‹ Le fédéralismeChapitre 94 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

contre la double iniquité du Prêtre et du Roi. Je ne renie pas, pour moi, ces rudes batailleurs du grand combat, ces rebelles ces Camisards, dont Tinvincible défaite transmit à la Révolution la protestation du bon Droit et de la Justice !

Je sais .que beaucoup de protestants, de ceux pour qui TEvangile est le lâche conseiller de toutes les résignations et de toutes les humilités, blâment, comme mauvais chrétiens, ces fanatiques qui préférèrent au martyre pacifique la révolte et la lutte ; mais, pour moi, — si attaché que je sois encore à la personne de Jésus en qui je respecte et j'aime l'exemplaire le plus haut du dévouemenf à une idée, et que je salue volontiers, à la façon des révolutionnaires, Mu titre de « premier des sans-culottes, » — pour moi, donc, je ne puis voir en lui ce fade promeneur pastoral qui, sans cesse, gémit vers son Père céleste et éternise la tyrannie par la patience de son martyre. Mon Christ est le Christ aux sourcils irrités qui maudit les pharisiens et les riches ; le Christ armé d'un geste furieux contre les veijdeurs du temple ; le Christ menaçant dont l'amour farouche presse sur son large sein, en leur montrant les cieux, les pauvres et les déshérités du monde. C'est ce Christ-là, le Christ vraiment humain que les Camisards ont servi contre les successeurs mitres et couronnés de ceux qui, naguère, sur l'âpre Golgotha, crucifièrent en lui l'image douloureuse de l'Égalité!

Oh! que ces montagnes cévennoles, quiontmul*

tiplié sup leurs innombrables calvaires des martyrs pareils à lui, me parlent avec une vigoureuse éloquence que je voudrais faire passer en mes paroles, passionnément I Que de noms qui mêlent, en ma conscience émuôj aux fiers souvenirs de ma foi persécutée, Tâme glorieuse des miens qui ont alimenté de leurs vies héroïques, de leurs morts généreuses, la sève de la Justice et le suc de cette belle terre de Languedoc !

Il semble que je voie tous ces lieux qu'ils ont honorés de leur courage; je suis présent en eux à toutes leurs rencontres avec les troupes du roi de France qui 'achevait, par ses dragons, cette belle unité religieuse et politique commencée par les croisés de Simon de Montfort.

Les voici sous Henri de Rohan, à la montagne de Saint- Julien^ où ils ont laissé, pour inscription de leur combat, des rochers cicatrisés et incrustés de leurs boulets. Je les vois d'abord à Pont-de-Montvert, pressés autour du cardeur de laine de Vallerangues ; puis, là-bas, parmi les hommes de Jean Cavalier, embusqués près du Ners,. où la plaine d'Alais envoie un bras du Gardon rejoindre l'autre bras qui, du haut de TAygoal, accourt à travers la vallée d'Anduze; et voici Saint* André-de-Vallcborgne : un pont étroit jeté sur la rivière unit les deux principales rues du village ; sur ce pont. Royaux et Camisards se sont heurtés : ils se maintiennent avec tant d'acharnement) qu'on jette à l'eau les blessés el les morts entassés sur le pont, embarras pour les

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