avait été la suite, et l'antipathie née de ce désespoir pour tout ce qui portait un uniforme.
— C'est au point, ajouta l'aubergiste, que l'enlréi' de son château est interdite à tout militaire de quelque rang qu'ir soit; lorsqu'il est forcé d'en recevoir pa*.' billet de logement, il les caserne dans un pavillon
cfisposé tout exprès, au bout de son parc : et, crainte ie les rencontrer, il s'enferme dans son appartement tout l0 temps que dure leur séjour à Melvas. *Cette consigne ne sera levée, dit-on, que lorsque son neveu reviendra de l'armée, et ce n'est pas sans peine que madame de Lormoy a obtenu cette exception en faveur de son fils. ^
— Ainsi donc, dit en soupirant Théobald , Tarai même de ce neveu ne serait pas reçu de M. de Melvas.
— Non, sans doute, s'il est au service comme lui,
— Quelle étrange manie I Quoi, parce que son fils a été tué en combattant, exiler de chez lui tous ses frèrest d'armes !..•
— Entre nous, reprit l'aubergiste, d'un air mystérieux, je ne crois pas que le souvenir de la mort de ce fils soit le seul motif de cette mesure sévère. Mais M. le baron de Melvas a une nièce charmante qui pourrait fort bien se laisser séduire par les airs élégants d'tin de nos gentils officiers, et voilà ce que M. de Melvas veut empêcher de toute sa puissance. Il prétend lui sauver par là le supplice de vivre quelques mois dans des inquiétudes continuelles, pour finir par être veuve à vingt ans.
Ce récit plongea Théobald dans une profonde rêve-
'90 lE FAUX FfitME
rie; dès-lors^ il n'entendit plus Tien de «ce qu'ajoutait l'aubergiste sur la sévérilé, l'entêtement du caractère de M. de Mehas , «Jt sur L'hcnreur qu'il conaer- ^ait pour tous les souvenirs et les résultats de la Révolution. S'ëtant aperça enfin qu'on ne i'écoutait plus» l'aubergiste en vint aux questions, vengeaince or4inaire des conteurs dédaignés^ contre les auditeurs distnaits.
— Auriez- vous par hasard, ^iWl, quelque affaire à traiter avec le vieux baron ?
— Précisément, répondit Théûhald.
— Eh bien, vous jouez de bonheur^ car il est en ♦ce moment à Bordeaux, et vous ^pourrez peut-être vous dispenser d'aller le chercher d^ans .«on château, •au milieu de ses montagne. Il est venu conduire sa nièce ici pourle mamage d'une de ses parentes. Ils ne doiveiït repartir que demeain,, et ils iront sans doute au specta le oe soir : Talma joue*
— Vous croyez, reprit vivement Théo|)ald, que je pourrai les rencontrer?
V — Pour le baron, je '^n?en suis pas certain, parce qu'il est possible que la crainte de la chaleur,, et puis ses vieilles idées... mais vous y verrez bien sûrement mademoiselle de Lormoy avec les nouveaux mariés et leur mère.
— (Te k Terrai I dit ThéobaW.
Et rambergifite, se trompant wip Tinflexion qui a\ait accompagné ces mois, reprit :
— "SaHB éfytfte^ vous ta Terrée; mais si vous n« la t^onfDVMSflez ffas, cela ne veos avanoera pas à grand those. H font as moins que le vous la désigne ; dV 1)r>pd, vans sauvez qu'elle u.,.
— Des éheveni blonds admirables, interrompit TlîéoMd, 4e grands yeux, nn teint éclatant, une taille ihairraaTite...
— Ahl'si Tons l'avez déjà^ vue, voas n'avez pas be- Foîn de mes in^nctiotts; d'ailleurs, vous n'avez qu'à regarder ^u «d6ié où tous les yeux se ifixeront, vous êtes bien 6Ûr de ne pas vous tromper.
