LIVRE CINQUIÈME
sible? Non; cet oubli môme ne serait ni honorable ni moral. Le souvenir est pour les peuples une vertu efficace qui les refait et les retrempe. Il faut que le Midi se souvienne : ce n*est pas envers la France du Nord que sa mémoire éveillée sera haineuse ni rancunière, mais envers les ennemis communs qui, aujourd'hui, débellent dans un effort suprême le salut et l'honneur de la France, c'est-à-dire la République. Le progrès conciliera, dans une liberté loyale et mutuelle, les deux Peuples, les deux Races qui opposeront leur fraternité résolue et armée aux projets de la Royauté et de FEglise.
Mais il convient que le Nord fasse quelque chose pour cette conciliation, et qu'il aide cordialement à détruire de funestes malentendus, à eflTacer toutes les injures et toutes les injustices du Passé : il est nécessaire que le Midi, méconnu par les historieiis du Nord, soit réhabilité dans son histoire. La malveillance trop manifeste de quelques-uns n'est point susceptible d'adoucir l'irritation d'anciens désastres dont nos pays sont encore amaladis. On offrait un peu trop délibérément, en vérité, leurs ruines, leurs larmes et leur sang à la Providence qui veille, assuret-on, sur la destinée de la France. L'impitié, l'impassibilité ironique de certains écrivains — et je parle des illustres, — ne sont pas seulement une offense à la charité et à la justice : elles sont un manquement à la Nation et à la Patrie. Il est difficile d'attribuer à autre chose qu'à une sorte de haine instinctive la complicité rétrospective de ces libres-
penseurs dans les persécutions de TEglise et le des* potisme de la Royauté. Ces ennemis du Catholicisme sont catholiques , croisés et presque inquisiteurs, chaque fois qu'il s'agit de déraciner une liberté de la terre romane, d'en dérocher, une ville, et de faire courir, par ses champs et par ses forêts, le ravage et rincendie. Le meurtre de ses habitants, le pillage de ses Richesses, la proscription de sa langue et de sa littérature, semblent encore ranimer et réjouir en eux la vieille jalousie du Nord. Us acclament le féroce génie de Simon de Montfort comme une arme providentielle suscitée pour la gloire et le salut de la France, contre la civilisation prématurée des Pays de langue d'oc. Mais comme il serait trop scandaleux d'avouer la rage qui les acharne aux débris de nos villes et aux ossements de nos martyrs , ils ramassent, dans le cloaque de la littérature cléricale tous les mensonges, tous les sophismes, toutes les infamies qu'ils y peuvent trouver, et Dieu sait ce qu'ils en tirent!
Ah! la gentils Tolosa^per lasossas franhens, . Com Dius vos a trasmessa è mas de malas gens !
« Ah ! Toulouse la noble, dans tous tes os brisés, — comme Dieu t'a transmise en la main d'une méchante race il »
1 . Chanson de la croisade contre les Albigeois ; édition Panl Meyer, vers 5646.