‹ Le fédéralismeChapitre 142 sur 160 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

tructeurs de la liberté française, qu'elle impose, à )a reconnaissance de la postérité comme les créateurs de la France, les génies providentiels qui ont imposé à. ces peuples si divers l'apparence difforme et douloureuse d'une nation une et indivisible 1 Avec quel art et quelle hypocrisie ils ont emmasqué du beau nom de Patrie cette unité artificielle et despotique à laquelle ils ont contraint, implacablement, les personnalités vivantes de tant de peuples ! Et cette confusion subsiste encore à notre époque en quelques ânies naïves, qui assimilent la patrie française à cette forme centraliste , imposée si rigoureusement, à si grand'peine, au prix de tapt de sang et de ruines !

Voilà donc la patrie faite comme elle l'avait rêvée pour son avantage; c'est bien! Va-t-elle la défendre, maintenant? serrer les corps de ses fils en murailles contre l'étranger,' où les joncher, au moins, sous les pieds de l'invasion triomphante, en pavés sanglants? — Vous la connaissez mal de l'espérer : les exemples individuels, ici, ne prouvent rien; et les héros, les groupes sublimes que vous me pourrez citer n'illustrent qu'eux-mêmes, et non la masse qui n'a pas su les imiter.

J'entends : Vous m'allez parler de 92? — Dans cette mêlée furieuse et sublime, je veux bien croire que la bourgeoisie a fait son devoir, pêle-mêle avec le peuple qui l'enveloppait de son enthousiasme contagieux; mais comme elle s'en est vite repentie! De qui était formée cette jeunesse dorée qui assommait,

à coups de cannes, les républicains, qui fouettait les femmes, et, dans l'orgie, appelait le retour de l'ancien régime? Etaient-ce des nobles que tous ces muscadins ridicules et odieux?....

Mais passons! — Nous voici en 1814 et en 1815. Que fit la bourgeoisie? Les ouvriers voulaient se battre, et sinon protéger, du moins honorer de leur mort ce grand désastre de la patrie. La bourgeoisie eut peur : c'était la révolution qui remuait encore dans la canaille; il fallait empêcher cela. La bourgeoisie ne voulut point d'une défense qui eût endommagé ses maisons et compromis ses capitaux. Elle gagna une bataille à sa façon : elle spécula sur l'entrée des alliés. Je me trompe ; je ne lui rends pas justice : formée en garde nationale, elle fit cette prouesse d'acclamer l'étranger! Le colonel Fabvrier était venu à Paris pour tâter la possibilité de la résistance : sans des officiers russes, il était massacré.

Plus tard, son philosophe, le philosophe de la demi-pensée, du demi-système, du compromis et des mensonges, Victor Cousin, en pleine chaire, acclamera Waterloo comme un succès de la France, el l'étranger comme un sauveur!

Et, lâche dans le bas, elle intriguait en haut, négociait, complotait.... diplomatiquement, par Fouché, par Talleyrand ; elle offrait la France vaincue aux vengeances de l'étranger, et la Révolution humiliée aux vengeances des Bourbons Voilà — et

j'évite les détails — ce qu'elle a fait en 1814 pour la défense de la patrie. Elle n'a songé qu'à elle, qu'à

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