‹ Le fédéralisme dans la Haute-GaronneChapitre 52 sur 63 · SR RS · texte numérisé non relu

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de surveillance, Le 6 frimaire, Hugueny décide que Grenade doit verser mille quintaux de blé, poids de marc, dans les magasins de subsistances. Trois jours étaient accordés pour l'exécution de l'arrêté, car « nul n’a le droit de manger du pain lorsque les autres n’en ont pas ».

L'impopularité des commissaires civils se changea en haine.

Enfin, l’armée révolutionnaire partit de Grenade le 28 frimaire pour se rendre à Beaumont. Là, elle reçut la nouvelle de sa dissolution. Elle se remit en marche pour rentrer à Toulouse, et repassa par Grenade qui reçut « ordre de fournir pour le lendemain, 1* Nivôse, le logement et l'étape au détachement de la ci-devant armée révolutionnaire de la Haute-Garonne, faisant partie, actuellement, du 4 bataillon de la Montagne, composé de 154 hommes et 35 chevaux » (1).

Cependant Paganel, ignorant peut-être la conduite des chefs de la troupe révolutionnaire, prenait l'arrêté suivant qui montre que cette force armée était bien, dans son esprit, un puissant moyen de répression, et qui montre aussi à quel point il tenait le district de Grenade pour rebelle aux lois de la République. La commune de Grenade, en particulier, lui avait été dénoncée par le Comité de surveillance, comme « un foyer d’aristocratie où, sans cesse, les opérations du district sont entravées et les membres avilis et calomniés, ce qui est cause que la chose publique souffre » (2).

Paganel prend donc des mesures sévères contre elle . « Considérant que, dans la commune de Grenade, l'aristocratie est invétérée, que l’armée révolutionnaire et les commissaires civils qui l’accompagnent n’ont pu, dans une mission de 41 jours, arriver à les vaincre ;

(1) Ordre reçu le 30 frimaire an Il.

(2) Archives communales de Grenade, registre n° 920,

1° Le citoyen Blanchard, précédemment délégué par nous dans la municipalité de Grenade en qualité de commissaire Civil, s’y transportera pour y continuer ses fonctions ; le citoyen Brobusse est adjoint à la Commission ;

2° Ils seront accompagnés d'une force armée de 50 hommes avec pouvoir de requérir des municipalités voisines, des surcroîts de force, si le cas l'exige ;

3° La force armée qui accompagne les commissaires et celle qui sera requise resteront à Grenade jusqu'à nouvel ordre ; elles seront logées chez les gens suspects dont la liste sera faite par l'administration du district et les commissaires civils ;

4° La Société populaire de Grenade est et demeure provisoirement dissoute ;

5° La municipalité et le Comité de surveillance ou révolutionnaire sont dissous et chacun des membres destitués, excepté ceux que nos commissaires jugeront à propos de conserver en formant de nouveau les autorités constituées ;

6° Les certificats de civisme délivrés jusqu’à ce jour Par ces deux autorités sont déclarés nuls.

7° Le citoyen Laborde est maintenu dans ses fonctions de juge de paix. Il sera pourvu d’assesseurs par les commissaires ;

8° Dans la formation qu'ils feront de la Municipalité et Comité de surveillance de la commune de Grenade, les commissaires sont autorisés à réduire provisoirement le nombre des membres, s'ils ne trouvent pas assez de patriotes pour les composer dans leur intégrité ;

9° L'administration du district est provisoirement transférée dans la commune de Beaumont, et les commissaires feront protéger par la force armée le trans-

port qui sera fait sur-le-champ des papiers et effets concernant la dite administration ;

10° Les commissaires procéderont, dans la commune de Beaumont, à l’organisation du Gouvernement révolutionnaire.

Les commissaires ne se bornèrent pas à exécuter l'arrêté (1). Comme une enquête avait été ordonnée par suite des plaintes portées contre eux, les chefs de l’armée révolutionnaire demandèrent des attestations (2) de bonne conduite à la Municipalité, et aux Sociétés populaires (3). On prétendit que l'attestation fut prise par la force au Maire de Grenade.

(1) Le citoyen Capmartin, juge de paix, administrateur du district, fut remis en liberté le 2% Brumaire parce qu’il était père de 10 enfants dont l’aîné était sous les drapeaux.

