‹ Le fédéralismeChapitre 141 sur 160 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

je ne défends point d'ailleurs, a eu des défauts plus honorables ; elle n'a point joué avec les principes et avec les idées, sinon à l'époque où, déjà corrompue pas la défaite, elle s'est adultérée de l'esprit sophistique, ergoteur et jésuite de la bourgeoisie. La noblesse, hardiment, a fait découler son droit de sa force, et s'est posée en souveraine qui tenait de la conquête la propriété qu'elle réclamait sur les choses et sur les hommes de notre terre. La Bourgeoisie, ennemie de la Noblesse, ne pouvait, comme celle-ci, se réclamer de la force. La conception de la justice lui apparut, par instants, et dans des hommes extraordinaires, dont elle se vante, dont' elle se décore aux yeux du peuple et que chacune de ses actions trahit impudemment et fait mentir; mais elle ne pouvait s'en tenir à la justice dont les conséquences eussent supprimé logiquement cette autorité et cette direction auxquelles elle prétendait.

Ni justice ni force I Que lui restait-il donc? — Uncompromis des deux principes, une combinaison qui alliât les deux choses en une même sous un mot nouveau capable de dérouter et de duper les esprits ; elle inventa la légalité, c'est-à-dire une puissance indéfinissable qui, fabriquée par elle-même, par ses avocats et ses représentants, n'est autre chose, en fin de compte, que le bon plaisir royal transmué habilement en formalisme juridique. Toutes les révolutions qu'elle a faites ont été des duperies; et ce n'est point sa faute si le peuple, s'emparant à son tour des principes qu'elle mettait bellement en avant

pour les justifier et les légitimer, a prétendu les appliquer avec elle d'abord, ensuite contre elle-même.

Oui, en toutes choses, cette race intermédiaire s'est arrêtée en mi-chemin; à peine avait-elle tenté les voies de l'avenir, qu'effrayée des perspectives qu'elle y découvrait, elle les a rebroussées promptcment, s'efforçant d'arrêter de sa masse immobile, inerte, le peuple tumultueux qui la suivait, et qui, la renversera.... il faut qu'il passe!...

Elle n'a pas su, nous l'avons dit,^ pousser jusqu'à la liberté politique ces franchises municipales dont elle fait sonner si glorieusement la conquête. Elle a fait pis que de ne pas les poursuivre : elle les a reniées! elle les a trahies! Mêlée à l'autorité des rois par leurs ministres et leurs conseillers qu'ils choisirent parmi elle, elle se retira à elle-même aisément tous les principes qu'elle s'était fait accorder au début. Elle les a sacrifiés à cette manie d'unité politique et administrative qui lui assurait, sur tous les peuples qui forment la France actuelle, une exploitation et une domination plus faciles, se préparant d'ailleurs, ainsi qu'elle y a réussi, à accaparer à son avantage cette royauté qu'elle avait faite si immense et si forte. Tous les rois populaires chez ses historiens et chez elle sont ceux qui ont travaillé le plus énergiquement ou le plus frauduleusement à la constitution de cette belle unité, par l'anéantissement successif de toutes les libertés municipales et provinciales : Louis XI, Henri IV, Richelieu, Mazarin, Louis XIV, voilà les hommes fatals, exécrables des-

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