LIVRE QUATRIÈME
combaftants. Et mille rencontres pareilles, mille batailles opiniâtres où le bon droit s'obstine à ne pas céder à la force. Et les cavernes de Saint-André-de- Valborgne qui, à défaut des temples de pierre proscrits, réservèrent aux persécutés, comme autant de temples vivants, les pasteurs sanctifiés et consacrés par le véritable zèle de Tespérance!.... Savez-vous ce que me disent tous ces souvenirs, et bien d'autres pareils, qui m'émeuvent tous ensemble d'un assaut coflfus et angoisseux? Ils ne me disent pas seulement que la guerre des Camisards fut une juste et bonne guerre, pour vaincus qu'ils aient été : ils protestent indignés contre ces théories qui dédaignent la vertu comme inutile à la marche des afTaires humaines, et coupable de troubler de ses illusions et de ses impatiences le bel ordre incorrigible auquel travaille la fatalité. Ils me disent : « Le malheur de ce peuple, le malheur de cette race, est de n'avoir pas encore expulsé de son intelligence et de sa conscience le catholicisme I »
Le catholicisme, même dans ceux qui Tont renié religion^ subsiste encore comme philosophie : ce n'est pas seulement la société civile et politique qui est déformée à son image, c'est le moral même de chaque homme. Ses vieilleries rituelles et liturgiques sont la raillerie de tous les penseurs, et, au fond, sans le savoir, la plupart d'entre eux ont vicié de ce poison leurs meilleures conceptions et leurs intentions les plus honorables. Personne, guère, n'est plus catholique, non pas même les pauvres gens qui •
croient croire encore à cette religion, ni les escrocs qui profitent de la simplicité des premiers. Et partout, chez les tribuns politiques, chez les socialistes même, vous retrouverez, avec effroi, le tempérament catholique : Tintolérance, la prétention à une autorité infaillible, la moindre pensée érigée en dogme indiscutable, l'affirmation d'une unité politique, voilà les signes principaux auxquels on reconnaît ce tempérament. Que de tribuns qui s'étonnent de leur propre hardiesse démocratique, que de soeialistes qui s'imaginent tout l'avenir renfermé dans quelques formules, ne sont que des catholiques, et ne font rien d'autre que de refaire le catholicisme 1 Voyez les Jacobins, par exemple : ce sont des prêtres !
Eh bieni ce système de philosophie qui nous occupe n'est, lui aussi, qu'un système catholique, repris, pour son propre avantage et son apothéose, par la bourgeoisie incrédule et formaliste.
Telle est l'idée que je voudrais développer. Je le forai, si vous le voulez bien, en examinant cette doctrine dans l'un des historiens bourgeois qui Tont acceptée et propagée. Vous m'excuserez de ne point abuser des citations et des exemples ; j'incarnerai cette école dans son principal chef : car, autrement, ce ne serait point un discours que je devrais vous faire, il me faudrait écrire un livre.