‹ Le faux frèreChapitre 2 sur 6 · I.fi (FAUX FBIÈXI f · texte numérisé non relu

I.fi (FAUX FBIÈXI f

C%tail4atQ«r mtubitablenent, Qt ^IzciinaDitéf lareconnaissance, tout ordonnait à Théobald decontinaer 1« iQte •fa'to loi «vait asrâgné mal^é lui; comme cette obligathm répcmdaft à to«8 ises scrupules, il se vésl^a saimi^mords à ppoBter d«8 bienfaits passagers d'une situation qu'il n'avait point choisie, et qu'en résilttaft, «on titre de ÏFère rendait fort iniïoceiite.

flTal éveillé par un valei; de chambre que le baron avait obargé de le «servir pemdant l'absence delMarcei. Yéritaiile gasocm de comédie, FrancisqiiA lui raconta, en moins de vingt minutes, toul ce qui s'était passé

au ttitoau dopuiB ^'il y était n6. Dans la vivaciité du rédl, Théobald perdit beaucoup des i»remiers diMails

mais (^and il «n vist i Iterîvée ide madame de Lormoj obez :8db Aère, il ne pcodît pas sa mot des éh^es foe .Fcancisque domait il mademoiselle Céline, qui rpourtani rse nsqnaituouvent, disaitôU de son ao- «ent, et plus obcom lâe m qu'Ole «ppekît tes gasconnades.

— Ella râneidonc JMaueoup irise ? demanda Théobald.

•— âh ! monsieur, réponde FrancisqnB dans son lanfftge, «lie «rt d'houe gaieté folle.

— Gepandant Pétat de sa mère l'àflUgê.

lOû LE FAUX FRÈRE

— S'il TafiBlige? je le crois bien vraiment. Elle en

pleure nuit et jour,

' Ainsi Francisque répondait à toutes les questions dont l'accablait Tbéobald, sans s^apercevoir des contradictions où sa manie d'exagérer le faisait tomber sans cesse.

Dans de semblables récits, le vrai n'est pas facile à démêler ; aussi Tbéobald, s'empressa-t-il de s'habiller pour aller lui-même savoir comment se trouvait madame de Lormpy, et si la charmante Céline était moins inquiète. A peine entré dans le salon, il la vit accourir vers lui ; elle allait Tembrasser ; mais sans paraître deviner son intention, il s'empara vivement de sa main^ et la baisa avec respect. Céline, étonnée de cette retenue, n'osa pourtant pas s'en plaindre. Son oncle lui reprochait quelquefois l'abandon de ses manières créoles, cette douce familiarité qui tient encore de l'enfance, cette franchise qui ne permet de dissimuler aucune impression ; il lui offrait souvent pour modèle ces jeunes personnes d'autrefois, dont le maintien sévère, les gestes compassés, enfln la déoencok^pprise, étaient les premiers indices d^ine parfaite éducation. Sans croire pouvoir jamais uUeindre à ce haut mérite, Céline, voulant plaire à son oncle,

se contraignait avec lui ; déjà elle était parvenue à ne plus entremêler aucun nom d'amitié au titre qu'elle lui devait ; à ses caresses d'enfant avaient succédé des preuves de respect, et son oncle s'applaudissait chaque jour de voir le triomphe des belles manières sur le témoignage des plus purs sentiments. Céline présuma que Léon pensait à ce sujet comme M. de Melvas; mais elle se promit bien de lui dire que les idées qui étaient tolérables dans un vieil oncle, devenaient très-ridicules chez un jeune frère.

Après lui avoir appris que sa mère avait moias de fièvre, et qu'elle reposait en ce moment, elle l'engagea à venir se promener avant le déjeuner :

— J'ai à te parler, dit-elle, en prenant son bras, et je veux m'acquitter tout de suite de cette triste commission pour n'y plus penser... s'il est possible, ajouta-t-elle en soupirant.

— Qu'est-ce donc? dit Théobald avec inquiétude.

