‹ Le fédéraliste (commentaire de la constitution des États-Unis) recueil d'articles écrits en faveur de la nouvelle constitution telle qu'elle à été adoptéeChapitre 32 sur 103 · ET DE L INFLUENCE ETRANGERES · texte numérisé non relu

ET DE L INFLUENCE ETRANGERES

contraire, privés d'un gouvernement énergique (chaque Etat se conduisant mal ou bien, suivant le caprice de ses gouvernants), si elles nous voient divisés en trois ou quatre liépubliques ou Confédérations indépendantes et probablement désunies, Tune disposée en faveur de l'Angleterre, l'autre de l'Espagne, l'autre de la France, et devenues peut-être le jouet de ces puissances qui les exciteront l'une contre l'autre, quelle pauvre, quelle misérable figure l'Amérique offrira à leurs yeux !

Elle deviendra l'objet non seulement de leurs mépris, mais de leurs outrages, et nous apprendrons bientôt, par une triste expérience, que quand un peuple ou une famille se divise, c'est toujours à son détrime ut.

Publics.

Pour le Journal Indt'pendant.

(.lAY)

Au peuple de l'Etat de Neiv-Yok :

Dans une lettre adressée le 1" juillet 1706 au Parlement d'Ecosse, la reine Anne présente sur l'importance de l'Union, qui se formait alors entre l'Angleterre et rEcosse,des réflexions dignes de notre attention. Je vais en extraire un ou deux passages : « Une entière « et parfaite Union sera le solide fondement d'une « paix durable, elle garantira votre religion, votre « liberté et votre propriété ; elle éteindra les animo- « sites entre vous, les jalousies et les différends entre « les deux royaumes ; elle augmentera votre puis- « sance, vos richesses et votre commerce ; et, par- « cette Union, l'île entière, unie par les mêmes alTec- « tions et délivrée de toute crainte d'intérêts oppo- « ses, sera en èlat de résister à tous ses ennemis. » « Nous vous recommandons instamment le calme « et l'unanimité dans cette grande et importante- « affaire, afin d'amener à une heureuse conclusion

DANGERS RESULTANT DE L ETRANGER lli

« l'Union, qui est le seul moyen efficace d'assurer « notre bonheur présent et futur, et de déconcerter « nos ennemis et les vôtres ; à coup sûr, ceux-ci vont, « à cette occasion, faire les plus puissants efforts poiv (( empêcher ou relarder celte Union. »

Nous avons remarqué, dans le précédent article, que la faiblesse et les dissensions domestiques nous attireraient des dangers du dehors, et que rien ne tendrait plus à nous en garantir que l'établissement chez nous de l'Union, de la puissance et d'un bon gouvernemt. C'est là un sujet inépuisable.

L'histoire de la Grande-Bretagne est celle qui nous est, en général, la plus familière ; nous y trouvons d'utiles leçons. Nous pouvons profiter de son expérience sans payer le prix qu'elle lui a coûté. Quoiqu'il paraisse évident que cette île ne constitue qu'une nation unique, nous trouvons qu'elle a été, pendant des siècles, divisée en trois nations et que ces trois nations ont été constamment en querelle et en guerre les unes avec les autres. Quoique leur véritable intérêt, vis-à-vis des peuples du continent, fût en réalité le même, les artifices et les manoeuvres politiques de ces peuples entretenaient entr'elles le feu d'une éternelle discorde, et, pendant une longue suite d'années, elles se firent mutuellement beaucoup plus de mal qu'elles ne se prêtèrent de secours.

Si le peuple de l'Amérique se divisait en trois ou quatre nations, n'arriverait-il pas la même chose? ne s'élèverait-il pas des rivalités semblables et ne les entretiendrait-on pas par les mêmes moyens ? Au lieu de nous trouver « unis en affections «, et alfranchis de toute crainte d' « intérêts » opposés, l'envie et la jalousie éteindraient bientôt la confiance et l'affection ; les intérêts particuliers de chaque Confédération, et non les intérêts généraux de l'Ame-

rique entière, deviendraient bientôt l'unique but de leur politique et de leur ambition. Dès lors, comme tant d'autres nations limitrophes, elles seraient toujours engagées dans les discordes et dans la guerre, ou bien seraient dans une appréhension constante de ces malheurs. Les plus zélés ]>artisans de la division en trois ou quatre Confédérations ne peuvent raisonnablement supposer que leur puissance res- ])ective resterait dans un parfait équilibre, même s'il était possible de l'établir dès le début; même en en admettant la possibilité, quelle combinaison humaine pourrait assurer le maintien de cette égalité? Sans compter les circonstances locales qui tendent à augmenter la puissance dans une partie et à retarder ses progrès dans une autre, nous devons songer aux effets de cette supériorité de politique et d'administration qui distinguerait probablement le gouvernement d'une des Confédérations, et détruirait leur égalité respective en force et en considération. On ne peut, en efîet, présumer qu'elles seraient toutes, pendant une longue suite d'années, dirigées, au même degré, par la prudence, par une sage politique et par la prévoyance.