Alors Tbéabald eongédia «on hôte, pour s'occuper desaloilette; il dîna à la Mte, et se rendit un des ppeiniers à la salle de spectacle.
On donnait Ahufar^ cet ouvrage qui triomphe des plus justes critiques par le seul intérêt d'un amour doni; noire théâtre n'offre aucun autre modèle. Cette profonde mélancolie qui prête tant de charmes à la passion, cetle fatalité de l'amour dans un cœur vertueux, étaient si bien comprises par le talent deTalma, qu'on souffrait autant des peines que Pharan n'osait
peindre, que des tourments dont il faisait l'aveu.
Pendant cette représentation, la bruyante admiration des Bordelais était à soe comble. Tiiéobald seul gardait le silence. Le dos tourné à la scène, et les yeux fixés sur un point de la salle, il recevait toutes ses impressions de celles qu'on lisait sur un visage ravissant, et qui, plus d'une fois, se couvrit de larmes aux accents passionnés de Fharan.De pénibles réflexions assiégèrent l'esprit de Théobald en contemplant la douce sérénité de cette jeune et belle personne dont le sourire gracieux succédait si vite à l'expression d'une tendre pitié.
— Aurais-je bien le courage, pensa-t^il, de faire naitre la pâleur sur ces traits charmants 1 d'éteindre ce regard si vif sous un déluge de larmes 1 Ah! que ne puis-je garder pour moi seul les regrets dont je vais l'accabler ! Le jour où j'ai perdu Léon n'était donc pas le plus malheureux de ma vie, puisqu'il me restgfit encore à désespérer sa sœur.
L'attraction du regard est un mystère inexplicable,' mais qu'on ne peut nier; je ne sais quoi nous avertit de l'observation dont nous sommes Tobjet, et il arrive souvent que nos yeux se sentent attirés comme par une lorce supérieure vers ce regard qui nous obsède. C'tbL ce qa éprouva Céline, et ce qui fit presque déli-
y Ter Théobald ; car leurs yeux se reucontrèreot au luoment même où Pharan dit à Salema :
Ah .* si f avais trouvé dans Tantique Assyrie,
Dans la féconde Egypte ou la riche Médie,
Quelque objet vertueux qui me sût emflammer,
Qui fut né pour Pamour et qui craignit d^aimer.
Qui port&t dans son sein, modeste et recueillie,
Le doux, rheureux trésor de la mélancolie ; : >
Ce bonheur douloureux, cette tendre langueur.
L'aliment, le plaisir et le charme du cœur ;
Ohl comme à ses genoux, soumis, tendre et fidèle,
Heureux de ses regards, heureux d'être auprès d'elle.
Adorant ses vertus et vivant sous sa loi, etc. «
Ici le visage de Théobald s'anima d'une expression -si vive que Céline, confuse, reporta subitement sa vue sur Salema, et parut si captivée par l'ouvrage et par le Jeu des acteurs, qu'elle ne jeta plus un regard sur la salle. Cette retenue apprit à Théobald qu'il avait été Temarqué , et il en conçut une secrète joie. L'idée d'être reconnu de Céline lorsqu'il lui serait présenté redoublait son impatience de se rendre à Melvas. Mais comment aborder ce farouche baron ? Fallait-il croire tout ce qu'en disait l'aubergiste? et n'était-il pas pru-> dent de prendre d'autres informations à ce sujet? Pendant que Théobald se livrait à ses réflexions, ses voisiïis profitaient de l'entr'acte pour causer à voix haute 1 Ui' ies jolies fenfknes qui paraient la salle, et le nom
M hB FAUX FlÈJliE
d# madeHKilséBe' de LorixMyjr viiiife biesitât fca^per wn oreille.
Après avoir décidé à runanimité qu'elle était la plus belle, un de ses admirateurs dît :
— Eh bien!, il jiarait quA Tofiolft m\ détssmîne en faveur de M. AcbiHe dé Rosac; eelà devait être : il est flatteur, mbes, afantapu*. Ces g$fifi4à ont toutes les bonnes affaires du pays.
