LE FÉDÉRALISTE, N" XXIX
(iiamilton)
Au peuple de VEtat de Neio York :
Le pouvoir de rég-ler la Milice, celui de requérir ses services en temps d'insurrection et d'invasion sont naturellement attachés aux fonctions relatives au soin de la défense commune et du maintien de la paix intérieure de la Confédération.
11 n'est pas besoin d"être très versé dans la science delà guerre pour comprendre que l'uniformité dans l'organisation et la discipline de la Milice doit produire le plus heureux effet toutes les fois que cette dernière sera appelée à servir pour la défense publique. Gela la mettra en état de remplir ses devoirs en campagne et sur le champ de bataille avec plus
(i) Cet article fut publjé dans les jouiniaux sous le n° XXXV Mais, dès la l''<^ édition du Fédéraliste, en 1788, il fut classé sous le u" XXIX, qui est sa véritable place, étant donné le sujet qu'il traite.
ll^A LA MILICE
d'intelligence et de eoni;ert; c'est là un avantage bien important dans les opérations d'une armée. Gela lui permettra d'acquérir beaucoup plus vite ce degré d'habileté dans les fonctions militaires, qui est essentiel à son efficacité.
Nous ne pouvons parvenir à cette uniformité désirable, qu'en confiant à l'autorité nationale le soin de régler ce qui concerne la Milice. C'est donc évidemment avec raison que le projet de la Convention propose de charger l'Union « de pourvoir à l'organisation, à l'armement et à la discipline de la Milice, et à la direction de la partie de la Milice qui sera employée au service des Etats-Unis, réservant aux Etats particuliers la nomination des officiers et le pouvoir (V exercer la Milice suivant la discipline prescrite par II' Congrès ».
De toutes les objections qui ont été faites contre le projet de la Convention, il n'en est pas de plus étonnante et de plus insoutenable que celle qui attaque cette disposition particulière. Si une Milice bien réglementée est la défense la plus naturelle d'un pays libre, elle doit être, à coup sûr, sous les ordres et à la disposition du Corps institué comme le gardien de la sûreté nationale. Si des armées permanentes sont dangereuses pour la liberté, le moyen de prévenir tout motif ou tout prétexte qui pourrait mènera ces institutions malfaisantes est assurément d'armer d'une autorité efficace sur la Milice le Corps auquel est confié le soin, de protéger l'Etat. Si, dans les circonstances qui obligent de recourir aux armes pour soutenir le pouvoir civil, le gouvernement fédéral peut avoir à sa disposition la Milice, ce sera le meilleur préservatif contre la nécessité d'user d'un autre genre de force. Mais si le premier lui manque, il lui faudra recourir au dernier.
Rendre une armée inutile sera une méthode plus
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sûre pour prévenir son existence que mille prohilù- -. lions sur le papier. " /
Afin de rendre odieux le pouvoir d'em^wer la Mi^. lice pour assurer l'exécution des lois de rt^w^gaV on a" remarqué que la Constitution proposée ne contient aucune disposition qui autorise à requérir le posse comilatits pour aider le magistrat dans ses fonctions ; l'on en a conclu que la force militaire devait être son seul auxiliaire. Il y a, dans les dilï'érentes objections qui ont été formulées et souvent par le même parti, une contradiction peu faite pour donner une opinion favorable de la sincérité ou de la bonne foi de leurs auteurs. Les mêmes personnes qui nous disent, dans une phrase, que les pouvoirs du gouvernement fédéral seront despotiques et illimités, nous apprennent dans la suivante qu'il n'aura pas un pouvoir suffisant même pour faire appel au posse comitatus. Heureusement cette dernière assertion est aussi en-deçà de la vérité, que la première est au-delà. Le droit de faire toutes les lois nécessaires et convenables pour exercer les pouvoirs qui lui sont assignés comprend nécessairement, pour les fonctionnaires chargés de Fexécutionde ces lois, celui de réclamer l'assistance des citoyens. Il serait aussi absurde d'en douter, que de croire que le droit de faire des lois nécessaires et convenables pour l'établissement et la perception des impots comprend celui de changer les règles sur les successions ou sur l'aliénation des fonds de terre, ou d'abolir le jugement parjurés dans les affaires qui la comportent. Ainsi, il est évident que la supposition d'un défaut de pouvoir pour la réquisition du posse comitatus est entièrement dénuée de vraisemblance; il en résulte que la conséquence qu'on en a tirée, dans son application à l'autorité du gouvernement fédéral sur la Milice, est aussi peu sincère que logique. Quelle raison y a-t-il de croire que le gouvernement
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n'aura d'autre instrument que la force, parce qu'il a le pouvoir d'en faire usage dans les occasions où elle deviendra nécessaire? Que devons-nous penser des motifs qui font raisonner des hommes de bon sens d'une manière si extraordinaire? Gomment empêcherons-nous un conflit entre la charité et le jugement ?