(2) Attestation donnée par la municipalité de Grenade au détachement de l’armée révolutionnaire envoyée par les représentants du peuple, avec les citoyens Hugueny et Blanchard pour commissaires Civils :

« Nous, maire et officiers municipaux de la commune de Grenade, chef-lieu du district du département de Haute-Garonne, certifions et attestons à qui il appartiendra que le détachement de l’armée révolutionnaire qui est actuellement à Grenade et à la veille de son départ, s’est parfaitement bien conduit durant son séjour en cette ville qu’il ne nous est venu aucune plainte de la part de qui que ce soit contre ces vrais sans-culottes qui emportent avec eux les regrets de tous les braves citoyens et vrais républicains de cette ville, en témoin de quoi nous leur avons délivré la présente attestation... A Grenade, en la Maison Commune, le 27 frimaire an II de la République une et indivisible). Signés : Paraire, maire; Barcouda, Nadal, Lagèze, officiers municipaux ; Montane, procureur de la Commune; Lalborde, notable; Berger, secrétaire-greffier (L. 2496).

(3) Diplôme accordé par la société populaire de Beaumont aux citoyens Hugueny et Blanchard, commissaires civils près l’armée révolutionnaire. Société des amis de la République une et indivisible, séante à Beaumont, le 1* mivôse an Il.

« La société populaire de Beaumont atteste à tous les patriotes français que les citoyens Hugueny et Blanchard, commissaires civils, délégués par les représentants du peuple en séance à Toulouse, ont fréquenté les séances pendant le séjour qu'ils ont fait dans cette commune, que, par des discours très énergiques ils ont élevé l'esprit public, appris aux citoyens à surveiller le fédéralisme, le modérantisme et l’égoïsme, tous ces vices qui ruinent la Révolution; qu'ils leur ont appris à se débarrasser de ces idées superstitieuses qui avilissaient leur être; et que, même la présence et les discours de ces commissaires, en déracinant un reste d'erreur qui tenait encore aux esprits faibles ont porté le dernier coup au fanatisme.

La Société populaire reconnaissante prie les citoyens commissaires

Le 3 Pluviôse suivant, Paganel dissout la municipalité de Grenade, le Comité de surveillance et la Société populaire comme étant composées de membres trop tièdes. En marge de son arrêté, sur le registre des archives communales de Grenade, sont inscrits ces mots : « Cet arrêté fut surpris à la religion de Paganel, Il n’avait entendu personne. Il n'avait vérifié aucun fait. I! n'avait pris l'avis d'aucune autorité constituée. IN s’en rapporta aux dires d'Hugueny et de sa clique » (4). Et pour punir plus rigoureusement Grenade, Paganel transféra le chef-lieu du district à Beaumont.

Le représentant du peuple (2) paraît d'ailleurs n'avoir pas connu les actes de vol et de brigandage (3).

Les mesures prises par Paganel, à Grenade, faisaient Partie du plan concerté avec Dartigoeyte. Il fallait épurer toutes les autorités légales du département et continuer les arrestations des modérés et des fédéralistes. Il fallait aussi épurer les sociétés populaires, afin qu'elles fussent uniquement uniquement composées de sans-culottes. C’est pour les inviter à rejeter de leur sein tous les citoyens modérés ou douteux que Dartigoeyte adresse un appel, « aux frères et aux amis », des sociétés populaires des districts de la Haute-Garonne. Il leur recommande d’être circonspects, même Soupçonneux, dans le choix de leurs membres. Il leur montre l'importance de leur rôle, et comment la surveillance des administrateurs doit attirer leur sollici-

d'accepter ce diplôme comme un monument de son éternelle gratitude.

Dubor, Président. Raymond, secrétaire.

Barrès, secrétaire.

(1) Signé : Laurence ; 18 messidor an III.

(2) Par arrêté du 18 messidor an III l'arrêté du 2 pluviôse fut rap- Porté et le district réintégré à Grenade.

(3) Hugueny composa « Un mémoire justificatif et défense du citoyen François Hugueny de Beaumont accusé devant le tribunal criminel du département de la Haute-Garonne, séant à Toulouse (imprimé et distribué sans nom d'imprimerie, sans lieu ni date) ».

tude. « Ce ne serait pas assez d'en chasser les hommes inciviques, si quelques-uns avaient échappé à notre surveillance ; il faut encore porter un regard attentif sur la moralité, sur l'énergie, sur la capacité des administrateurs et des agents nationaux ». Il faut faire passer tous les membres des autorités légales « au creuset d’une discussion froide, austère et lumineuse », il faut se défier de « toute considération étrangère à la Patrie ». Et il ajoute :

« Indiquez républicainement ceux que vous ne croyez pas-propres aux fonctions administratives et indiquez en même temps le citoyen montagnard et éclairé que vous jugez digne de la confiance püblique ». Les sociétés populaires sont, conclut-il, « l’espoir de la patrie, le rempart de la liberté ; elles ont déjoué les traîtres, les fédéralistes et les royalistes. Il faut, aujourd'hui, achever le grand œuvre en jetant à bas les intrigants et les faux patriotes » (1).

