EFFETS DE LA RESTRICTION DE LAUTORITÉ LÉGISLATIVE
national se trouvait en présence de ces éventualités, il n'y aurait d'autre remède que la force. Les mesures à mettre en œuvre doivent être proportionnées à rétendue du mal. S'il n'y avait qu'une légère commotion dans une petite partie d'un Etat, la Milice du reste de l'Etat suffirait pour la faire cesser; et vraisemblablement elle serait prête à faire son devoir. L'effet d'une insurrection, quelle que ))uisse être sa cause immédiate, est toujours de mettre le gouvernement en danger. Par égard pour la paix publique, sinon pour les droits de l'Union, les citoyens à qui la contagion ne serait point encore communiquée seraient disposés à s'opposer aux rebelles ; et si, en pratique, il se trouve que le gouvernement général conduit le peuple au bonheur, il serait déraisonnable de croire que les citoyens ne seraient pas disposés à le défendre.
Si, au contraire, l'insurrection s'est étendue dans tout l'Etat ou dans la plus grande partie de l'Etat, il deviendra peut-être indispensable d'employer un autre genre de force. Il parait que le Massachusetts a cru nécessaire de lever des troupes pour réprimer les désordres qui se sont produits dans son territoire ; que la Pennsylvanie, parla seule contrainte de quelques mouvements dans une partie de ses citoyens, a jugé à propos d'avoir recours au même moyen. Supposons que l'Etat de New York eût été disposé à rétablir sur les habitants de Vermont l'autorité qu'il a perdue ; eût il pu espérer réussir dans cette entreprise avec les seuls efîorts de sa Milice? N'eût-il pas été forcé de lever et d'entretenir une force plus régulière pour l'exécution de son projet? Si donc il faut reconnaître que les goLivernements des Etats peuvent être eux-mêmes exposés à la nécessité de recourir, dans des cas extraordinaires, à une force autre que la Milice, comment la possibilité d'une
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semblable nécessité pour le gouvernement national, dans des circonstances pareilles, pourrait-elle devenir une objection contre son existence? N'est-il pas étonnant que des hommes qui professentun si grand attachement pour l'Union considérée abstraitement, citent, comme une objection contre la Constitution soumise à notre examen, une circonstance qu'on peut opposer avec bien plus de succès au plan qu'ils soutiennent, et qui, et si elle a réellement quelque fondement, est la conséquence inévitable de toute société civile d'une certaine étendue? Qui, raisonnablement, ne préférerait cette possibilité aux agitations sans fin et aux révolutions fréquentes qui sont les fléaux continuels des petites Républiques ?
Poursuivons notre examen à un autre point de vue. Supposons que, au lieu d'un système général, on forme deux, trois, ou même quatre Confédérations. Chacune de ces Confédérations n'éprouverait-elle pas la même difficulté ? chacune d'entre elles ne serait-elle pas exposée aux mêmes événements, et, s'ils arrivaient, ne serait-elle pas réduite, pour soutenir son autorité, aux mêmes moyens que l'on objecte quand il s'agit d'un gouvernement pour tous les Etats? Dans cette supposition, la Milice serait-elle plus désireuse ou plus capable de soutenir le gouvernement fédéral que dans le cas d'une Union générale? Tout homme sincère et intelligent, après une mûre réflexion, conviendra certainement que le principe sur lequel repose cette objection est également applicable à l'un et à l'autre des deux cas. En effet, soit que nous ayons un seul gouvernement pour tous les Etats, soit qu'il y ait plusieurs gouvernements pour différentes parties des Etats, ou même si les gouvernements sont entièrement isolés (1), il fau-
(1) Dans le texte revisé on lit « ou sil y avait autant de gouvernements isolés qu'il y a d'Etats ».
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dra parfois employer une force constituée autre que la Milice, pour conserver la paix dans la communauté et pour maintenir la juste autorité des lois contre ces infractions violentes qui sont en réalité des insurrections et des révoltes.
En mettant de côté tous les autres raisonnements que l'on peut faire sur ce sujet, on répondra suffisamment à ceux qui veulent des précautions plus sûres contre les établissements militaires en temps de paix, en disant que. dans le gouvernement proposé, tout le pouvoir sera dans les mains des représentants du peuple. C'est la sauvegarde essentielle et, après tout, la seule efficace pour les droits et les privilèges du peuple, la seule à laquelle on puisse parvenir dans les sociétés civiles (1).
