DANGERS RÉSULTANT DE L'ÉTRANGER
(|Li"il n";uii'ail pa pi'évonir. 11 scru plus modéré, et plus Iroid ; dans cetlc circonstance comme dans toutes les autres, il sera à même d'agir avec plus de circonspection que l'Etat otîenseur. L'orgueil des Etats, comme celui des hommes, les porte à justifier toutes leurs actions ; il les empêche de reconnaître, de corriger ou de réparer leurs erreurs et leurs ofîenses. Le Gouvernement national sera, dans tous les cas, à l'abri de cet orgueil ; il procédera avec modération et impartialité à la recherche des moyens les plus propres à faire disparaître les difficultés qui auront pu s'élever.
En outre, tout le monde sait qu'une nation, puissante par son Union, peut faire agréer des explications et des satisfactions qui seraient rejetées comme insuffisantes, si elles émanaient d'un Etat ou d'une Confédération de faible importance et de puissance minime.
En 1685, les Génois, ayant offensé Louis XIV, s'efforcèrent de l'apaiser. Il exigea d'eux qu'ils envoyassent en France leur Doge ou principal Magistrat, accompagné de quatre sénateurs, pour implorer son pardon et en recevoir ses conditions. Ils se soumirent pour conserver la paix. Louis XIV aurait-il jamais exigé ou obtenu une pareille humiliation de l'Espagne, de l'Angleterre, ou de toute autre nation puissanlt' ?
PiRLirs.
Pour le Journal Indépendant,
(Jay)
Au peuple de VElat de New-York :
Dans mon dernier article, j'ai essayé de montrer pourquoi l'Union donnerait au peuple plus de sûreté contre le danger auquel il serait exposé par de justes causes de guerre, fournies aux autres nations; j'ai prouvé que non seulement ces causes seraient plus rares, mais encore qu'il serait infiniment plus facile de résoudre les conflits pour un Gouvernement national que pour les gouvernements des Etats particuliers ou pour les petites Confédérations que l'on propose.
Mais il ne suffit pas, pour garantir le peuple d'Amérique contre les dangers de la force étrangère, de prévenir les justes causes de guerre, il faut encore que le peuple se place et se tienne dans une situation qui Xi encourage ni les hostilités ni les insultes. On sait, en effet, qu'il y a de prétendues aussi bien que de justes causes de guerres.
11 est trop vmi, quelque honte qui puisse en rejaillir sur la nature humaine, que les nations sont disposées à faire la guerre, lorsqu'elles espèrent gagner quelque chose. Bien plus, les monarques absolus la font souvent sans profit pour leurs peuples, uniquement pour des motifs et des buts égoïstes, la soif de la gloire militaire, le désir de venger des affronts personnels, l'ambition, ou des plans secrets pour la grandeur de leur famille ou de leurs partisans; ces motifs, et une infinité d'autres qui n'agissent que sur l'esprit du souverain, les engagent souvent dans des guerres qui ne sont légitimes ni par la justice, ni par les vœux, ni par l'intérêt de leurs peuples. Mais indépendamment de ces motifs de guerre qui remportent plus souvent dans les Monarchies absolues, et qui méritent bien notre attention, il en est d'autres qui intéressent les nations aussi bien que les rois. A l'examen, on trouvera qu'elles tiennent à notre situation relative et aux circonstances.
Nous sommes en rivalité avec la France et l'Angleterre pour la pêche ; nous pouvons fournir leurs marchés à moins de frais qu'eux-mêmes, malgré leurs efforts pour l'empêcher par des primes données à leurs propres pêcheurs, ou par des droits sur le poisson étranger.
Nous sommes eu rivalité avec eux et avec plusieurs autres nations de l'Europe^ pour la navigation et le commerce de transport, et ce serait une erreur d'imaginer qu'ils verront avec plaisir la prospérité des nôtres. Comme notre commerce de transport ne peut s'accroître qu'aux dépens du leur, leur intérêt et leur politique seront non pas de le favoriser, mais de le restreindre.
Dans le commerce de la Chine et des Indes, nous sommes en concurrence avec plus d'une nation ; nous partageons aujourd'hui les avantages qu'elles
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avaient en quelque sorte monopolisés, et nous nous procurons ainsi par nous-mêmes les denrées que nous étions obligés de leur acheter.
L'extension de notre propre commerce sur nos propres vaisseaux ne peut plaire aux nations qui ont des possessions sur le continent ou dans les environs, car le bon marché et la supériorité de nos produits, sans compter la circonstance du voisinage, le courage et l'habileté de nos commerçants et de nos navigateurs, nous donneront tous les avantages que procurent ces pays, une part plus grande que celle que voudraient nous attribuer les vœux et la politique de leurs souverains respectifs.
L'Espagne juge bon de nous exclure de la navigation du Mississipi ; celle du Saint-Laurent nous est interdite par la Grande-Bretagne, et Tune et l'autre de ces deux puissances s'opposent à ce que les autres eaux qui nous séparent servent de voie de communication à un commerce réciproque. D'après ces considérations auxquelles la prudence ne permet pas de donner plus de développement ni de détails, il est facile de voir qu'il peut naître, dans les esprits et dans les Cabinets des autres nations, des jalousies et des mécontentements. N'espérons pas que les nations voient, d'un o'il tranquille et indifîérent, nos progrès en union, en puissance et en importance sur terre et sur mer.