Quel que fût le moment, quelle que fut la cause de la supériorité que l'une de ces nations acquerrait infailliblement sur ses voisins, le même moment la ferait envisager par ses voisins avec envie et avec crainte. Ces passions les mèneraient à favoriser, sinon à faire naître tous les événements qui pourraient tendre à diminuer sa puissance, à éviter toutes les démarches qui pourraient augmenter ou assurer sa prospérité. 11 ne faudrait pas beaucoup de temps pour lui permettre de discerner ces dispositions peu amicales. Elle commencerait bientôt non seulement à perdre sa confiance en ses voisins, mais aussi à partager ces dispositions ennemies. La défiance en-

ET DE l'influence ÉTRANGÈRES 20

gendre natupellement la défiance; rien ne change plus vite les intentions favorables, la bonne volonté, que ces jalousies haineuses, ces imputations artificieuses que Ton exprime ou qu'on laisse entendre. Le Nord est d'ordinaire la région de la force, et plusieurs circonstances locales me font croire que, parmi les Confédérations que l'on propose, celles situées le plus au nord seraient bientôt infiniment plus formidables que les autres. Dès qu'elles en seraient convaincues, les Ruches du Nord concevraient, sur le Sud de l'Amérique, les mêmes idées et formeraient, les mêmes projets qu'elles ont eus autrefois sur le Sud de l'Europe. Et ce n'est pas une vaine conjecture que de croire que les jeunes essaims sortis des ruches du Nord seraient souvent tentés de chercher leur miel dans les champs plus fleuris et sous le ciel plus tempéré de leurs voisins opulents et plus délicats.

Ceux qui voudront bien réfléchir sur l'histoire des divisions et des Confédérations de ce genre se convaincront facilement qu'elles n'ont eu et n'auront jamais d'autres rapports de voisinage que la contiguïté de leurs territoires ; que, loin d'être unies par l'affection et la confiance, elles seront en proie à la discorde, à la jalousie, aux injures mutuelles, bref, qu'elles se placeront dans la situation la plus conforme aux vœux de leurs ennemis et ne seront redoutables qu'à elles-mêmes .

D'après ces considérations, il est évident qu'on est dans une grande erreur, lorsqu'on croie que des ligues offensives et défensives pourront être formées entre ces Confédérations, et produiront cette combinaison et cette union de volontés, d'armes et de ressources, qui leur serait nécessaire pour se mettre et se maintenir en état de défense formidable contre leurs ennemis de l'étranger.

Quand a-t-on vu les Etats indépendants qui partageaient autrefois la Grande-lîretagne et l'Espagne, former de semblables alliances, unir leurs forces •contre un ennemi étranger? Les Confédérations proposées seront des nations distinctes. Chacune •d'entre elles aura sou commerce avec les étrangers réglé par des traités particuliers, et comme leurs productions ol leurs denrées sont diflérentes et conviennent à des marchés différents, ainsi les traités seront essentiellement différents. La diversité des affaires de commerce produira la diversité des intérêts, et naturellement fera que toutes les Confédérations n'auront pas le même degré d'attachement pour les différentes nations étrangères. Dès lors, il en résultera probablement que les nations étrangères avec lesquelles la Confédération du Sud est eu guerre sera justement celle avec laquelle la Confédération du Nord aura peut-être le plus grand désir d'entretenir des relations pacifiques et amicales. Une alliance aussi contraire à leurs intérêts immédiats ne sera donc pas facile à former, ni, si elle est formée, facile à observer et à exécuter en toute loyauté.

Il est l)ien plus vraisemblable qu'en Amérique, comme en Europe, des nations voisines, soumises à Timpulsion d'intérêts opposés et de passions ennemies, embrasseront souvent des partis différents. En considérant la distance qui nous sépare de l'Europe, il sera plus naturel, pour ces Confédérations, de se redouter mutuellement, que de craindre des nations éloignées ; par suite, elles formeront plutôt des alliances avec l'étranger pour se défendre les unes contre les autres, que des alliances entre elles pour se défendre contre l'étranger. Nous ne devons pas oublier qu'il est plus facile de recevoir des Hottes étrangères dans nos ports et des armées étrangères sur notre territoire, que de les décider ou de les con-

ET DE l'influence ÉTRANGÈRES 31

traindre à en sortir. Combien de natiens les Romains n'ont-ils point conquis à titre d'alliés; combien, au même titre, ils ont ciiangé de g-ouvernements dont ils se disaient les protecteurs? Que les gens impartiaux jugent maintenant si la division de F Amérique en un nombre quelconque de souverainetés indépendantes réussirait à nous garantir contre les hostilités et Fintervention intempestive des nations étrangères !

PUBLIUS

Pour le Journal Indépendant.

