LE PRINCE DE LIGNE, KORSAROFF , MICHEL
MICHEL
Oh ! saint Michel , inon patron, ne me tirerez-vouspas de là?
RORSAKOFF.
Allons! avance, et pas lant de gémissemens.
LE PRINCE
Qu'y a-l-il donc ?
K0R8AKUFF.
C'est mon cousin Michel, que j'amène ici par ordre de son excellence le prince Poteinkin , qui est furiou.'c.
MICHEL
Ma soupe au sterlet ne lui a pas paru bonne.
LE PRINCE
Il est vrai qu'elle était exécrable : c'est une justice à te rendre.
MICHEL
Eh bien! soit, il ne faut pas di^puter des goûts ; mais est-ce donc une raison pour qu'on me donne le knout? est-on criminel parce (ju'on a tait une mauvaise soupe?
KORSAKOFF
On est criminel quand on a déplu à son excellence.
MICHEL
Merci! mon cousin... Si on le lui commandait, il me pendrait lui-même... Ayez donc des parens à la cour.
LE PRINCE
Ta faute est plus grave que tu ne l'imagines.
MICHEL
Il me semble que ça ne peut pas être plus grave qu'une indigestion î. .. voilà tout.
LE PRINCE
Et sais- tu quels malheurs peut entraîner une indigestion de Poiemkin ?
MICHEL
Dame !... je me figure. ..
LE PRINCE
Apprends qu'hier, en sortant de table, furieux et souffrant, il a brusquement repoussé l'ambassadeur de Danemarck , qui voulait lui parler d'affaires : son excellcMice danoise peut se fâcher; la guerre s'allumera , et dans un an vingt mille braves gens, qui se portent bien aujourd'hui, seront peut-être morts parce qu'un imbécile a manqué une soupe au sterlet.
MICHEL
Miséricorde!
Air : Un homme pour faire un tableau . Qui ? moi ? de tant d'bravcs guf-rriers J'aurais compromis l'exislence!
Ah ! du talent des cuisiniers J'ignorais ici l'importance :
Non, vraiment, je n'soupçonnais pas, En faisant c'te soupe maudite , Que le destin de deux Etats Etait au fond de la marmite.
Je n'approcherai plus d'un fourneau.
KORSAKOFF
Oh! soi* tranquille, on va t'en faire passer l'envie... J'entends le prince... garde à toi!