‹ Le favori, ou, La Cour de Catherine IIChapitre 10 sur 45 · SCÈNE YUl · texte numérisé non relu

SCÈNE YUl

PAULESKA, entrant par ta porte de droite , CATHEPiINE.

Arrive, ma chère comtesse : ah! ((ue j'ai besoin de ton secours!

PAl'LESKA.

Qui peut aflligci- Votre .Majesté? les soucis de rcnipirc...

11 s'agit bien de iiioii empire!

PAULESKA.

De quoi donc s'agit-il?

CATHERINE, soupiraïit.

Que tu es Iicureuse !

PAULESKA.

l\Ioi, madame !.. .

Oui, tu as aimé, Paulcska?

PAULESKA.

Cette question...

Tu as été aimée!... et l'on n'a pas craint de te le diie !

Qu'enlend?-je ?

Tu n'es pas impératrice, loi ! l'homme qui a cru lire dans tes regards un tendre sentiment ne repousse pas l'espérance comme un crime; auprès de toi, il n'a pas une Sibérie à redouter : il ose aimer et déclarer son amour!... Tu es bien heureuse!

PAl'LESKA.

Eh quoi! madame, il serait possible!...

Oui, écoute, Pauleska ; j'ai besoin d'un cœur où le mien s'épanche: jusqu'à ce jour, je n'ai vu que des flatteurs autour de moi; sois mon amie! Si la folâtre gaîté de ton âge, l'heureuse insouciance de ton caractère ont dérobé Ion ame aux chagrins, ne refuse pas aux miens tes consolations.

PAULESKA.

En fait de chagrins, chacun a sa part; et le ciel ne m'a pas oubliée.

Toi!. . mais non ! tu ne connais pas le supplice d'aimer sans savoir si l'on t'aime, sans oser t'en instruire ! Lorsque, n'écoutant que ton amour, tu fais un pas vers celui dont ton cœur implore i\n aveu , tu ne le sens pas arrêtée par un manteau impérial.

PAULESKA.

Et vous, madame, savez-vous ce que c'esl que d'avoir, dès l'enfance, placé tout son avenir sur un seul nom; de l'avoir caressé dans son cœur comme une espérance; d'avoir fait de sa gloire son seul rêve de bonlieur, et de le voir prêt à se flétrir?

Que dis-tu?... Ah! je le plains!... »>Jais la voix ne peul-clle réveiller de nobles scnlimens?

PAITLESKA.

Peut-être !

Dis un mot, Pauleska, et j'y joindrai la mienne.

PACLESKA.

La vôtre !...

Sans doute : je venais le demander des consolations , et je crains d'être forcée de t'en offrir.

PAULESKA.

Que Votre Majesté pardonne! Je ne sais quel importun souvenir s'est ranimé dans ma pensée ; qu'il disparaisse ! que votre bonheur seul nous occupe, et n'oublions pas que, dans celle vie, il n'y a de vrai que le plaisir.

Air: Faisons la paix (Maison du faubourg).

C'est Je plaisir {bis.) Qui console de la puissance; El quand le bonheur semble fuir, Qui nous fait prendre patience?

C'est le plaisir! {ter.)

Grâce aux plaisirs, {bis.) D'un joyeux cercle souveraine , Vous faites aimer vos loisirs ; Et vous ne seriez qu'une reine,

Sans les plaisirs, {ter.)

Quel empire ta voix exerce sur mon ame! en l'écoutant, j'oublie presque mon chagrin.

PAULESKA.

Eh ! quel chagrin pourrait vous atteindre? celui que vous aimez sera bientôt à vos genoux, ivre de bonheur et d'or^-ueil.

PAULESKA.

Le crois-tu ?

Qui en douterait?

Ah! que le ciel t'exauce!

PACLESKA , à part.

Et que je meure auparavant!

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