‹ Le favori, ou, La Cour de Catherine IIChapitre 30 sur 45 · SCENE XYI · texte numérisé non relu

SCENE XYI

CATHERINE, LOWINSKl.

CATHEKINE.

Il est rêveur!

towiNSKi , à part.

Être aimé ainsi !

CATHERINE, de même.

Il m'a devinée !

LOwiNSKi, de même.

Un tel amour doit être payé de toute la vie !

CATHERINE , de même.

Cher Lowinski ! [Elle s'avance , il la voit. )

LOWINSKl, étonné.

Sa Majesté I

Oui, c'est moi que l'ennui de leurs bruyans plaisirs ramène en ce lieu solitaire.

LOWINSKI.

Faut il que je m'éloigne ?

Vous éloigner!... non, demeurez! Auriez-vous peur de moi?

LOWINSKI.

Le respect seul...

Ah! oui, le respect!... Ils me respectent tous !... ils n'ont que ce mot à la bouche... ils n'ont que ce sentiment dans le cœur!

LOAVÎNSRI.

L^cclatqui environne Voire Majcslc, la splendeur de son règn-e ne commandent-ils pas les hommages ?

CiTHERISE.

Et vous aussi peut-être, vous me croyez heureuse?

LOWINSK.I.

Qui plus que Votre Majesté mérite de l'être?

Oui, voilà comme on juge! l'orgueil de régner sur des millions d'hommes, d'entendre exalter son nom, devoir à ses pieds tout un peuple de flatteurs, cela doit sul'fire au bonheur d'une femme ! On ne s'informe pas si cette femme a un cœur! si ce cœur n'a pas besoin d'en trouver un qui réponde au sien , qui souffre de ses maux, qui comprenne ses soupirs?... Non! elle règne , on lui obéit, on la flatte !... elle doit être heureuse ! LOWiNSKi, troublé.

Qu'enlends-je. madame ?... que diles-vous?

Et pourtant, sur ce trône où le monde lui porte envie, entourée de cette multitude qui attend son sort d'un seul de ses regards, poursuivie de louanges, accablée d'hommages, si elle était seule? 'fout cet éclat, tous ces trésors, toute cette puissance, si elle était prête à les donner, pour une heure de ces épanchemens délicieux où deux cœurs se sentent de moitié dans leurs désirs et dans leurs espérances? et si ce rêve de toute sa vi<; lui échappait sans cesse?... Dites, Lowinski, la plaindriezvous ?

LOWINSKI.

Ah! madame!... se pourrait-il?...

Qu'importe à cette femme, à cette reine, les éloges intéressés de la foule menteuse qui l'assiège? mais sentir que chacune de ses pensées a un écho dans une autre ame ; songer que chacun de ses triomphes la grandit aux yeux de celui qu'elle aime, qu'elle s'embellit de sa gloire, qu'elle trouvera dans un cœur tendre et dévoué le prix de ses travaux, la récompense de toutes ses peines... ah! ce serait là le bonheur! LOAViNSKi, avec émotion.

Et quel homme serait assez heureux pour inspirer un te! sentiment ?

Heureux, dites-vous ?... ah ! oui , il serait heureux! se dire : le monde entier è les yeux attachés sur elle, et c'est moi seul «jue cherche son regard! les acclamations de tout un jieuple peuvent un instant flatter son orgtieil, mais sa joie, elle est diins mon sourire!

LOWKNSK».

Quel cnivr.int tableau!

CATHERIN F..

Et ces millions d'existences, qui dépendent d'un mot, il en serait l'arbitre !

LOWiNsKi , dont le trouble augmente.

Lui!...

Oui , car les vertus sont faciles aux cœurs heureux , et elle tui devrait le bonheur !.. .

LOWINSKI, à part.

Queltrouble m'agite !... Pauleska!... que faire? que deven-lr?

La félicité dont son ame serait remplie, elle la répandrait autour d'elle ; il entendrait la voix des nations la bénir, et il se dirait : cette gloire , ces transports, cette ivresse, tout est mon ouvrage.

LOWINSKI.

Ah! de grâce, madame, prenez piliè de ma raison ! mon cœur bondit, ma tête s'égare...

Lowinski!...

LOWINSKI.

Catherine!...

PAULESKA , en dehors.

Gloire, honneur à l'impératrice!

Quels cris !

LOWINSKI, à lai-même.

Ah!... c'est sa voix!

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