Les habitants de l'Amérique sont certains que do ces circonstances, et de beaucoup d'autres qui ne sont pas pour le moment aussi évidentes, peuvent sortir des motifs de guerre, et que, lorsque ces dispositions hostiles jugeront l'occasion favorable pour se manifester, on ne manquera pas de prétextes pour les colorer et les justifier. C'est donc avec raison que le peuple d'Amérique considère l'Lnion et l'établissement d'un bon Gouvernement national comme né-
cessaires pour se placer et se tenir dans une situation qui, loin de leur attirer la guerre, l'empêchera et la découragera. Cette situation consiste dans lemeilleur état de défense possible, et dépend nécessairement du gouvernement, des forces militaires et des ressources du pays.
l^uisque la sûreté de tous est l'intérêt de tous, et que l'on ne peut y pourvoir sans un gouvernement soit unique, soit divisé, recherchons si un bon gouvernement unique n'est pas, pour cet objet, préférable à plusieurs gouvernements, quel qu'en soit lenombre.
Un gouvernement unique peut s'entourer efc s'aider des talents et de l'expérience des hommes les plus habiles, pris dans toutes les parties de l'Union. 11 peut agir d'après des principes uniformes de politique ; il peut unir, assimiler, protéger toutes les parties, tous les membres de l'Union, faire profiter chacun d'eux de sa prévoyance et de ses conseils. Dans la conclusion des traités, il songera à l'intérêt général et aux intérêts particuliers^ en tant qu'ils sont unis à celui de l'Union ; il emploiera les ressources et la puissance de l'Union à la défense de chacune des parties, avec une facilité et une promptitude impossibles à des gouvernements d'Etats ou à des Confédérations séparées, faute de concert et d'unité de plan. Il pourra donner à la milice un système uniforme de discipline ; en maintenant leurs officiers dans un état convenable de subordination vis-à-vis du magistrat suprême, il en fera un corps unique ; il la rendra ainsi plus puissante que si elle était divisée en quatre, ou en treize corps distincts et indépendants.
Que deviendrait la milice de la Grande-Bretagne, si la milice anglaise obéissait au gouvernement particulier de l'Angleterre, la milice écossaise au
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gouvernement écossais, et la milice galloise au gouvernement de la principauté de Galles ? Supposez une invasion ; ces trois gouvernements, avec leurs forces respectives, même s'ils consentaient à les unir, agiraient-ils contre leurs ennemis aussi puissamment que le seul gouvernement de la Grande- Bretagne?
Nous avons souvent entendu parler des flottes de l'Angleterre, et si nous sommes prudents, le jour viendra où les flottes de TAmérique attireront l'attention ; mais si un Gouvernement national unique, par de sages règlement? sur In navigation, n'eût fait de l'Angleterre une pépinière de marins, si un Gouvernement national unique n'y eût fait naître l'industrie et les matériaux nécessaires pour la formation des flottes, les Anglais ne se seraient pas illustrés par leurs combats et leur valeur. Que l'Angleterre, l'Ecosse, l'Irlande, le pays de Galles aient chacun leur flotte et leur navigation indépendantes, que ces quatre parties constituantes de l'Empire britannique soient régies par quatre gouvernements indépendants, et vous verrez bientôt leur puissance actuelle tomber dans une insignifiance relative.
Appliquons maintenant ces faits à notre propre cas. Supposons l'Amérique divisée en treize, ou, si l'on veut, en trois ou quatre gouvernements indépendants, quelles armées pourrait-elle lever et payer? quelles flottes pourrait-elle espérer jamais avoir? Si l'un de ces Etats était attaqué, verrait-on ses voisins courir à sa défense, y sacrifier leur sang et leur fortune ? Engagés à la neutralité par de spécieuses promesses, ou séduits par un trop grand amour de la paix, ne peut-on pas craindre que les Etats refusent de risquer leur tranquillité et leur sécurité présentes pour des voisins qui leur inspiraient peutêtre une secrète jalousie, et dont ils voient sans
peine diminuer rimportance? Ouelque imprudent»' que fût cette conduite, elle n'en sentit pas moins naturelle. L'histoire des Etats de la Grèce et d'autres pays abonde en exemples de ce genre. Nous devons croire que le retour des mêmes circonstances ramènera des événements semblables.
Mais supposons que l'on veuille venir au secours de l'Etat ou de la Confédération envahie. Gomment, quand, dans quelle proportion pourra-t-on rassembler des secours en hommes et en argent? Qui commandera les armées alliées, et qui donnera des ordres? Qui fixera les termes de la paix? S'il s'élève des contestations, quelle autorité les décidera et fera respecter ses décisions? Les difficultés, les inconvénients seraient inséparables d'une pareille situation. Un gouvernement unique, au contraire, veillant sur les intérêts généraux et communs, combinant et dirigeant les forces et les ressources de toutes les parties de l'Union, sera libre de tous ces obstacles, s'occupera avec bien plus de succès de la sûreté du peuple.
Mais dans quelque position que nous nous trouvions, fermement unis sous un Gouvernement national unique, ou divisés en un certain nombre de Confédérations, ce qui est certain, c'est que les nations étrangères la connaîtront, la A-erront exactement telle qu'elle est et elles agiront envers nous en conséquence.
Si elles voient que notre Gouvernement national est puissant et bien dirigé, notre commerce favorisé par de sages règlements, notre milice bien organisée et disciplinée, nos ressources et nos linances administrées avec économie, notre crédit rétabli, notre peuple libre, heureux et uni, elles seront plus disposées à cultiver notre amitié qu'à provoquer notre ressentiment. Si elles nous voient, au