‹ Le fédéralismeChapitre 18 sur 160 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

méridionaux, sans quelque rancune et quelque jalousie. La même querelle qui oppose le savant à Tartiste, oppose ces deux races Tune à l'autre . Le philosophe idéal que je conçois et qui, je le crains bien, n'existera pas de longtemps, n'a point à prendre part à cette querelle, légitime des deux côtés. L'imagination, la raison, la réflexion, le sentiment, toutes ces facultés que nous distinguons les unes des autres par une simple nécessité logique, ne sont en réalité que les noms différents de la même puissance en chacune de ces manifestations, qui ne sont que les transformations de la môme essence. La diversité de ces modes ne constitue entre eux aucune inégalité ; ces modes, par lesquels on déflnit la substance, n'en détruisent pas l'unité. Ce qui regarde la science et la philosophie (et l'histoire, surtout, qui les contient toutes deux), c'est d'observer et de connaître les causes qui, chez tel peuple ou tel individu, amènent nécessairement la prédominance de telle faculté, à laquelle il doit son caractère et son génie particuliers. — L'étude de ces causes n'était même pas à Tétat d'idée, il y a cent ans. C'est notre siècle qui l'a sentie, essayée, et dont les travaux initiateurs permettront aux générations prochaines de l'achever, parla constitution des sciences et de la philosophie historiques, lesquelles sont, seules, aptes à comprendre le problème, à l'embrasser et à le résoudre. Parmi ces causes, celle de l'influence du milieu a été la plus populaire, celle qu'on a le plus poussée à fond et

qui, d'ailleurs, s'imposait le plus évidemment à Tesprit.

« — Où voulez-vous en venir? cria Carascause.

« — A ceci : que ceux qui dédaignent la nature pittoresque sont, par cette infirmité, incapables de comprendre Thomme qui est en concordance intime avec elle. Le ciel, les fleurs, les arbres, les formes des maisons, la culture, racontent Thomme : il y a entre lui et les choses une action et une réaction incessantes qui les apparentent. On sent que la même force qui passe de la nature dans l'homme, pour se connaître et se définir en celui-ci, repassant de lui à la nature, reporte h celle-ci quelque chose de la vertu humaine. Cet échange perpétuel les fait ressemblants Tun à l'autre ; si bien, que le type de l'homme semble la fin nécessaire que la nature poursuit, avec un instinct croissant, à travers les formes graduelles des choses et des êtres. Et comment, sinon par la contemplation assidue de la nature, parviendraiton à saisir cette énergie progressive qui fait circuler la même vie, — j'allais dire la même âme, — des choses aux êtres, des êtres à l'homme, et qui, s'étant concentrée un instant en celui-ci, se répand à nouveau dans les êtres et dans les choses? Croyezvous cette méditation perdue pour la vertu et pour l'intelligence? Et si ce n'est l'imagination et le sentiment, qu'est-ce donc qui peut procurer cette jouissance religieuse de désirer, de sentir, d'éprouver, de connaître dans l'extase de cette communion la solidarité universelle qui fait une seule, vivante et

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