LE FÉDÉRALISTE, No VI

(Hamilton)

Au peuple de r Etat de NeîC'York :

Les trois derniers numéros de ce journal ont été consacrés à l'énumération des dangers auxquels, dans un état de désunion, nous serions exposés par les armes et les artifices des nations étrangères. Je vais maintenant indiquer les dangers d'un caractère différent, et peut-être plus alarmant, qui résulteront, sans doute, des dissensions entre les Etats euxmêmes, des factions et des convulsions intérieures. Nous en avons déjà dit quelques mots ; mais ils méritent une attention plus particulière et plus complète.

On ne peut, sans se livrera des spéculations dignes de rUtopie, sérieusement douter que s'ils se désunissent complètement ou s'ils ne forment que des Confédérations partielles, cçs Etats verront s'élever entre eux de fréquentes et de violentes contestations. Nier la possibilité de ces contestations, faute de

DANGERS DE GUERRE ENTRE LES ETATS oC;

motifs pour les fnire naître, ce serait oublier que les hommes sont ambitieux, vindicatifs et avides. Se flatter de maintenir l'harmonie parmi un certain nombre de souverainetés indépendantes et voisines, ce serait perdre de vue le cours uniforme des événements humains et se mettre en contradiction avec l'expérience des siècles.

Les causes d'hostilité entre les nations sont innombrables. Il en est qui ont un effet général et presque inévitable sur les groupements sociaux. De ce nombre sont l'amour du pouvoir, ou le désir de la prééminence et de la domination, la défiance du pouvoir, ou le désir de l'égalité et de la sûreté. Il en est d'autres qui ont une influence plus circonscrite, mais aussi puissante dans leurs sphères. Telles sont la concurrence et les rivalités de commerce parmi les nations commerçantes. Il en est d'aussi nombreuses que les premières, qui tirent leur origine dans des passions particulières; dans les attachements, les inimitiés, les intérêts, les espérances et les craintes des individus qui gouvernent les sociétés auxquelles ils appartiennent. Les hommes de cette classe, qu'ils soient les favoris d'un peuple ou d'un roi, ont trop souvent abusé de la confiance qu'ils avaient obtenue ; trop souvent, sous des prétextes d'intérêt public, ils n'ont pas hésité à sacrifier sans scrupule la tranquillité de la nation à leurs passions ou à leurs avantages personnels.

Ce fut pour servir le ressentiment d'une prostituée (1) que Périclès, au prix du sang et de la fortune de ses coucitoyens, attaqua, vainquit et détruisit la République des Sam7iiens. Ce fut encore un ressentimentpersonnel contre les Megarensicns{2),

(l)Asp;isie. — Voyez I'lutauque, La vie de Périclci. — Puclh;s. (2) Ibid. — PuiiLius

oL DANGERS DE GUERRE E.MRE LES ETATS

un 'antre iioiiple de la Grèce, on bien pour éviter d'ôlre poursuivi comme complice dans un vol attribué au statuaire Phidias (1), ou pour détourner l'accusation que l'on se préparait à diriger contre lui d'avoir dissipé les deniers publics en vue d'acquérir de la popularité (2), ou pour tous ces motifs réunis, qu'il entraîna son pays dans cette guerre fameuse et fatale, connue dans les annales de la Grèce sous le nom de guerre du Péloponnt'se, et f[ui, après des yicissitudes, des trêves et des reprises, se termina par la ruine de la République d'Athènes.

L'ambitieux cardinal qui fut premier ministre de- Henri VIII, aspirait à la tiare (3) ; il se flattait de réussir à cette brillante conquête, par l'influence de l'empereur Charles-Quint. Pour s'assurer la faveur et la protection de cet entreprenant et puissant monarque, il précipita l'Angleterre dans une guerre avec la France, guerre contraire aux principes le> plus élémentaires de la politique, et qui mit en danger la sûreté et d'indépendance, non seulement du royaume qu'il gouvernait par ses conseils, mais de l'Europe tout entière. Si jamais, en effet, souverain s'est vu disposé à réaliser le projet de la monarchie universelle, c'est assurément l'empereur Charles- Quint, des intrigues de qui Wolsey fut à la fois l'instrument et la dupe.

L'influence^ que la bigoterie d'une femme (4), la turbulence d'une autre (5) et les intrigues d'unetroisième (6), ont eue sur la politique contemporaine,

(1) Plutarque, la vie de Pcriclci; — Puiîlius

(2) Ibid. On reprochait à Phidias d"avoir, avec la connivence do Périclès, dérobé de l'or public, pour rembellissement de la. statue de Minerve. — Publics.

(3) Ceinte par les papes. — Publics.

(4j Madame de Maintenon. — Publics.

(.■>) La duchesse de Marlborougli. — Pcdlics. (0) Madame de Pompadour. — Publics.

sur les mouvements et les paciiications d'une partie de l'Europe, ont été trop souvent le sujet des conversations, pour n'être pas généralement connues.

