‹ Le fédéralisme dans la Haute-GaronneChapitre 50 sur 63 · HP · texte numérisé non relu

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(2) On écrit de Fronton, gros bourg agricole de la Haute-Garonne, dans le district de Grenade, que « depuis le maximum les marchés sont peu conséquents. IL n’y a que quelques moutons maigres que l'on achète pour les engraisser, Il s’en vend peu pour la boucherie. » (L. 240}.

ports, et ceux-ci étaient quintuplés, quelquefois davantage. Le commerçant, ne pouvant supporter ces charges, suspendait son trafic, Le Conseil général de la Commune de Toulouse avait fixé un prix de transport pour le charbon et pour le bois. Mais ne trouvant plus de voituriers pour le prix convenu, il fut obligé de réquisitionner les chevaux et les voitures de l’armée,

La révolte éclatait souvent dans les districts de la Haute-Garonne. Mais le Directoire la réprimait. La loi du 17 septembre sur les catégories de suspects était en pleine exécution (1), Les corps constitués et les représentants en mission étaient aidés dans leur recherche par les membres de la Société populaire, Mais, très souvent, les municipalités mettaient peu de bonne volonté à dénoncer des citoyens dont elles partageaient les tendances politiques. Aussi il fut décidé par le Conseil Général du département que les listes seraient dès lors dressées par les conseils généraux des communes voisines (2). En cas de faiblesse ou de com-

(t) D'après cette loi étaient réputés suspects :

1° Ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit rar leur propos ou par leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie du fédéralisme, et ennemis de la liberté.

9° et 3° Ceux qui n'auraient pas justifié l’acquit de leurs devoirs civiques, ou obtenu teur certificat de civisme.

4° Les fonctionnaires suspendus ou destitués.

5° Ceux des ci-devant nobles, ensernble, les maris, femmes, pères, mères, fils ou filles, frères ou sœurs et agents démigrés, qui n’ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution,

6° Tous les émigrés, à dater du 1° juillet 1789, et enfin, devant les tribunaux cvils ou militaires, les prévenus (te délits à l'égard desquels il serait déclaré n’y avoir pas lieu d’accusation.

Les comités de surveillance établis d’après le décret du 21 mars sont chargés de dresser, chacun dans son arrondissement, la liste des gens suspects, de décerner contre eux les mandats d'arrêt et de faire apposer les sScellés sur leurs papiers.

(2) Le Conseil général du département, réuni en délibération le 10 octobre 1793, prit l'arrêté suivant :

« Considérant que le moyen le -plus efficace d'assurer l'exécution rigoureuse de cette mesure salutaire (arrestation des suspects) qui éprouve des exceptions funestes pour la sûreté générale par la faiblesse ou la malveillance des autorités locales est celui de confer

plicité déclarée par les autorités légales, l'armée préterait main-forte pour l'exécution de la loi.

Telle était la situation à l'arrivée de Dartigoeyte et de Paganel. Baudot et Chaudron-Rousseau avaient procédé à de nombreuses arrestations et à des exécutions rapides. En particulier, ils annoncent, par lettre äu 8 octobre 1793, que « toute la famille Dubarry est en Clôture ». Ils ont fait mettre ses biens sous séœquestre (1), et ils ajoutent : « Nous avons fait mettre entre les mains du receveur du district toute l'argenterie qu'elle avait volée à la nation ». De plus, « le père Azéa (2), fameux prédicateur de Toulouse, réfractaire de son métier, à qui il avait pris fantaisie d’émigrer

l'arrestation de gens suspects d’une commune à toute autre municipalité qu'à celle de leur résidence, et de nommer en même temps des commissaires qui seraient chargés de requérir et de surveiller les arrestations, arrête :

1° Les décrets de la Convention nationale ainsi que les arrêtés des représentants du peuple et du département qui prescrivent l’arrestation des gens suspects seront sans délai exécutés en toute rigueur dans les districts de Villefranche et de Revel.

2° A cet effet, tant l’administration des districts que les municipalités seront tenus sous leur responsabilité d'exécuter les réquisitions qui leur seront faites relativement aux mesures de sûreté commandées par les circonstances Jj‘ar le citoyen Pierre Roure, membre du Comité de surveillance de Toulouse, et Guillaume-Antoine Augé, :nembre du tribunal judiciaire du district de Villefranche, auxqueis le Conseil délègue tout pouvoir à cet égard.

3° Les sociétés populaires sont invitées de se concilier avec les Conseils généraux des communes à l'effet de dresser la liste des personnes qui seront dans le cas d’être arrêtées.

4° Afin qu'aucune considération personnelle ne puisse soustraire des individus à la réclusion, les listes seront formées par les conseils généraux des communes voisines concurremment avec les sociétés populaires.

(Déclaration du Conseil général du département, avec autorisation des représentants du peuple, 10 octobre 1793 (L. 39).