— Mon oncle est venu me trouver ce matin, chez ma mère, pour m'instruire de toutes les recommandations du docteur ; ensuite, m'ayant fait signe qu'il avait quelque chose de particulier à me confier, nous sommes passés dans la bibliothèque, et voilà ce qu'il m'a dit :

<ie6 XE FAUX FRÈIVE

« Malgré le cruel souvenir que ton frère me rappelle, j*étais décidé à le bien recevçir, et il me rend cet accueil facile. Il me pkdt; la sensibilité qu'il montre pour sa HièTn, la peine qu'il éprouve de l'avoir si dangereusement surprise, spn air modeste^ sa timidité avec moi, enfin tout ne fait croire que nous nous conviendrons à merveille. Mais, pour que rien ne irouble la bonne harmonie qui doit s'établir enlro nous^ il est essentiel délai faire connaître mes défauts «t mes volontés, et c'est toi que je charge de ce soin. Léon a ponr eamaïade, pour ami peut-être, un jeune liommedont le père -a été le bourreau de toute ma famille... »

A oe mot, Oéline sentit frémir le bras de Théobald, ^ elle ajouta vivement :

— Tarionne-moi, cher Léon, de t'affliger ainsi en te répétant ces expressions injurieuses. Âhl loin de vouloir lilefiser ton amitié ponr Théobald^ crois que je la resfflete ; je sais que nous lui devras ta vie^ et mon cœur lui tieirt compte 4e tous les soins qu'il t'a donnés.

— Ah! s'il est vrai, dit Théobald, il peut iraver taites les injustices du monde. • ^^

-*^Tii penses bien que je n'ai pas manqué de repréi mon oncle que ce serait imiter la crnaulé

LE l'AUX FRERE iMT

dont il ^émit encore, que de faire peser smt Irfils la haine due au père ; mais j'ai vainement supplié ea faveur de ton ami: je n'ai pu obtenir de M. d» Mdya& qu'il le laissât venir ici ; il exige même que ta rompes tous capport&ave&lui^ et te permet seulement de lui éerire^ k nécassité où tu te trouves de faire ce sacrifioevÀ ta famille ; il a de plus ajouté que pourra que Bi. ËrÂbart ne mit jamais les piedft cbe^ luij il ne se refuserait pas à recoonaitre ce qu'il a fait pour toi^ en loi rendaal service si l'oecasion s'en présentait.

— Lui rendre service ! répéta Tbéobald avec fierté, et reçoit-on les services de ceux qui nous méprisent? Noii; qiHttd 1» bravoure,, rhojipeur nesufiBsent pos^ pouv s'acquérir, l'estime; des< b<HG[unes^ il faut les fuir* Tbéobald saura se soustrsijre i leurs préjugés barbares*

— ^MocièrecMte juste indignibtion; songe, qu'à Tâge^ do mon oncle, les préjugés sont presque des passions^ qu'ils en oui toute: te force, et qu'il faut les combattre par la douceur. J'ai voulu opposer la. raison, la prière à cette injuste volffl^ ek Men^ j'aurai» mieux fait de^ m'y soumettre sans réaîstanea : mes représentations m'ont attiré des< soupçons, dee. reproches, et j'ai mal servi ki cause de Ion amL

108 LE FAUX FUÈUE

— Comment cela se pourrait-il? Quelle âme assez dure ne serait pas touchée de tant de grâces, de bontés!...

— C'est justement l'excès de mon zèle qui m*a rendue suspecte ; mon oncle s'est imaginé qu'en me faisant Téloge deThéobald dans tes lettres, tu avais le projet de me le faire aimer, et que tu avais si bien disposé mon âme à ce sentiment, qu'à la première vue je deviendrais folle de lui. Enfin, n'a-t-il pas voulu me persuader que si je mettais tant de chaleur à prendre les intérêts de ton ami...

— Eh bien, demanda vivement Théobald.

— £h bien!... c'est... que... mais je n'ai pas besoin de te répéter cette extraivagance, reprit Céline en détournant la tête pou^ cacher la rougeur qui couvrait son front.

— En effet, comment penser que l'éloge d'un ami ait tant de puissance?

— Aussi mon oncle n'a-t-il adopté ee soupçon que pour s'en faire un droit de me déclarer qu'il ne consentirait jamais |i voir sa nièce se déshonorer par un mariage inconvenant; et c'est pour éviter ce malheur, ii-l-il ajouté d'un ton sévère, que j'exclus de chez moi iuu:5 ceux que leur naissance, leur réputation ou celle

LE FAUX FRÈRE iO^

da leur famille, ne rendent pas digne de ton choix.

— > Ainsi donC; le malheureux Théobald doft renoncer a jamais...

