‹ Le fédéralismeChapitre 144 sur 160 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

la tyrannie d'un seul. La représentation nationale, dans son organisation actuelle, n'est qu'un leurre et une fiction. Les députés ne sont point de simples enaployés, des régisseurs, des gérants préposés par la volonté du peuple à l'administration publique ; ce sont des maîtres, indiscutables et à la fois sans responsabilité; car, dites-moi, quelle est la pénalité contre les représentants qui trahissent et transgressent les intentions, les ordres des citoyens qui les ont élus?

Un député capte ses électeurs par un programme plein de promesses républicaines ; à peine est-il à la Chambre, le voici qui trafique de sa voix au profit d^un prétendant ou d'un usurpateur...

« — Oh! de cela, — interrompit Carascause, — les exemples ne manquent pas chez nous : combien de royalistes se sont fait npmmer frauduleusement, promettant à nos populations décentralistes et fédéralistes la restauration de leurs libertés locales qu'ils ont été les plus diligents h étouffer. »

— Eh bien! quelle sera contre ce député le recours des électeifrs qu'il a abusés? — Ils ne le renommeront pas : la belle affaire ! Il n'en aura pas moins fait le mal et commis la pire et la plus indigne des trahisons, impunément. La loi, justement sévère pour les vols qualifiés d'abus de confiance, est désarmée vis-à-vis de ce misérable 1 Le commis échappe à la surveillance et à la vindicte de ses commettants qu'il a dupés : première fiction! Car, tout le temps qu'il siège contre la volonté même de ceux qui l'ont

envoyé, il est censé les représenter! 11 discute, il vote, il légifère pour eux! en leur nom!... Je le demande : où est la probité d*un pareil système?

Une autre théorie de nos parlementaires, vraiment précieuse, c'est que tout le droit du peuple est épuise par le seul acte de Télection. De temps à autre, tous les cinq ans, je suppose, il sort de chez lui,' un chiffon de papier en main : il va nommer une autre Assemblée ce jour-là ; il exerce sa souveraineté, aussi pleinement que le lui. permettent une législation vexatoire qui s'évertue à la restreindre, et des manœuvres perfides qui l'embarrassent : il Ta déposée tout entière dans Turne ; elle va se transmuer, par une belle mystification métaphysique, en une Assemblée qui, pendant cinq autres années, le gouvernera sans contrôle, sans sanction, indiscutablement.

Ainsi le peuple s'absorbe tdans ses mandataires; et dès qu'il leur a prêté son autorité, toute autorité expire précisément en lui.

Hier, ses nouveaux élus, la bouche fendue de belles promesses, l'œil luisant (Je caresses émues et compatissantes, humblement, l'échiné basse, quêtaient son attention, mendiaient ses voix. Aujourd'hui, maîtres arrogants, fiers comme d'une vertu qui leur serait propre de la main populaire qui les a haussés au pouvoir, les voilà qui traitent comme une foule vile, gouvernable sans pitié ni merci, à tous les caprices, ceux qu'ils saluaient la veille de « chers électeurs I » de « chers concitoyens ! » Ils se méconnaissent jusqu'à considérer, comme leur pro-

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