(1) Lettre de Descombels aux administrateurs des 8 districts :

«Je vous envoie un arrêté des représentants du jleuple, en date du 7 du même mois, portant séquestre des biens de la famille Dubarry ». I1 faut découvrir tout ce qui pourrait appartenir à cette famille sur laquelle trop longtemps, et au préjudice du peuple, le despote Louis XV répandit de honteuses largesses. »

(8° jour du ? mois de l'an II de la République) L. 67.

(2) I1 fut guillotiné le 30 septembre 1793. IL avail une grande renom. mée dans le Midi et une grande influence sur la société.

et de rentrer, a été arrêté et a déjà subi le sort dû à sa trahison » (1).

Ces mesures de Baudot et Chaudron-Rousseau parurent insuffisantes à Dartigoeyte. Il pensait qu’elles n'étaient prises ni avec assez de rigueur ni avec assez de méthode. De concert avec Paganel, il arrêta un plan de répression contre-révolutionnaire qui devait, au moyen d'un redoublement de procédés terroristes, extirper définitivement toute opposition, surtout tout fédéralisme, qui lui paraît l'ennemi le plus redoutable, et toute coalition avec les royalistes.

Ce plan de répression comprenait, avec le souci constant des approvisionnements pour maintenir la tranquillité publique, une nouvelle épuration des autorités constituées et des sociétés populaires, un plus rigoureux examen des cas suspecte, des arrestations nombreuses de citoyens douteux pour les traduire devant le tribunal révolutionnaire, enfin une propagande montagnarde inlassable pour arriver à la complète exécution des lois de la Répubique.

Ce plan de répression fut vigoureusement suivi par les représentants en mission, sans défaillance, mais aussi sans pitié. Le régime de la terreur fut la conséquence des mouvements fédéralistes dans la Haute- Garonne. Toulouse devait servir d'exemple aux dépariements voisins.

Pour arriver à ce but, Dartigoeyte et Paganel s’appuyèrent sur la société jacobine de Toulouse, sur le Directoire du département et son procureur-généralsyndic, enfin sur l’armée révolutionnaire.

Nous avons vu déjà que la société populaire est le

(1) Archives nationales A. K. II 185, de la main de Baudot. Aulard, t. VII, p. 312 Descombels considérait l'arrestation d’Azéa comme une importante mesure de salut public.

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plus sûr auxiliaire des représentants du peuple. Nous Savons aussi que Descombels contribue avec activité, d'accord avec le maire Groussac et le corps municipal épuré (1), à assurer le recrutement, l'équipement, l’armement des troupes destinées à repousser l'invasion espagnole, à surveiller les approvisionnements. Les uns et les autres seront aidés par la nouvelle armée révolutionnaire. Un arrêté de Baudot et Chaudron- Rousseau, en date du 9 octobre 1793, avait organisé une force militaire de 600 hommes pour dissiper les troubles qui pourraient survenir dans l’intérieur, jointe à une compagnie de cavalerie (2). Cette armée révolutionnaire fut mise en activité de service par arrêté de Paganel en date du 7 brumaire an II (3). Un détachement de cette armée devait se porter tout de suite dans les districts de Castelsarrazin (4), de Grenade et autres circonvoisins. Les opérations de cette force armée devaient être dirigées par les citoyens Hugueny, président du tribunal criminel, et Blanchard, greffier. Ces citoyens, envoyés comme commissaires civils, recevaient tous les pouvoirs nécessaires, tels que ceux de requérir les corps civils et administratifs, la force armée et l'appui de tous les patriotes.

Les opérations de cette force militaire étaient :

1° De faire reparaître et rétablir la libre circulation des grains et de toutes les denrées de première néces-

(1) Le 11 octobre 1793, Baudot et Chaudron-Rousseau avaient destitué de leurs fonctions d’administrateurs du district de Toulouse les citoyens Ayral, Rache et Rouge (L. 4299).

(2) I1 à été arrêté que l'uniforme de l'infanterie et de la cavalerie serait à la Montagnarde, et Dauzat est chargé de pourvoir à l’habillement et à l'équipement de la dite armée (7 brumaire an Il). L, 39.

(3) Le décret du 2% frimaire, qui licencie toutes les troupes irrégulières, met fin à l’armée révolutionnaire, Elle rentre à Toulouse le 3 nivôse an II.

(4) Le maire et officiers municipaux de Castelsarrazin seront suspendus par arrêté des représentants du peuple en date du 20 Brumaire.

sité ; de prendre le superflu aux riches afin d’en pouvoir faire jouir les autres, sauf à en payer la valeur d'après la loi du maximum.

20 De mettre sous les mains de la nation tous les objets de luxe qui peuvent être utiles au service de l’armée ou des hôpitaux militaires.