— Garde-toi bien de le lui dire, interrompit Céline^ cet arrêt peut se révoquer. Puisque mon oncle t'aime déjà, sans doute il t'aimera chaque jour davantage ; une fois sa confiance acquise, tu pourras l'intéresser à ton bonhepr, lui démontrer que tu ne saurais être heureux sans ton ami; d'abord tu le lui feras connaître en racontant tes batailles, tes malheurs, puisqu'il a été de moitié dans ta gloire comme dans tes périls. Je sais des traits de Théobald qu'il ne pourra entendre sans attendrissement ; car moi-même je n'ai pu les lire sans pleurer. Et puis, nous trouverons d'autres moyens de vaincre cette injuste prévention. Je tâcherai de mettre ma mère de notre parti ; enfin, cher Léon, je te supplie de te résigner en ce moment à la volonté de mon oncle. Surtout cache à ma mère le chagrin: que tu en ressens. Elle voudrait en parler à son frère,. et cela amènerait des discussions pénibles. Ne troublons point le calme et le Jbonheur dont elle a tan^ besoin; quand nous n'aurons plus rien à craindro pour sa santé, nous nous révolterons. D'ici là, c'est h moi seule que tu parleras de ton ami, et je te promeU

de i'écoater avec un plaisir eiirème. Ifaia tu mV béiras?-.

— Oui, je ferai t3ut ce qu'ordonne Céline, qu'elle dispose de moi ; guidé par elle, je ne puis èiare coupable... • d'aîlleuis, mon sovi esl arrêté. .^Je n'ai {dus de 'Choix., • Je me consacre à sa mère.... et puis». • que m'importe ma "vie! s'il faut...

Trè9*hetireusement pour Théobald, qui allait peut- ^tre se lirafair, M. de Mel^as parut au bout de l'allée ; Câine s'empressa de le rejoindre pour lui annoncer qu'il pouvait compter sur Tentière soumission de sob neveu. Cette assurance mit le baron de bonne humeur pendant le donner, et il fit tous les frais d'une conversation animée sans sortir XhéobaM de la rêverie oà il était tombé. Un r^ard de Céline eut seul le pouvoir de le rendre attentif à ce qui se disait. C'est encore par le même moyen qu^elIe lui ordonna de causer, d'amuser son oncle par le rédt de quelque affaire brillante. Hais quoique ravi d'obéir aune autorité si douce, Tbéobald frémit en présageant que cette puissanae dominerait sa vie entière*

L£ FALX FRÈRE iU

Les jouis qui suivirent, sans rien cbaBger à k maladie de madame de Lormoy , amenèrent plus de calm^ Le désir de vbre avait suecédé à sa langueur ; la joie lui faisait oublier ses souffranees^ et^ malgré sa pâleur, sa toux opiniâtre et les symptômes d*un affreux dépérissement, elle remerciiait Théobald de lui avoir rendu la santé, et se croyait réellement guérie lorsque^ ranimée par sa présence, elle lui faisait raconter les évén^nentsqui s'étaient passés durant leur longue séparation. Quelquefois ^elle s'étonnait du changement qui s'était opéré dans les traits de son fils. Mais Zamea que rien ne détournait de sa première idée^ prétendait retrouver dans les traits de Théobald toute la physionomie de ceux de Léon, et sa croyance sur ce point était si bien établie^ qu'elle avait fini par convaincre Théobald Uii-mëme de cette lessemblanœ. A part de .

-vives inquiétudes sur l'avenir, ses journées se passaient dans un ravissement continuel. Bien traité par

le baron^ adoré par la mère de sou ami^ sans cesse

auprès de Céline, pouvant se convaincre chaque jour

ii2 LE FAUX FRÈRE

ée la noblesse de son cœur, de sa naïveté, des cbarmes de son esprit, Théobald rendait grâces au hasard singulier qui le plaçait de manière à la voir suus un jour où l'on n'aperqoit jamais la femme que Tmi timeu Ordinairement le premier soupçon d'amour fait naître l'embarras ; la contrainte se mêle au désir de plaire, et il en résulte dans les oxanières une sorte d'aflSectation qui rend la plupart des femmes toutes différentes de ce qu'elles sont réellement ; les unes y gagnent, d'autres y perdent; mais toujours le naturel en souffre, et s'il ne revenait avec les chagrins attachés à l'amour, les amants se connaîtraient mal. Dans la situation où se trouvait Céline, n'ayant aucun intérêt à cacher ses défauts ou à faire valoir ses agréments devant Théobald, elle se livrait à son observation avec la confiance de l'amitié, sans se douter que cet abandon charmant, cette absence de toute coquetterie, tournaient au profit de l'amour.

