LIVRE DEUXIÈME
« Il apporte encore à son opinion, une autre considération morale que je me contente de vous indiquer, trouvant inutile de m'y appesantir : « Com- « ment, — ajoute-t-il, — décrire la vie intérieure des « Valois et même celle de Louis XIV sans souiller « des âmes que je suppose ingénues? » etc.. Voilà ce que pense de renseignement de l'histoire un des chefs de l'école historique.
« — Mais j'entends I ce n'est pas l'histoire des archivistes que vous voulez charger de l'éducation du peuple? Vous lui voulez donner l'histoire interprétée, expliquée, résumée en une philosophie à la fois morale, politique et sociale ? Voilà précisément ce que vous ne pouvez pas faire, parce que, pour que cette histoire fût possible, il faudrait que la philosophie de l'histoire fût constituée; -^ d'ailleurs, la philosophie de la nature des sciences ne l'est pas davantage ; — or, jusqu'à ce qu*elle le soit, vos opinions, vos théories, vos .idées ne sont, que des hypothèses sans sanction et sans autorité. »
L'opinion de Doulouzargues avait visiblement convaincu une partie de ses auditeurs. Les discussions particulières, plus ou moins vives, s'engagèrent aussitôt, qui furent interrompues par le président* Il nous annonça que Massane désirait répondre à Doulouzargues. On s'apprêta donc à Técouter.
« — Il est entendu, n'est-ce pas, » dit celui-ci « que, pour le moment, nous éviterons toute ques-^ tien de détail. Nous sommes des pionniers chargés de tracer une grande voie^ à travers les embarras
d'une forêt; et cette lorèt, c'est le pôle-mêle de nos idées et de nos sensations personnelles qui, bien que nourries du suc de la môme terre, poussent cependant librement et diversement. Ne nous égarons pas à faire dans* tout cela des sentiers de traverse, ni à émonder les plantes selon une taille uniforme. Négligeant donc les divers aperçus de notre ami, qui sont, pour ainsi dire, les incidents de sa pensée, j'irai droit à sa pensée même.
« Il dit : La philosophie de l'histoire est actuellement une utopie qui ne peut servir la cause de la démocratie. J'affirme, au contraire, que la philosophie de rhistoire est en train de se former, de s'ordonner, — car elle est une méthode et non point un système ; — que c'est par elle seule que la Révolution peut avoir connaissance de soi-même, et, partant, réussir à changer en vertu réfléchie la force qu'elle a été jusqu'aujourd'hui; et enfin, que cette transformation est le travail nécessaire de ce siècle qui, par la voix de toutes les réactions, somme la Révolution de se définir, sous peine d'être déclarée incapable et chimérique.
« Il va sans dire, » ajouta-t-il, « que même au fort de ces questions générales, c'est la destinée de notre race qui nous occupe particulièrement, et, sur tout, de cette agglomération de peuples qu'on appelle la France ; je dirai plus : c'est véritablement se maintenir dans l'idée universelle des choses, car, par qui s'est développée la civilisation, sinon par la Race Latine? Toutes les idées viennent de nous;