Ce serait perdre son temps que de. multiplier les exemples de l'influence qu'ont eue des considérations personnelles sur les plus grands événements qui aifuit jamais intéressé les nations au dedans ou au-dehors. Ceux qui même ont une connaissance superficielle des sources dont on peut les tirer pourront s'en rappeler une foule; et ceux qui ont uue connaissance suffisante de la nature humaine pourront, sans le secours de ces lumières, se faire une opinion de la réalité et de l'étendue de cette influence. Peut-être, cependant, convient-il de donner un nouveau degré d'évidence à ce principe général, en rappelant un fait qui vient de se produire parmi nous. Si Shays n'avait pas été un débite ur/?err/« de dettes^ le Massachusetts n'eût peut-être pas été plongé dans une guerre civile.

Mais, malgré les témoignages concordants de l'expérience à cet égard, on trouve toujours des visionnaires ou des hommes mal irtentionnés, prêts à soutenir le paradoxe de la paix perpétuelle entre les Etats, même après le démembrement et la séparation qu'ils proposent. Le génie des Républiques, disent-ils, est pacifique. L'esprit du commerce tend à adoucir les mœurs des hommes et à éteindre en eux cette humeur violente qui a si souvent produit la guerre. Des Républiques commerçantes, comme les nôtres, ne seront jamais disposées à s'er.tre-détrairc par des dissensions ruineuses. Elles seront gouvernées par leur mutuel intérêt, elles cultiveront entre elles un esprit de concorde et d'alTection mutuelle.

Mais n'est-il pas de l'intérêt de toutes les nations, demanderons-nous à tous ces profonds politiques,

d'entretenir lo même espril de liionvrillance et de philosophie? Si c'est leur véritable intérêt, ont-elles su, en fait, le distinguer? \'a-t-il pas toujours été reconnu, au contraire, que les passions du moment et les intérêts immédiats ont eu une action plus effective et plus impérieuse sur la conduite des hommes que les considérations générales et éloignées de politique, d'utilité et de justice? Les Républiques ne se sont-elles pas livrées en fait à la guerre comme les monarchies? Ne sont-elles pas gouvernées elles aussi par des hommes? Les nations sontelles plus exemptes que les rois des aversions, des prédilections, des rivalités, des projets de conquêtes injustes ? Les Assemblées populaires n'obéissent-elles pas souvent aux impulsions de la colère, du ressentiment, de l'envie, de la cupidité, et d'autres passions irrégulières et violentes? Ne sait-on pas que leurs déterminations sont souvent dirigées par un petit nombre d'individus dans lesquels elles placent leur contiance, et qu'ainsi elles sont sujettes à partager les passions et les vues de ces particuliers? Jusqu'ici le commerce a-t-il fait autre chose que changer les causes de la guerre? La passion des richesses n'est-elle pas aussi impérieuse, aussi entreprenante que celle de la puissance ou de la gloire? Le commerce n'a-t-il pas amené autant de guerres, depuis qu'il est la base du système politique des nations, que la fureur de conquêtes ou de la domination en causait autrefois? L'intérêt du commerce n'a-t-il pas fourni de nouveaux stimulants à ces passions? Que l'expérience, le plus infaillible guide des opinions humaines, réponde à ces questions 1

Sparte, Athènes, Uome et Garthage étaient des Républiques. Deux d'entre elles, Athènes etCarlhage, étaient coaimerçantes. On les vit aussi souvent engagées dans des guerres offensives et défensives

que les monarchies voisines. Sparte n'était guère qu'un camp bien discipliné. Rome était insatiable de conquêtes et de carnage.

Carthage Itépul^lique commerçante, fut l'agresseur dans la guerre qui se termina par sa ruine. Annibal avait porté ses armes au cœur de l'Italie et aux portes de Rome vivant que Scipion le vain^ quit dans le territoire de Cartilage, et conquit la Répu])lique.

Dans des temps plus modernes, on a vu Venise figurer plus d'une fois dans des guerres causées par son ambition, jusqu'au jour où devenant un objet de terreur pour les autres Etats de l'Italie, le pape Jules II parvint à former cette formidable ligue (1), qui porta un coup mortel au pouvoir et à l'orgueil de cette République arrogante.

Les provinces de Hollande, avant d'être accablées de dettes et d'impôts, jouèrent un rôle important et éminent dans les guerres de l'Europe. Elles disputèrent avec fureui" aux Anglais l'empire de la mer; et Louis XIV n'eut pas d'ennemis plus constants et plus implacables.

Dans le gouvernement de la firande-Bretagne, les représentants du peuple forment une branche de la législature nationale. Le commerce est, depuis des siècles, le but principal de ce pays. Peu de nations, cependant, ont plus souvent fait la guerre; et la plupart des guerres où ce royaume s'est trouvé engagé, ont été déterminées par le peuple.

11 y a eu, s'il est permis de s'exprimer ainsi, autant de guerres populaires que de guerres royales. Les cris de la nation, les importunités de ses représentants ont souvent obligé ses rois à faire la guerre ou

(i) La ligue de Cambrai comprenant l'empereur, le roi de France, le roi d'Aragon, et lii plupart des princes et des Etats italiens. — Publics.

à la eontinuor, rontro leur inclination personnelle, quelcpiefois même contre les intérêts véi-ilables de l'Etat.