— Vous voua tnwipeSydiAuQaulre^je fifti& de bonne part que le général B..., qui commande ici, a demandé en mariage mademoiselle de Lormoy pour son fils.
— Tdus avez vmffa, ^ un troisième; mais: ce que votrs ignorez, e^ que* M. d&Heivasra refusé net, malgré tous les avantages atl^Ués^ i ce beau parti; et cela par «lite do serment qoll a fait de ns point admettre de militaire dans sa famille ; son aversion pour eux est si grande qu'il n'a pas même vouli recevoir le général lorsqu'il a été lui rendre visite/-— ^' C'est à^ cette ridicule antipathie que l'élégant Rosac^^^-*^ devra son sucxès. On ne reçoit que lui aa château dfi^^-'^ Mdvas, il flatte la baron dans toutes ses manies, IC .m^^^ apporte chaqua semaine de nouvelles recettes pouK^^^ guérir les maux de nerfs de. madame de Lormoy; l^' ^^ fui ée mauvais ven^potti: sa ûUe^< «t comme, il n'y ^
peisoaQie là pour dénoacer sa sottise, je ne serais pas étonné que cette belle Céline ne le crût l'homme le plos distingué da monde. Mais je ne me trompe pas, le voilà qui entre dans sa loge... Voyez comme on Taccueille^ c'est lui qui l'épousera, vous dis-je.
Gel arrêt fit ^upirer Théobald, et fixa son attention sur le jeune élégant appelé à tant de bonheur. C'était un de ces beaux hommes, bien communs, bien colo* rés, à qui une grande taille et des traits à demi réguliers donnent le droit de se faire admirer par les femmes qui regardent la distinction comme un objet de luxe. Vt faut avoir habité la provifice pour savoir à (|uel point ces^séd'uetearsront raison d'être avantageux. Mais €8 a'était point un vainqueur de ce^ genre que Géline devait soumettre; Théobald ne pouvait le croire^ et cependant il la voyait sourire quand M. de Rosaci lui adcessait la parole ; elle accepta le bouquet c^'il lui offrit; c'est encore à lui qu'elle donnait le bras à la aoetia du i^ctade ; toutes ces preuves de préférence jetaient l'esprit de Théobald dans un doute cruel. II résolut d'en sortir le plus tôt possible,^ etdèsfie Lend^malny après, a'ètrer assttré du départ de Céline et de son onck,, Use mit en route pour ae ren* dfiaie-soicàJtfielvaft.
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H touche au but de son voyage, et n'a plus qu'à
monter la colline sur laquelle on aperçoit déjà les tourelles du vieux château, Théobald respire avec peine; la pensée de la triste nouvelle qu'il va donner, le reporte à l'affreux moment où il l'apprit lui-même, et il a besoin de tout son courage pour vaincre l'émotion qui s'empare de lui ; mais prenant tout à coup le porr tefeuille de Léon, il s'élance de sa voiture et gravit à pied la montagne avec tant de vitesse qu'il arrive hors d'haleine dans la première cour du château.
— Où allez-vous, s'écrie une vieille négresse, que dans son trouble Théobald n'avait point aperçue; où allez-vous? Le concierge ne vous laissera pas entrer; M. le baron et mademoiselle sont à la promenade; il n'y a que madame, et elle est trop souffrante pour vous recevoir.
— Si c'est ainsi, j'attendrai, dit Théobald, en s'asseyant sur une pierre; puis cherchant à rassembler ses idées, il questionne la négresse sur la santé de madame de Lormoy.
