LIVRE CINQUIÈME
Mais, heureusement, ils vont se clore ces temps d'erreurs paresseuses ou passionnées : dressons, en témoignage de notre gloire douloureuse et de la méchanceté de nos bourreaux, le trophée magnifique de toutes nos ruines! Faisons pour le Midi ce, qu'au dire de Voltaire, Montesquieu avait fait pour Tesprit humain: — Retrouvons nos lettres de noblesse lacérées ou souillées par la conquête et par l'Inquisition. Et, par toutes nos activités, par tous nos zèles, travaillons unanimement à cette Renaissance méridionale, qui, aujourd'hui, de Nice jusqu'à Rayonne, de la Loire aux Pyrénées, excite à une vie nouvelle le génie de chaque province, de chaque^ ville.
On la disait donc épuisée, la vieille terre romane I Eh bien ! la voici qui reverdit dans des générations qui fructifieront. La conscience de la Race s'est ravivée en quelques hommes qui, tout autour d'eux, parmi les âmes encore ignorantes ou oublieuses, propageront le prompt éveil de l'esprit national. Il ne s'agit pas ici de convertir un peuple à un sentiment qui lui soit étranger ; l'œuvre est plus simple et plus facile : il ne faut que formuler aux peuples du Midi leur idée intime, nationale, — on pourrait presque dire ethnique, — qu'Us ne sauraient sans doute s'expliquer àeux-mêmes^mais qu'ils sentent vivre, cependant, au profond de leur instinct. Qu'on la leur montre seulement, ils la reconnaîtront bien vite, et, bien vite, ils se passionneront pour cette image de leur conscience!....
Il importe donc assez peu que les classes dirigeantes
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(pour parler Targot politique à la mode); cosmopolites par intérêt et par intrigue, et aussi par peur de voir les libertés locales immiscer le peuple directement dans l'administration de ses affaires, répudient toute parenté avec le tetTotr et toute affinité avec ce qu'on peut appeler Yâme de son histoire; et qu'elles fassent élever leurs enfants dans l'apostasie de leur race, de leur langue et de leur patrie. La Race et la Patrie ont survécu dans le peuple, cela suffît : elles sont sauves. Car l'avenir de la France ne saurait être une œuvre artificielle exécutée par des mains sans loyauté et sans principes : où peut-il se préparer, sinon dans les passions et dans les rêves populaires qui en sont, pour ainsi dire, la prophétie formelle !
Il est loisible à des politiqueurs myopes, sans connaissances, sans idée et sans réflexion, toujours empêtrés dans l'accident du jour et incapables de prévoir l'événement de demain, de méconnaître la portée de cette Renaissance dont ils ne daignent même pas s'informer. Que des ennemis, sans probité et sans sincérité, autoritaires ambitieux et dogmatiques, légers de scrupules et habiles à choyer cajoleusement les préjugés absurdes ou coupables, qui peuvent aider à a leurs mauvais desseins contre la Liberté publique », affectent «Cussi de se méprendre sur cette Renaissance, pour avoir prétexte à diatribes et à calomnies : — tout cela, en vérité, n'est guère plus que rien! — Cette évolution, si opportune, si nécessaire, et qui de proche en proche gagnera toute la France et la refera vraiment libre, vraiment démo-
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cratique, ne peut espérer de triompher sans conteste et sans querelle. Mais elle a cette sécurité de se sentir poussée en avant par l'irrésistible volonté des révolutions passées et par Tespérance accumulée de tous les martyrs ! »
Le soir, un rouge soir d'été, embrumait les montagnes horizontales où saignait le soleil mourant; un superbe apaisement s'épandait sur la terre méridionale ; elle semblait un immense bûcher assoupi s'évaporant dans le crépuscule en une vague lueur offusquée de rousses fumées et, .parfois, ardente encore d'une dernière fusée flambante. Le calme puissant de ce magnifique [couchant, magnifique des promesses d'une éclatante aurore, — pénétrait dans nos âmes avec les dernières paroles de Vallaure, et s'y fondait en l'impression d'une grande^ espérance virile et sereine ; et tous, remplis d'un silence extatique où frémissait l'écho des pensées suscitées, les cœurs approfondis dans la communion ineffable d'un môme senliment, nous nous acheminâmes lentement sous la sécurité de la nuit prochaine et toute vibrante encore du jour évanoui.