Pendant ia famense Inile entre les maisons rivales ù'Autric/ie et de Bourbon ponr la prééminence, et qui mit si longtemps l'Europe en feu, on sait que l'antipathie des Anglais contre les Français, secondant l'ambition, ou plutôt l'avarice d'un chef favori (1), prolongea la guerre au-delà des limites mar({uées par une saine politique et pendant un temps considérable, contrairement aux vceux de laCour.

Les guerres de ces deux dernières nations ont eu, le plus souvent, des causes commerciales : le désir de supplanter ou la crainte d'être supplanté, soit dans des branches particulières de trafic, soit dans les avantages généraux du commerce et de la na\igation (2).

(1) I,e duc de Marlboroui,'li. — Puiîlius.

(2) [Ici l'on trouve dans le texte, qui passe pour avoir élé revu p.u- Ilamilton et par Madison. et qui a été adopté par M. John C. Ilaniilton, dans l'édition qu'il a donnée en 1864 du Fcdcrulish'^le passage suivant, qui n'existe pas dans l'édition originale de 1788: ft... et quelquefois même le désir plus coupable de s'approprier luie partie du commerce des autres nations, sans leur consentement. La dernière guerre entre l'Angleterre et l'Espagne fut causée par les tentatives des marchands anglais, pour établir un commerce illicite avec le continent espagnol. Cette conduite inexcusable excita les Espagnols à des violences contre les sujets de la Grande-Bretagne, viohnices tout aussi inexcusables, parce qu'elles dépassaient les bornes de justes représailles, et pouvaient être accusées d'inhumanité et de cruauté. Des Anglais pris sur la cote espagnole furent envoyés travailler dans les mines de Potosi. Hienlùt, par les progrès ordinaires du ressentiment, les innocents furent, sans distinction, châtiés ainsi que les coupables. Les plaintes des négociants anglais excitèrent dans la nation une violente colère, qui éclata bientôt après dans la Chambre des communes, et passa de cette assemblée au ministère. Des lettres de marque furent délivrées, et il en résulta une guerre qui eut pour résultat de détruire toutes les alliances formées vingt ans auparavant, et (jui [)rometlaient de si heureux Iruibs. ))1

D'après ce coup d'œil rapide sur riiistoire des lutres pays dont la situation avait les plus grands rapports avec la notre, quelle confiance pourrionsnous accorder aux rêveries dont on nous berce, sur la possibilité de conserver la paix et l'amitié entre les membres de la Confédération actuelle après leur séparation? N'avons-nous pas déjà reconnu le caractère illusoire et extravagant de ces vaines théories qui nous ont flattés de l'espoir d'être exempts des imperfections, des faiblesses, des dangers communs à toutes les sociétés, sous toutes les formes de gouvernement? N'est-il pas temps de s'éveiller du rêve trompeur de l'âge d'or, et d'adopter, pour |principe de notre conduite politique, que nous, comme tous les autres habitants du globe, nous sommes bien éloignés de l'empire heureux de la parfaite sagesse et de la parfaite vertu? C'est ce qui ressort de l'extrême dépérissement de notre dignité et de notre crédit national ! des abus multiples d'un gouvernement sans ressort et mal dirigé ! de la révolte d'une partie de l'Etat de la Caroline du Nord ! des troubles lont la Pensylvanie fut dernièrement menacée, et des insurrections et des rébellions auxquelles le Massachusetts est aujourd'hui livré !

Les principes de ceux qui veulent assoupir en -nous les craintes de discordes et d'hostilités entre les Etats désunis, sont tellement contraires à l'opinion générale, que c'est en quelque sorte un'^axiome politique, déduit d'une longue expérience du développement de la société, que le voisinage, la proximité fait des nations des ennemies naturelles. Telle est l'opinion qu'un judicieux écrivain (1) exprime en ces termes : « Des Etais voisins sont naturellement

(1) Voyez : Principes des né<jocialion:>, par l'abbé de Map.lv. —

PUBLIUS

40 DANGERS LE GUERRE EiMRE LES ÉTATS

« ennemis les uns des autres, à moins que leur fai- « blesse commune ne les force à se liguer pour for- « mer une République fèdérative, et que leur Gonsti- « tution ne prévienne les ditrérences qu'occasionne « le voisinage et n'étouffe cette jalousie secrète qui " porte tous les Etats à s'accroitre aux dépens de « leurs voisins. » Ce passage indique à la fois le mal et le remède.

PUBLIUS

Pour le Journal Indépendant.

(iiamilïon)

Au peuple de VEtat de Neic-York :

On demande parfois, d'un air quelque peu triomphant, quels motifs auraient les Etats, s'ils étaient séparés, de se faire réciproquement la guerre? On répondrait parfaitement à cette question, en disant : Ce sont justement les mêmes motifs qui ont fait verser, à diverses époques, tant de sang- à toutes les nations de l'univers. Mais, malheureusement pour nous, nous avons des réponses plus personnelles. Nous avons sous nos yeux des causes de dissensions, dont l'influence, mémo arrêtée par l'obstacle d'un gouvernement fédératif, suffit déjà pour nous faire juger de ce que nous pourrions en attendre, si cet obstacle était détruit.