— Hélas l mon bon monsieur, répondit-elle, sa santé ne reviendra qu'avec des nouvelles de son fils. A CCS mots, Théobald fait un mouvement qui n'échappe point à la vieille Zamea. Ah ! peut-être lui en appoï-
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tez-vous, ajoute-t-ells, en fixant les yeux sur lui,, oui... vous venez de Varmée... votre âge... ce ruban, tout le prouve... puis, reconnaissant le portefeuille que Théobald tenait à la main et sur lequel était gravé le nom de Saint-Irène, elle s'écrie en pleurant : bonté iîivinel c'est lui..« Ohl ma pauvre maltresse en va mourir de joie I et Zamea s'enfuit au même instant vers une des portes du château; elle disparait, et laisse Théobiild accablé de cette étrange méprise.
Cependant il en veut prévenir l'effet, et court précipitamment vers le concierge pour l'engager à retenir la vieille négresse ; mais tout était déjà en rumeur dans le château; les domestiques couraient dans les vestibules, ouvraient toutes les portes, et bientôt Théobald vit s'avancer vers lui une femme soutenue par deux j)ersonnes, et qui marchait avec peine.
— Léon! s'écria-t-elle en se précipitant dans les bras de Théâbald, mon fils!... mon cher Léon!
Et elle tomba sans connaissance. On crut un instant qu'elle avait succombé à l'excès de sa joie, et chacun ne fut plus occupé qu'à lui donner des secours. Théobald lui-même^ oubliantl'erreur qui causait cet événement, ne pensait qu'à rappeler madame de Lormoy à la vie, ei lui prodiguait tous les sOins du plus tendre fils.
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Déjà elle commençait à se ranimer, lorsque Zamea^ qui n'avait plus autant d'inquiétude pour sa maîtresse» courut au-devant du baroa et de Céline qui revenaient; ])lusieurs des gen& de la maison se portèrent aussi de Jeur côté pour être les premiers à coniirmer l'heureuse nouvelle du retour de Léon; et Céline était dans les bras de Théobald avant qu'il ait eu le temps de réfléchir au moyen, de détromper sa mère.
Dans une situation si imprévue, en proie à tant d'émotions différentes^ Théobald serrait Céline contre sou coBur, la contemplait à travers ses larmes,^ et son regard semblait l'interroger sur le parti qu'il devait preadre, pour détromper madame de Lormoy sans lui ôter la vie. Mais toute au bonheur qu'elle avait tant, désiré pour sa mère^ toute à la crainte de la voir trop faible pour le supporter, elle ne s'aperçut pas mèma de la tristesse que le visage de Théobald conservait au milieu de tant de îpie.
£if revenant à elle, madame de Lormoy futsaisi» d'un frisson qui annonçait un violent accès de fièvre. On la porta dans sont lit; des mouvements convulsifs faisant craindre une attaque de nerfs, M. de Melvas éloigna tous ceux qui entouraient sa sœur, et ne permit q|i'à Céline de veiller auprès d'elle.
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— Nq souffre pas, lui dit-il, que persBBiKe lui parle, surtout point d'entretien avec scm fib: il faut calmer son agitation et réparer, autant qu'il se peut, i'impru* dence qu'on a commise en ppovoqaailt une telle révolution : Yoilà «omine on gileles phis doux monents d'e ItL ^ ; cette Tieille Zamea « yensé toar ta mère avec son zèle imbécile. Le pauwe Léon en eek lui-même tout interdit. Se voir ainsi la cause d'oB saisissement mortel, quand il cpo3fait an contraire ramener dans ea famille la santé et la joie ; en Téorité^ €'e^ affligeant et je conçois le chagrin qu'il en épiouve; mais nous l'en consolerons bientôt, j'espèrç« Leiloctenr Frémont vient tous les soirs chez le vieux maïquis de 6..., depuis qu'il a la goutte; son ciiÂteaa n'est qu'à deux lieues d'ici, je eoars y cheivher le docteur, et je te promets de la ramener cette suit môme.