3° De soutenir et protéger les bons citoyens sansculottes, et de les meftre à l'abri de toutes les vexations des aristocrates, modérés, feuillants et fédéralistes.

4° De mettre en état d’arrestation et de conduire dans les prisons, de livrer aux tribunaux tous les hommes qui s'opposeraient à l’accomplissement de la Révolution, avec pouvoir de destituer, suspendre et remplacer provisoirement les fonctionnaires publics (1). Paganel envoie, dès le 20 octobre, une partie de cette armée dans le district de Grenade, particulièrement composé de contre-révolutionnaires et de déserteurs. Le départ de cette troupe jeta la crainte et la consternation dans les campagnes. L'alarme fut si grande que le Conseil du département rédigea un arrêté pour apaiser les inquiétudes de la population. Get arrêté était adressé aux « citoyens laboureurs pour calmer les alarmes que les malveillants se sont plu à répandre au sujet de l’armée révolutionnaire, pour Îles éclairer sur sa véritable et salutaire destination et pour les tenir en garde contre les cauteleuses menées des ennemis de la chose publique qui essaient toutes les ocCcasions pour venir à bout de leurs desseins » (2).

Cet arrêté fut imprimé et distribué dans toutes les

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ae te du représentant du peuple Paganel, 7 brumaire an II \ 99}; (2) Délibération du Conseil du département (29 oct. 1793). L. 48.

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communes (1). Malgré cela, l’armée révolutionnaire fut mal accueillie et ses violences amenèrent des protestations et des émeutes. Les archives départementales de la Haute-Garonne conservent un curieux « procèsverbal de la conduite tenue par l’armée révolutionnaire pendant son séjour à Grenade, chef-lieu du district du département de la Haute-Garonne ». Il a été dressé par la municipalité de Grenade, le 3 nivôse an Il. Il rapporte les crimes commis par cette armée. Il est possible que les faits aient été exagérés, sous l'effet de la terreur et de l’indignation. Mais il est certain que la conduite des deux commissaires civils à été coupable, et que leur passage dans le district de Grenade a eu des conséquences néfastes.

L'armée révolutionnaire, composée de 183 hommes, tant à pied qu'à cheval, était partie de Toulouse le 14 brumaire, Un détachement de 150 hommes se dirige vers Grenade. Le reste de la troupe se porte vers Castelsarrazin. Les commissaires civils, Hugueny et Blan- Chard, préviennent la municipalité de Grenade de leur arrivée en ajoutant : « Nous marchons et traitons révolutionnairement ». Ils demandent en outre du pain el de la viande qui leur sont portés à Seilh et à Aussone, distants de Grenade à peu près de deux lieues.

Le détachement arrive le lendemain à 5 heures du soir : il est logé de préférence chez les aristocrates. Le lendemain, Hugueny et Blanchard se rendent à la Municipalité et montrent les pouvoirs signés par Paganel et datés du 7 du même mois. Ils font placer deux pièces de canon devant la porte de la maison commune.

Le 17 brumaire, à 4 heures du matin, le détachement est Sur pied. Il occupe les rues principales de la ville.

(1) Le 20 octobre, un arrêté avait mis en réquisition toutes les imprimeries du département. Elles ne pouvaient travailler que pour les administrations publiques et les sociétés populaires (L. 39).

—Nalatin

Les commissaires civils assemblent le Conseil Général de la Commune, et lui ordonnent d'arrêter tous les aristocrates et fédéralistes de la Commune. Ils indiquent à chaque officier municipal la maison où il doit aller, lui donnant, pour l'accompagner, un notable et deux membres du Comité de surveillance avec un piquet de l'armée révolutionnaire. Hugueny avait choisi, pour son habitation à Grenade, la maison du citoyen d'Haumont. Il se fit remettre toutes les clefs des meubles et greniers ; les provisions furent consommées : blé, vin, bois, café, sucre. Il s'appropria le linge, les bijoux, les meubles. Les 18 et 19 brumaire, on vida une vingtaine de maisons. Chez Gineste, notaire (4), on prit du numéraire caché sous une Cuve. Tous autres objets furent saisis, même ceux de la toilette et de l'habillement, Chez la Vve Fabié, on prit des volailles et toutes provisions nécessaires à l’alimentation.

L'armée révolutionnaire devait parcourir les districts de Castelsarrazin et lieux circonvoisins. Elle resta 6 semaines à Grenade. Elle passa seulement 24 heures à Beaumont, puis arriva la loi qui prononçàa sa dissolution.

On lui a reproché d'avoir pillé les maisons, d’avoir volé des bijoux et de l’argent, d’avoir fait ravager par Dirat et Dussercle, délégués d'Hugueny, les cantons de Monestier, Aussone, Cornebarieu, Bauzelles et autres aux alentours. Sur le passage de la troupe, les habi-

(1) Recensement du notaire Gineste :

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