LIVRE DEUXIÈME
nue, tout h coup nous a investis, s'est emparée de nous si violemment que nous sommes restés d'abord comme hébétés de cette Agression mystérieuse. Nous nous sentions emportés divinement, h travers reffarement vertigineux des choses et des êtres, vers une fin formidable qui nous apparaissait prête à nous engloutir, comme un gouffre énorme, sonore et vide. Et nous fermions, les yeux de peur de voir et de penser. C'est ainsi que nous avons déshonoré de nos terreur^ serviles l'idée immortelle qui veut se connaître et se posséder dans la conscience de rhomme pour refaire, à son image, le monde et l'homme.
Ce serait une œuvre intéressante h faire et bien utile que l'histoire de l'Histoire. Cette œuvre serait nécessairement la définiiion la plus complète de « la philosophie de l'histoire ». Elle aurait d'incalculables conséquences politiques que peuvent seuls méconnaître les docteurs germanisants des philosophies transcendantales et les rhéteurs éclectiques.
Car pour ces profonds penseurs qui possèdent des systèmes absolus et des doctrines achevées, la philosophie de -l'histoire, telle que nous cherchons h la définir, n"étant ni une doctrine ni un svstème, mais seulement une enquête méthodique et pcrpé-
qaes. Li Fr.mco, en la rolrouvarit, a ivtrouvc on niô«io tomi)?^ e g»^nio (lo sef^ ancôtre.^, ffui, loin do (lôfuillir vOn do diminnor, s'est afrrandi dans le tomp.; oL s'ost foi'lifiA /'ualomenl ])ar la scioufc et par la lutte.
tuelle , cesse d'être une philosophie sérieuse. Eatendons-nous cependant ; Vhistortosopkïe — pour me servir d'une expression créée par Hœné Wronski et vraiment nécessaire — n'est certainement pas une doctrine si, par ce mot, on entend l'exposition systématique d'idées spéculatives déduites dialectiquement. Mais si on entend par doctrine une série [logique d'idées résultantes de l'observation méthodique des faits et de l'expérience, Yhistoriosophie est la doctnne par excellence. Chacune des idées, dans lesquelles elle se résout, représente m abstracto une série de phénomènes déterminés. Et qu'est-ce, en effet, que l'idée, sinon la représentation hiéroglyphique d'un groupe rationnel de faits? Qu'est-ce que l'idée, sinon la condensation, dans une abstraction, de l'essence intime qui réside dans les choses, et de la raison universelle qui les relie les unes aux autres et les gouverne? L'idée est la vm» et la science. L'idée c'est la vision consciente et suprême : que l'homme arrive à synthétiser les universaux dans une idée unique, les temps sont accomplis, l'univers est aboli.
La méthode historique est à la fois logique et lyrique. L'Histoire est une science et, même quelque chose de mieux, elle est un art. L'observation scientifique n'y sert de rien sans l'intuition poétique. Guillaume de Humbold, dont l'esprit dégermaniao par une longue fréquentation du génie français a poursuivi sans cesse la définition d'une idée qui lui a fait parcourir la série des sciences historiques, a