Les contestations territoriales ont toujours été l'une des sources les plus abondantes d'hostilités entre les nations. Peut-être même, la plupart des guerres qui (uit désolé la terre n'out pas eu d'autre

origine. Cette cuuse existerait parnii nous dans toute sa force. Une vaste éleudue de terrains, dont la })ossession n'est encore attribuée à personne, se trouve comprise dans les fron libres des Etats-Unis. Plu ' sieurs d'entre eux ont formé à cet égard des prétentions contraires, et sur lesquelles on n'a pas encore prononcé, et la dissolution de l'Union ferait naître ime foule de prétentions semblables. On sait que les ICtals unt eu déjà des discussions séi'ieuses et animées sur la propriété de quelques terres qui n'avaient pas été concédées au temps de la Révolution et (|ui étaient connues généralement sous le nom de terres de la Couronne {Croicn lands). Les Etats dans les limites desquels, sous le gouvernement colonial, elles se trouvaient renfermées, les réclamaient comme leur propriété ; les autres prétendaient que les droits de la Couronne sur ces biens devaient être dévolus n l'Union ; spécialement pour toute cette partie du territoire de l'Ouest qui, soit par une possession actuelle, soit par la soumission des Indiens propriétaires, avait été soumise à la juridiction du roi de ■Grande-Bretagne, jusqu'au jour où il l'eut abandonnée par le traité de paix. C'est, en tout cas, disait-on, une acquisition faite au profit de la Confédération j)ar lin traité avec une puissance étrangère. Ce fut la sage politique du Congrès d'avoir apaisé <:*ette controv(n'se, en obtenant des Etats particuliers de faire cession aux Etats-Unis, pour l'avantage commun,des terres contestées. Il s'est assez bien acquitté de cette tâche pour nous donner la certitude, si l'Union subsiste, de voir terminé le diderend définitivement et à l'amiable. Sa dissolution ferait revivre la dispule et en ferait naître une foule d'autres sur le même sujet, t^our le moment, une grande partie du territoire inhaltilé de l'Ouest est, par cession, sinon en vertu d'un di'oit ant(''riour, la propriété

€ommune de l'Union. Si l'Union était dissoute, les IClats qui n'ont consenti la cession que sur le principe d'un compromis fédéral seraient fondés, le motif de la cession venant à disparaître, à réclamer ces terres à titre de réversion. Les autres Etats réclameraient à coup sur un partage, par droit de représentation. Ils diraient, sans aucun doute, qu'une concession, une fois consentie, ne peut plus être révoquée ; ils diraient qu'on ne peut, sans injustice, leur refuser le partage d'un territoire dont la possession a été acquise ou confirmée par les efforts combinés delà Confédération. Si, contre toute probabilité, il était reconnu par tous les Etats que chacune doit avoir sa part du fonds commun, on aurait encore à surmonter une difficulté, celle de trouver une règle acceptable de partage. Les différents Etats proposeraient différents principes ; et comme ils ne pourraient le faire sans blesser les intérêts opposés de leurs concurrents, il en résulterait encore des difficultés difficiles à résoudre.

Ainsi, le territoire immense de l'Ouest ouvrirait une vaste scène à des prétentions hostiles, il n'y aurait pas de juge dont l'autorité pourrait s'interposer contre les parties en litige. A juger du futur parle passé, nous aurons de bonnes raisons de craindre que l'épée ne soit le seul arbitre appelé à décider la question. L'exemple de la dispute entre le Connecticut et la Pennsylvanie, au sujet des terres de Wyoming, nous avertit de ne pas compter sur un arrangement facile dans des discussions de ce genre. Les articles de Confédération obligeaient les parties -à soumettre la question à la décision d'une Cour fédérale. Elle y fut soumise en effet, et la Cour décida en faveur de la Pennsylvanie. Alais le Connecticut laissa voir un grand mécontentement de cette sentence : et il n'y parut entièrement résigné que

lorsqu'après des négociations et des conférences on lui eût donné nne sorte de dédommagement pour la perle qu'il prétendait avoir éprouvée. On ne veut pas ici censurer la conduite de cet Etat. 11 crut sincèrement, sans doute, que la décision lui causait nn grief, et les Etats, comme les hommes, n'acquiescent qu'avec une grande répugnance aux décisions contraires à liuirs intérêts.

Ceux qui ont été dans le secret des négociations ([ui ont suivi la contestation élevée entre cet Etat (1) et le district de Vermont, peuvent témoigner des oppositions que nous avons éprouvées de la part des Etats auxquels cette querelle était étrangère, commode ceux qui y étaient personnellement intéressés; ils peuvent attester le danger auquel eût été exposée la paix de la Confédération, si cet Etat eût essayé de soutenir ses prétentions par la force. Deux motifs étaient prédominants dans cette opposition, le premier, c'était l'envie qu'inspirait notre puissance future ; l'autre, l'intérêt de certains individus jouissant d'une grande influence dans les Etats voisins, et qui avaient obtenu des concessions de terres du gouvernement actuel de ce district. Les Etats mêmes (fui faisaient valoir des titres en opposition aux nôtres, paraissaient désirer plus vivement se séparer de cet Elat que faire triompher leurs prétenlions personnelles.