Un matin que tous étaient réunis autour du lit de 4aadame de Lormoy, on remit au baron une lettre dont la lecture sembla lui causer une vive satisfaction. Théobald, qui tremblait malgré lui à chaque nouvelle qui parvenait dans la maison, était fort curieux de savoir ce qui pouvait animer ainsi le visage froid et

sériear de M. de Melvas, lorsque, s'adressant à Gé* line, le baron dit : ^

^— Cette lettre m'annonce bonne compagnie. Tu vas donner des ordres pour le diner; je veux aussi que ta mettes la robe que je t'ai fait venir dernièrement iét Paris.

~ Quoil cette jolie robe bleue si bien garnie, n fraîche I Je la gardais pour le jour où nous fêterons k convalescence de ma mère.

— Eb bien, n'est-ce pas l'occasion aujourd'hui? Ta mère est beaucoup mieux. Elle veut prendre son lait à table avec nous. D'ailleurs le docteur sera là pour la soigner. M. de Rosac nous l'amène.

Au nom de M. de Rosac, Tbéobald jeta sur Gélint un regard si pénétrant, qu'elle en parut troublée; mais se remettant bientôt ^ elle dit en riant à soe oncle :

— Puisque vous le voulez, je mettrai ma robe bleue; mais je vous rends responsable de toutes les flatteries qu'elle va m'attirer. M. de Rosac ne pariera pas d'autre chose, je vous en avertis. ^

— Cela n'est pas sûr, reprit d'un air fin M. de Melvas, je lui suppose un intérêt mieux placé. Puis, affectant de n'en pas vouloir dire davantage, il ajouta : je

suis empressé de lui faire faire conoaissaaoe avec iojSL frère. Je veux qu'ils s'aiment.

— Ah î c'est trop exiger... de lui, dit Théobald, en cherchant à réparer le prunier mouivement qui Vmaià porté à refuser cette amitié future^ Votre indulgence pour moi vous aveugle, monsieur, continua-t-il; jB suis le plus maussade des hommes avec les gfflis que je ne connais pas. L'habitude de vivre avoc des espèces de sauvages m'a rendu presque aueiû insodahle qu'eux. Je ne sai&plus rien des intérêts lie ce monde; de quoi parlerai-je à ce jeune élégant? Be guerre, de revers, de captivité! Vraiment, ce serait gâter tout le plaisir que vous attendez de sa conversation, et jo vous conjure de me permettre de rester toute la journée dans ma chambre*

— Quelle folie, reprit le baron d'un air fort^ mécontent. Pensez "Hous que pour n'avoir point fait la giseire, on ne sache parler que de fadaises? Les magistrats causent aussi bien que les généraux d'armée, et n'ont souvent pas nH)ins de courage. Songez que pour 6tre un bon juge, il faut être instruit, incorruptiWe, et décidé à braver toutes les persécutions, plutôt que de sacrifier la justice à l'autorité. Croyez que ce mérite-là vaut bien celui de se battre pour le premier qui corn-

mande, et que M. de Rosac, en devenant le plus élo* quent magistrat de son pays» peut s'illustrer tout aussi bien qu'un petit colonel. •

^ Madame de Lormoy vopnt que son fils s'apprêtait i répondre au baron, et redoutant qu'il ne s'élevât une discussion fâcheuse entre ^ux, s'empressa de dire qu'elle ^tait certaine que Léon ne l'affligerait pas en persistant dans son projet de retraite; qu'elle userait de tout le despotisme accordé aux malades pour Tobli* ger à ne la pas quitter, et à prendre part au plaisir que son retour causait à tout le monde.

— Et puis, ne faut-il pas qu'il me voie avec ma belle robe, dit, en se levant, Céline. Allons, monsieur le sauvage, venez m'aider à cueillir des fleurs pour' remplir les vases du salon, et mettez, pour aujoup» d'hui votre sauvagerie de côté. Je veux que vous soyez

^ aimable, que vous me fassiez honneur auprès de nos convives, et que vous appreniez à M. de Rosac qu'on peut être spirituel sans être gascon, ce qu'il croit im>» possible.

