‹ Le fédéralisme dans la Haute-GaronneChapitre 20 sur 63 · CRAN · texte numérisé non relu

CRAN

recevoir l'effigie de Lepelletier, et où l’on parvenait par quinze marches. Des statues de la Liberté, de l'Egalité, et quatre cyprès, complètaient l'ensemble de ce monument au fronton duquel était une inscription de la reconnaissance publique.

Un discours fut prononcé par le maire qui décerna la couronne civique à Lepelletier au milieu des décharges d'artillerie et du roulement des tambours. Après la cérémonie au Champ de Mars, le cortège se rendit dans la chapelle des ci-devant Pénitents bleus (1) où Jean-Joseph Janole, juge au tribunal du district et membre de la société populaire, dont Arbanère était président, prononça un important discours, pour célébrer « les vertus et les talents de celui qu'on venait d'inscrire au nombre des héros de la patrie » (2).

Ces manifestations cachaient mal les dissentiments, les rancunes, les haines, Le département était tourmenté par les agissements des nobles, par le clergé insoumis, auxquels se joignent tous les mécontents. Et les mécontents sont le nombre. Malgré l'effort de la société populaire qui groupe les Jacobins de Toulouse, le parti dominant en mai 1793 est le part modéré. Ses chefs sont Girard, Roussillon, Roumiguières, Daspe. Il est surtout composé de négociants, de rentiers, de bourgeois affolés par la débâcle financière et qui veulent arrêter la montée populaire. Il s'appuie sur les paysans des campagnes efirayés de la politique montagnarde.

Les journaux traduisent l’état de l'esprit public. C’est ainsi qu'à côté du journal des « Quatre évangélistes », royaliste et aristocrate, le « Journal des

(1) Actuellement église Saint-Jérome.

(2) Brochure de 27 pages, in-8°, publiée chez Desclassan. Il ne reste qu'un seul exemplaire de cette brochure. (Collection de Santi).

ya

affiches du département de Haute-Garonne et de l’armee des Pyrénées » (1) reflète l'opinion générale qui est modérée, ennemie de la violence et surtout de toute dictature. Il y avait aussi le « Journal universel de Toulouse et du Languedoc », mais principalement la « Gazette de Brouilhet » qui est nettement fédéraliste (2).

Telle est donc la situation en mai 1793. La plupart des citoyens sont las de la Convention, dont ils ne comprennent ni la politique ni les devoirs. Ils sont las surtout de l’autorité de Paris qui a fait la Révolution, on ne le nie pas, maïs qui veut seul en conserver la direction. La jalousie et les inquiétudes se font jour dans les déibérations des corps constitués : jalousie provinciale contre la Capitale, inquiétude d’une dictature menaçante et qu'on voudrait éviter. Les autorités administratives sont acquises à la République, elles n’ont aucune attache avec le passé, mais elles se méfient des Jacobins révolutionnaires, par instinct de conservation de classe et par intérêt. Elles traduisent l’esprit public qui n’est républicain qu'avec prudence et modération. Les corps constitués et l’élément dirigeant de la population deviennent inébranlablement partisans de la légalité ; ils ne comprennent pas que, pour parer à des dangers exceptionnels, il faut des mesures exceptionnelles. Timides devant les mouvements jacobins de la Société populaire, ils se montrent aussi ennemis des nobles qui leur rappellent les mauvais jours d'autrefois, l’absolutisme royal,

(4) Le « Journal de Toulouse » avait paru pour la première fois le 12 novembre 1789 avec cette devise : « Post tenebras, lux ». Le correspondant parisien du journal, jusqu’au 31 mai, est la représentant Rouzet, et le journal reflète les idées du parti girondin.

(2) Après la chute’ du fédéralisme, le représentant Baudot manda Brouilhet au Comité de surveillance afin qu'il rétractât « toutes les erreurs politiques dont il avait jusque-là infecté ses concitoyens ».

Brouilhet fut enfermé aux Carmélites jusqu’à l’arrivée de Mallarmé.

Page 1