Mais le club de Toulouse avait déjà procédé à son épuration, Il avait pris le nom de « société populaire républicaine des sans-culottes de Toulouse » (2).

Nous avons vu précédemment comment les représentants du peuple avaient remanié là composition de la municipalité toulousaine. Sûrs dès lors du civisme de ses membres, Paganel et Dartigoeyte, Ss’occupèrent de l’épuration de toutes les administrations du département. Le tableau de tous les fonctionnaires publics fut déposé sur le bureau de la société jacobine et le patriotisme de chacun d’eux fut discuté en particulier.

Le 14 Nivôse, il y eut une séance publique et solennelle de la société populaire dans l’église des ci-devant Augustins. On y procéda à l’épurement de toutes les

(1) 3 fduviôse an Il.

(2) Les Citoyens Caraguel et Dulbernard furent exclus comme fédéralistes.

autorités constituées. On discuta leur conduite et leur patriotisme. Seuls purent rester en place les administrateurs qui eurent le suffrage des sans-culottes. La société arrêta qu’il serait nommé une commission de 4? membres chargée de s'occuper des détails locaux. Les Jacobins devaient siéger, coiffés du bonnet rouge, el porter au bras un ruban tricolore (1). Le comité de surveillance, composé de 18 membres, fut chargé par Dartigoeyte de fournir la liste dés gens précédemment arrêtés et ensuite élargis, afin d'examiner leur cas une seconde fois.

Huguenÿy avait été nommé président de la société populaire le 4 nivôse. Ce fut donc lui qui présida cette séance solennelle du 14 nivôse (2). Paganel invita les citoyens à commencer par l’'épurement de la municipalité, puis du district, et enfin du département.

Cependant on commença par l'agent national. Descombels (3) parut à la tribune. Le président lui posa différentes interrogations. Ses actes furent discutés publiquement, et il sortit victorieux de l'épreuve, applaudi par ses concitoyens. Il fut maintenu dans ses fonctions d'agent national et nul mieux que lui ne pouvait les remplir après les services qu’il avait rendus à la République et à la Haute-Garonne, comme procureur-général-syndic du département,

Groussac, maire, fut maintenu dans ses fonctions, ainsi que les officiers municipaux.

(1) Les commissaires nommés sont Brandetou, Labio, Rolland, Davieu, Dufau, Bonnard, Lacau, Delon, Lamarque, Toùulan, Tournie, imprimeur et Trébos (L. 751).

(2) Un membre de la Société toulousaine demañde d’exclure les femmes de cette séance. Papanel expliqua qu’il serait regrettable de les priver de cette séance où' l’on voit le patriotisme récompensé et Faristocratie abattue. L. 751.

(37 Descombels avait été nommé agent national le 1°” nivôse an II. C'est à ce titre qu’il continuera d'aider les représentants du peuple dans leur lutte contre les fédéralistes et l'aristocratie avec l'appui et la confiance de la société populaire,

Le 16 nivôse, dans le local habituel des séances, on procéda à l’épuration de la société populaire. Les citoyens Boyer, perruquier, Brandole, négociant, Dupuy, Cazes, Jalambic furent rayés comme tièdes et modérés. 11 fut également décidé de rayer de Ia liste des fonctionnaires, les citoyens qui ne sont pas membres de la société populaire et surtout de n’admettre dans les administrations que les ennemis du fédéralisme.

Enfin, le 18 nivôse, on passa à l’épuration des membres du département et du district.

Certains citoyens vivaient tranquilles avec des cartes

de civisme obtenus facilement de municipalités modérées. Paganel déclara nulles les cartes existantes. Il fallut en obtenir de nouvelles, accordées par un comité composé par moitié de membres de la société populaire et du comité de surveillance (1).

Les épurations se faisaient ainsi lentement, progressivement, méthodiquement. Elles se poursuivaient sans relâche dans les districts du département, dans ceux principalement où le fédéralisme avait été dominant et redoutable. Nous avons vu comment l’armée révolutionnaire avait terrorisé le district de Grenade- Beaumont, avec quelle maladresse elle avait exécuté les ordres de Paganel. Une partie de l’armée révolutionnaire s'était aussi transportée dans les districts de Castelsarrazin et de Villefranche où des épurations, des destitutions eurent lieu sous le contrôle de Paganel.

Le représentant Dartigoeyte s’occupa particulièrement des districts de Saint-Gaudens et de Muret.

Le district de Saint-Gaudens fourmillait de fédéralistes. La société populaire était en totalité suspecte. Elle avait été longtemps présidée par un nommé Suberville, ami des aristocrates et des fédéralistes. L’affi-

(1) Arrêté de Paganel du 2 nivôse an IT OLTUSE;

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