C'étaient New-Hampshire, Massachusetts et Connecticut; New-Jersey et Rhode-lsland manifestèrent, en toute occasion, un zèle ardent pour l'indépendance de Vermont; et Maryland, jusqu'au jour où il fut alarmé par l'apparence d'une union de ce pays avec le Canada, entra avec opiniâtreté dans les mêmes vues. Ces pelils Etats voyaient d'un œil ja-

(I) L'Etat do New-York.

DANGERS DE GUERRE ENTRE LES ETATS i:j

loiix la perspective de notre grandeur croissnnte. En passant en revue ces événements, nous pouvons indiquer quelques-unes des causes qui seraient de nature à entminer des dissensions intérieures entre les Etats si, pour leur malheur, ils venaient jamais à être désunis.

Les concurrences du commerce seraient une autre source féconde de contestations. Les Etats les moins favorablement placés désireraient échapper aux inconvénients de leur situation locale, et partager les avantages de leurs voisins plus fortunés. Chaque Etat ou chaque Confédération particulière suivrait un système particulier de politique commerciale. Il en résulterait des distinctions, des préférences et des exclusions qui produiraient des mécontentements. Habitués dès l'origine à un commerce fondé sur des privilèges égaux, ces causes de mécontentement nous porteraient un coup d'autant plus sensijjle qu'elles nous rappelleraient notre état antérieur. Nous serions prêts à regarder crmme des injustices les actes, en réalité légitimes, de souverainetés indépendantes, guidées par leurs intérêts particuliers. Le goût des entreprises, qui caractérise les commerçants américains, n'a jusqu'ici laissé échapper aucune occasion de s'exercer. Il n'est pas du tout vraisemblable que cette ardeur, qui ne connaît point de frein, respecte bien scrupuleusement ces règlements de commerce, par lesquels les Etats particuliers s'efforceront d'assurer à leurs propres citoyens des avantages exclusifs ? Les infractions à ces règlements d'un côté et de l'autre, les efforts pour les prévenir ou les repousser, donneraient naturellement lieu à des outrages qui entraîneraient à leur tour des représailles et des guerres.

Les facilités que quelques Etats auraient de rendre leurs voisins tributaires par des règlements de

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commerce, seraient impalicmmeiil siipporlt^-es par les Etais trilnitaires. La situation respective <ie Xew- Vork, (le Coiinecticut et de New-Jersey nous eu ofîi'e un exemple. Xew-York, pour subvenir à ses dépenses, doit percevoir des dmits sur ses importations. Une grande partir de ces droits est payée par les habitants des deux autres Etats, à raison de la consommation qu'ils font des objets (|ue nous importons. Xew-York ne voudrait ni ne pourrait Jamais abandonner cet avantage. Ses citoyens ne consentiraient pas à exempter les citoyens des Etats voisins d'un impôt qu'ils payent eux-mêmes, et, y consentiraient-ils, ([u'il ne serait pas possible de distinguer sur nos propres marchés entre les acheteurs. D'un autre coté, Gonnec tient et Xew-Jersey se soumettraient-ils longtemps à une taxe établie par New-York à son profit exclusif ? Posséderions-nous, tranquillement et sans contestation, un monopole dont nous tirerions des avantages si odieux à nos voisins, et, à leur avis, si oppressifs .^ Pourrions-nous le défendre contre les efforts réunis de Connecticut et de Xew-Jersey? Ce sont des questions auxquelles on ne peut, sans témérité, répondre par l'affirmative.

La dette publique de l'Cnion serait une nouvelle cause de dissensions entre les Etats séparés ou les Confédérations. Le partage en prenii(>r lieu, et ensuite l'extinction progressive de la dette produiraient également des mécontentenlenls etde l'auimosité. Comment trouver une règle de * partage satisfaisantepour tous? Il n'en est guère à laquelle on ne puisse opposer des objections sérieuses. Ces objections, liien entendu, seraient exagérées par les intérêts opposés des parties. Les opinions des différents Etats sont partagées, même sur le principe général du paiement de la dette publique. Les uns, peu tou-

elles de rimportfince du crédit naliond;!, dont le< habitants n'ont que peu ou point d'intérêt immédiat dans la question, éprouvent de rinditrérence,. sinon de la répugnance pour le paiement delà (îette ihtérieui'e, à quelques conditions que ce soit.