— Je n'ai vraiment point envie de le contrarier^ ditThéobald, car il me paraît avoir ici un parti formidable. # '^

— Et dont vous serez bientôt, interrompit le baroa^

d'un ton confidentiel. Mais j'ai des lettres à écrire, «t je vous charge tous deux des ordres qu'il faut donner. £n disant ces mots, il monta dans son cabinet, ^ Céline entraîna Théobald vers le jardin.

— T penses-tu, lui dit-elle, quand ils urent seuls, parler ainsi à mon oncle I ne sais-tu pas que la moindre résistance le met en courroux^ et que si tu n'as pas l'ûr de partager ses idées, jamais nous ne l'amènerons à Cè que tu désires.

-— Gomment deviner que c'est un crime à ses yeux de ne pas adorer tout d'un coup M. de Rosac?

— - Adorer I quelle exagération 1 Voilà déjà le mal du pays qui te prend. On peut, sans adorer les gens^ se prêter à les conndtre ; surtout lorsqu'ils sont aimés ëe nos parents.

— Ah ! si j^avais su que Céline raimit...

— Qui te dit que je l'aime 7

— Mais... ce zèle à me gronder pour lui : je ne Tai jamais vu, et déjà l'on m'impose l'obligation d'être aimable pour lui plaire.

— D'abord tu l'as déjà vu |e soir où, sans nous connaître encore, le hasard t'a fait nous rencontrer au spectacle à Bordeaux. Tu en es convenu l'autre jour ave€ moi, lu as même ajouté avec ironie que les manières

du bel Âcbffle t'ayaient para plus familières que distinguées. «^

— > Je ne m'en dédis pas ; mais parce que ses manièreç me déplaisent faut-il que je coure après son amitié? Pense-t-on que je n'ai pas deviné le motif qui l'amène ici? Je le savais d'avance ; il parait que lui-même en garde peu le secret; car on en^ parlait tout haut dernièrement au spectacle, et j'ai recueilli là-dessus les avis les plus différents; mais un seul m'importe à savoir : c'est celui de Céline. £n m'a* vouant la protection qu'elle accorde à M. de Rosac, elle est bien sûre de me la voir respecter.

-— Je ne me soucie point de cette complaisance; garde-la pour les affections de mon oncle.

— ^ A quoi me servirait de les flatter maintenant, pour obtenir de lui la permission de rendre Théobald témoin du triomphe de monsieur...

— C'en est assez^ interrompit Céline, prête à pleurer de dépit. Je vois que vous voulez m'irriter par votre ironie, que vous méprisez mes conseils... Eh bien , conduisez-vous à votre guise ; offensez mon on- ^ cle, affligez ma mère^ je ne vous reprocherai plus rien.

. À ces mots elle jeta la corbeille de fleurs qu'elle ie«

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liait à son bras, et s'emMt sans écouter la voix suppliante qui la rappelait.

En la voyaut s'éloigner ainsi, que de reprochas s'adressa Théobald I Hélas ! un seul mot aurait suffi pour le justifier; mais pouvait-il la dire sans porter refiroidans ce cœur innocent. Se nommer à Céline, n'était-cepas la perdre sans retour? Non ; M.. d.e Melvas devait seul recevoir cette triste confidence. C'était dans la résolution de sugir son courroux que Théobald trouvait Texcuse de sa conduite présente. Sa faute s'ennoblissait à ses yeux par la sévérité du châtiment ; il était inévitable, il se fit gloire de Taffronter : ainsi la dignité du péril relève les actions coupables.^'

^Théobald ramassa |tristeiîient la corbeille gt les fleurs: il les remit à Zamea, en la priant de les arranger dans les vases qu'avait préparés sa jeune maîtresse. Elle y consentit avec peine, dans la crainte de contrarier Céline.

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— Mais que se passe-t-il donc ? dit Zamea ; je viens de la voir entrer dans sa chambre, les yeux pleins de larmes. Je devine : votre oncle l'aura grondée. Pauvre enfant I si douce, si bonne, avoir le courage de la faire plem^er. Ah ! que le ciel confonde celui qui Taffligel

LE FAUX FRÈRE il»

— Il est déjà trop puni, dit tout bas Théobald. Et il alla rèv€r auJt moyens de se faire pardonner.^.

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