PREFACE XXXVII
pelés plus haut, le Fédéraliste a été moins lu en. France de notre temps. Cette nouvelle édition aura le mérite de le remettre, en quelque sorte, dans la circulation intellectuelle. Rappelons pourtant un fait en terminant. C'est sous les auspices, non du Fédéraliste, mais de la sagesse politique qu'il représente, qu'un ami des Etats-Unis, Edouard Laboulaye, l'un de nos anciens et chers maîtres, plaçait, en 1875, notre Constitution nouvelle : « Rappelez-vous, disait-il à l'Assemblée nationale, ce qui s'est passé aux Etats-Unis; personne ne croyait à la durée de la Constitution : Franklin la trouvait trop monarchique, Washington trop démocratique. Tous se dirent : l'épreuve sera peut-être vaine, mais notre devoir est de donner à l'Amérique un gouvernement. Eh bien ! cette Constitution, dédaignée de tous, a donné à l'Amérique cette puissance et cette grandeur que tout le monde respecte aujourd'hui. L'année prochaine, l'Amérique célébrera le centième anniversaire de son indépendance ; souhaitons que notre République, si fragile aujourd'hui... (Interruptions et sourires à droite. — Assentiment à gauche). Oui, Messieurs, cela vous fait sourire ; il y a un siècle, cela en faisait sourire bien d'autres : les Anglais croyaient que cette République des Etats-Unis allait tomber ; aujourd'hui ils la respectent. Il en sera peut-être de même de la nôtre ; les grandes choses ont de petits commencements. Le peuple s'attachera à cette République. C'est sa chose, c'est la représentation vivante de la Patrie., et un jour viendra, je l'espère, où vous-mêmes vous le reconnaîtrez (i). » Puisse,
(1) Séance du 22 juin 187S, Annales de rassemblée nationale, t. XXXIX. p. 87