Ceux-là seraient disposés à exagérer les difficultés d'une répartition. D'autres, dont les citoyens sont en grand nombre créanciers du gouvernement, pour une somme plus considérable que la portion de l'Etat dans la dette nationale, réclameraient avec énergie une garantie raisonnable et efficace. Les retards que leur feraient éprouver les premiers, exciteraient le ressentiment des seconds. La fixation d'une règle serait, en même temps, ajournée par des divergences réelles d'opinion, ou par des retards intéressés. Les citoyens des Etats intéressés crieraient, les puissances étrangères presseraient pour la satisfaction due à leurs justes demandes, et la paix des Etats serait exposée au double péril d'une attaque extérieure et d'une guerre domestique.

Supposons surmontées les difficultés sur l'admission d'une règle quelconque ; une proportion a été établie. Nous avons encore de bonnes raisons de croire que la règle admise pèserait sur quelques Etats plus que sur d'autres. Ceux qui soulfriraient de cette inégalité chercheraient, naturellement, à alléger leur fardeau ; les autres seraient tout naturellement opposés à une revision qui aboutirait à augmenter leur propre charge. Leur refus serait, pour les Etats réclamants, un prétexte trop plausible de refuser leurs contributions pour ne pas être saisi avec empressement ; et le non accomplissement par ces Etats de leurs engagements, amènerait des discussions amères et des altercations.

Si même la règle adoptée s'accordait dans l'exécution avec les principes de la plus sévère équité, il

resterait une foule d'autres causes qui pcuirraient faire manquer cei'lains Ktats à leurs paiements : l'insuffisance réelle de leurs ressources, la mauvaise administration de leurs finances, des désordres accidentels dans le fonctionnement du gouvernement, sans compter la répugnance ordinaire des hommes à se dépouiller de leur argent pour des dépenses qui survivent aux besoins qui les ont produites, lorsqu'elles se trouvent en concurrence avec des besoins actuels.

Quelle que fût la cause de l'inexactitude dans les, paiements, elle amènerait des réclamations, des récriminations et des querelles. Il n'est peut-être rien qui • soit plus propre à troubler la tranquillité des nations que leur engagement récipropre à acquitter des contributions pour un objet commun, dont il ne doit pas résulter un bénéfice égal et proportionnel. C'est une observation aussi vraie que banale, qu'il n'est rien que les hommes soient plus disposés à ajourner que de donner de l'argent.

Les lois qui violent des conventions particulières et qui blessent, par une conséquence nécessaire, les droits des Etats dont elles attaquent les citoyens, peuvent encore être considérées comme une autre cause probaljle d'hostilités. Nous n'avons pas lieu d'espérer que, lorsque les Etats auraient un frein de moins, leur législation serait dictée par un esprit plus libéral ou plus équitable que celui qui, trop souvent à nos yeux, a jusqu'ici déshonoré quelquesuns de leurs codes. Nous avons vu le sentiment éprouvé par le Connecticut d'exercer de justes représailles à la suite des énormités perpétrées par la législature de Rhode-Island ; nous pouvons en conclure raisonnablement que, dans d'autres circonstances, c'eût été une guerre, non pas à coups de parc/iemins, mais à coups d'épée, ([ui eût vengé de si

atroces viulaiions des devoirs de lu morale et de la justice sociale.

La probabilité d'alliances incompatibles entre les différents p]tats ou les Confédérations et les différentes nations étrangères, les effets d'une pareille situation sur la paix générale ont été suffisamment exposés dans un article précédent. Des considérations qu'ils nous ont suggérées sur cette partie de notre sujet, on peut conclure que l'Amérique, si elle n'est point unie, ou si elle ne l'est que par les faibles liens d'une simple ligue offensive et défensive, serait, par l'effet de ces alliances discordantes, peu à peu entraînée dans le funeste labyrinthe de la politique et des g-uerres européennes. Les luttes destructives entre ses parties divisées les livreraient bientôt, les unes et les autres, en proie aux artifices et aux manœuvres de leurs ennemis communs. Divide et impera (1) doit être la devise de toutes les nations qui nous haïssent ou qui nous craignent (2).

PUBLIUS

(i) Diviser pour régner. — Purlius.

(2) Afin que la matière eulièrede tous ces articles puisse, aussitôt que possible, être soumise au public, on se propose d'en faire la publication quatre fois par semaine, le mardi dans le New-York-Vackct et le jeudi dans le Daily Advertiser. — Publius.

Du New-York Packet, niardL 20 novembre 1787

LE FÉDÉRALISTE, No VIII

IIAMILTOX

Au peuple de V Etal de Neic-York :

Nous affirmons donc comme une vérité démontrée que les Etats particuliers, en cas de désunion ou de quelque combinaison qui puisse se former des débris de la Confédération générale,, seraient soumis à ces vicissitudes de paix et de guerre, d'amitié et d'inimitié qui sont le lot de toutes les nations voisines, lorsqu'elles ne sont pas réunies sous le même gouvernement. Entrons dans quelques détails sur certaines conséquences qui découleraient d'une semblable situation.

La guerre entre les Etats, dans la première période de leur existence isolée, serait accompagnée de malheurs bien plus grands qu'il n'arrive dans les pays qui ont, depuis longtemps, des établissements militaires réguliers. Les armées disciplinées qui sont toujours sur pied dans le continent de l'Europe,

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