Si les représentants du peuple trahissent leurs constituants, il ne reste alors de ressource que dans l'exercice du droit originaire qu'ont les hommes de se défendre eux-mêmes, droit qui est au-dessus de toutes les formes positives de gouvernement, et qui peut s'exercer avec infiniment plus de chances de succès contre les usurpations des dirigeants nationaux, que contre celles des chefs d'un Etat particulier. Dans un Etat unique, si les dépositaires du pouvoir suprême veulent commettre une usurpation, les différentes parties, subdivisions ou districts dont l'Etat est composé, n'ayant pas chacune un gouvernement séparé, ne peuvent prendre de mesures régulières pour leur défense. Les citoyens devront courir tumultueusement aux armes, sans concert, sans plan, sans autre ressource que leur courage et leur désespoir. Les usurpateurs, revêtus des formes de l'autorité légale, étoufferont trop souvent l'opposition dans son germe. Plus l'étendue du territoire
(1) Sa pleine efficacité sera examinée plus loin. — I*ublius,
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sera bornée, plus il sera diflicile, pour le peuple, de former un plan régulier ou systématique d'opposition, et plus il sera facile de vaincre ses premiers efforts. On sera plus promptement instruit de ses préparatifs et de ses mouvements et la force militaire qui est dans les mains des usurpateurs pourra être plus tôt dirigée contre la partie du pays oi^i l'opposition a commencé. Dans cette situation, il faudra un singulier concours de circonstances pour assurer le succès de la résistance du peuple.
Les obstacles à l'usurpation et les facilités de la résistance s'accroissent en proportion de l'étendue de l'Etat, pourvu que les citoyens connaissent leurs droits et soient disposés à les défendre. La force naturelle du peuple, comparée à la force artificielle du gouvernement, est plus considérable dans une vaste communauté que dans une petite et, par conséquent, plus en état de lutter contre les tentatives faites par le gouvernement pour établir la tyrannie. Mais dans une Confédération, on peut dire sans exagération que le peuple est maître de ses propres destinées. Le pouvoir étant presque toujours le rival du pouvoir, le gouvernement général sera toujours prêt à repousser les usurpations des gouvernements des Etats ; et ceux-ci seront, vis-à-vis du gouvernement général, dans la même disposition. Le peuple fera toujours perlcher la balance du côté où il se placera. Si ses droits sont attaqués par l'un, il pourra se servir de l'autre pour les défendre. 11 aura donc bien raison de conserver, par son attachement à l'Union, un avantage qu'il ne saurait jamais trop estimer.
On peut reconnaître avec confiance, comme un principe de notre système politique, que les gouvernements des Etats suffiront, dans tous les cas, pourdéfendre la liberté publique contre les attaques qu'elle
pourrait éprouver de la part du gouveraement national. Des projets d'usurpations ne peuvent être dédéguisés sous dos prétextes assez plausibles pour échappera la pénétration de corps composés d'hommes choisis, comme ils pourraient échapper aux yeux du peuple en général. Les législatures auront des moyens plus sûrs de se procurer des informations. Elles pourront à TaA'ance découvrir le danger, et, possédant tous les organes du pouvoir civil et la confiance du peuple, elles^ pourront, du même coup, îidopterun système régulier d'opposition dans lequel elles combineront toutes les ressources de la Nation. Elles pourront communiquer rapidement les unes avec les autres dans les difîérents Etats, et unir leurs forces communes pour la défense de leur commune liberté.
La grande étendue du pays est un nouvel élément de sécurité. Nous en avons déjà éprouvé l'utilité contre les attaques d'une puissance étrangère. Elle aurait précisément le même effet contre les entreprises que pourraient former, dans les Conseils nationaux, des gouvernants ambitieux. En supposant que l'armée fédérale pût étouffer la résistance d'un Etat, les Etats les plus éloignés pourraient lui tenir tête avec des forces nouvelles. Il faudrait abandonner les avantages obtenus d'un côté, pour combattre l'opposition qui s'élèverait ailleurs; et au moment oi^i un pays réduit à la soumission serait laissé à luimême, on verrait ses efforts se renouveler et sa résistance renaître.
Il faut nous rappeler que l'étendue de la force militaire doit, en tous cas, être déterminée par les ressources du pays. D'ici longtemps, il ne sera pas possible d'entretenir une grande armée ; et en même temps que les moyens de le faire augmenteront, la population et la force naturelle de la Nation s'accroî-
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tronl dans une proportion égale Quelle sera l'époque où le gouvernement fédéral pourra lever et entretenir une armée capable d'étiihlir le despotisme sur le peuple nombreux d'un immense Empire, toujours disposé, par le moyen des gouvernements des Etats, à prendre des mesure-^ pour sa propre défense avec autant de célérité, d'ordre et de méthode que s'il formait plusieurs Nations indépendantes?
La défiance peut être consid<'i'ée comme un mal pour lequel on ne peut trouver de remède dans les ressources de l'argumentation >-[ du raisonnement.
PUBLIUS
Du Daily Advertiser, jeudi, 10 janvier 1788.