Bn fintesant ces mote, ie baron sortit pour donner Tordre d'stteler ses chevaux et de pnéparerpour son neveu la pins jolie chambre du vieux manoir*
Quand Théobald se trouva seul, il essaya vaineTP de prendre du repos. Le danger de cette malheu»
mère était sans cesse présent à son esprit. Il ne se sentait pas le courage de l'accroître en lui dévoilant la triste vérité. Il sera toujours temps, pensait-il, de changer sa joie en désespoir : ce n'est pas moi qui ai voulu son erreur, celle de sa famille; et puisque j'en souffre seul, je ne puis être blâmable. Oui, Léon lui-même m'ordonnerait de me taire encore pour sauver la vie de sa mère ; d'ailleurs, ce premier mouvement passé, je pourrai tout avouer à M. de Melvas, et sa prudence décidera de ma conduite.
Rassuré par tant de bonnes raisons, Théobald en cherchait vivement de semblables pour justifier l'intimité que sa fausse parenté autorisait entre Céline et lui. La main appuyée sur son cœur, il y croyait sentir encore l'impression des battements qui s'étaient confondus avec les siens quand Céline Tavait embrassé comme son frère. Il se rappelait que ce frère lui avait souvent répété que son vœu le plus cher serait de le voir uni à sa sœur chérie; l'adorer, tout faire pour l'obtenir, n'était-ce pas encore obéir à Léon? Ainsi le cœur, ingénieux à chercher les moyens de légitimer son amour, érige en devoir sa faiblesse.
"^Le bruit d'une voiture, qui entrait dans la cour du château, sortit Théobald de ses rêves d'espoir. Il des-
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cendit pour savoir si M. de Melvas avait pu ramener le docteur. Les ayant vus entrer tous les deux clitz madame de Lormoy, il s'assit dans le salon qui précédait sa chambre, et là il attendit des nouvelles de la malade.
Un quart d'heure après la porte s'ouvrit, et le docteur, avec toute l'importance convenable, dit au baron de Melvas :
— On ne peut décider encore du caractère que prendra cette fièvre; il y a un point d'inflammation à la poitrine qui demande les plus grands ménagements. La moindre révolution amènerait des accidents dont nous ne pourrions triompher; veillez à ce qu'on la laisse dans un calme parfait, sinon. Je vous le répète, elle succomberait à une nouvelle agitation. Cette crise apaisée, le bonheur de revoir son fils, la cessation des inquiétudes qui lui causaient tant d'insomnies, lui rendront un peu de forée, et alors nous agirons avec plus d'assurance contire la maladie. Adieu, je reviendrai demain.
Pendant que le docteur parlait, Théobald s'était approché pour, l'entendre^ à sa pâleur, à l'anxiété qui se p^gnait dans ses regards, le docteur ayant présumé qu'il pourraU-bxen être la cause de l'évanouissement
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-de Hiadtmê <dê Lsrmoy, lui dit-avee cette gaieté de fnédeein qui suit <ni précède également leurs arrêts :
— Eh bieii« jeine tMNmne, e'est donc vous qui vous «nnisez i nous faîfre des surprise amptelles? YoUk hien comme sont ces jeunes militaires; ils ne voient pas le moindre danger à ce qui fait plaisir, ot ne se Montent pas qu'on meurt aussi bien d^une attaque de serfs que d'un boulet de canon. Âh! Âh! Âhl...
Blessé de ce riro inconvenant, Théobald répondit que, loin de mériter le reproche d'une pareille imprévoyance, il était venu à pied dans l'intention d'épargner i madcfme de Lormoyune surprise dangereuse : 'ce que M. de Melvas eonfirm» en racontant l'imprudence de Zamea; mais, ajouta-t-i!, nous vivons tous besoin de repos, séparons-nous, et si nous sommes plus tranquilles demain, Léon nous fera le récit ^e sa triste campagne.
n était presque jour; Théobald ee jeta ew son lit pour attendre le moment où quelqu'un se lèverait dans le château; mais il s'endormit profondément. Ces mois du docteur : fa moindre révoiutfon ttmè7ier{dt des accidents dont notes no pourrions triompher y avaient fixé toutes ses irrésolutions. Apprendre en ce moment à madame de Lormoy la moit de wurn fils.