Par un raffinement curieux sur l'esprit de défiance républicaine, on nous apprend qu'il faut redouter la Milice elle-même dans les mains du gouvernement fédéral. On observe qu'on pourra former des corps d'élite, composés d'hommes jeunes et ardents, qu'il sera facile de faire servir les vues d'un Pouvoir arbitraire. Il est impossible de prévoir quel plan sera suivi par le gouvernement national pour l'organisation de la Milice. Mais, loin d'envisager la question sous le même jour que ceux qui s'opposent à la création de corps d'élite comme dangereux, si la Constitution était ratifiée, et que j'eusse à dire mon sentiment à un membre de la législature fédérale nommé par cet Etat sur la forme à donner à la Milice, voici, en substance, le discours que je lui tiendrais :
« Le projet de discipliner toute la Milice des Etats- Unis est aussi impraticable qu'il serait funeste, s'il pouvait être ramené à exécution. Une habileté moyenne dans les exercices militaires est une chose qui demande du temps et de la pratique. Ce n'est pas en un jour, ou même en une semaine, qu'on peut l'obtenir. Assujettir le grand Corps de la yeomanry et des autres classes de citoyens à rester sous les armes pour se livrer à des exercices et à des évolutions militaires aussi souvent que cela serait nécessaire pour parvenir au degré de perfection qui constitue une Milice bien disciplinée, ce serait imposer un fardeau réel aux individus et infliger à la Nation un désavantage et une perte consi-
dérable. Il en résulterait chaque année une déduction sur le travail productif du pays qui, d'après le nombre actuel de ses habitants, ne pourrait être estimée au-dessous de la dépense totale qu'entraînent les institutions civiles de tous les Etats. Une tentative, dont TefTet serait de diminuer à ce point la somme du travail et de l'industrie, ne serait pas prudente, et l'expérience, si on la tentait, ne pourrait réussir, parce qu'on ne la supporterait pas longtemps. On ne pourrait guère plus raisonnablement demander à la totalité des habitants autre chose que d'avoir eux-mêmes les armes et l'équipement nécessaires, et pour savoir si cette disposition n'aurait pas été négligée, il faudrait les assembler une ou deux fois dans l'année.
« Mais si le projet de discipliner toute la Nation doit être abandonné comme nuisible ou impraticable, cependant il est de la plus grande importance d'adopter, aussitôt qu'il sera possible, un plan bien conçu pour l'organisation convenable de la Milice. L'attention du gouvernement doit tendre particulièrement à la formation d'un Corps d'élite, d'une importance modérée, sur des principes qui puissent le rendre réellement utile en cas de besoin. En circonscrivant ainsi le plan, il sera possible d'avoir un excellent Corps de Milice bien entraîné, prêt à entrer en campagne toutes les fois que la défense de l'Etat l'exigera. Non seulement cela diminuera les raisons de faire appel h des établissements militaires, mais si jamais les circonstances obligeaient le gouverne- I ment à former une armée d'une certaine force, cette armée ne pourrait jamais devenir redoutable pour les libertés du peuple, tant qu'il y aurait un vaste corps de citoyens, égal ou tout au moins peu inférieur pour la discipline et le maniement des armes, prêt à défendre leurs propres droits et ceux de leurs
concitoyens. Ceci me semble être le seul équivalent qu'on puisse trouver à une armée permanente, et le meilleur appui possible contre elle, s'il en existe jamais. »
C'est ainsi qu'en traitant ce sujet, je raisonnerais autrement que les adversaires de la Constitution proposée ; je trouve des gages de notre sûreté dans les sources d'où ils font sortir nos dangers et notre perte. Mais comment la législature nationale envisagera-t-elle la question ? C'est là une chose que ni eux ni moi nous ne pouvons prévoir.
L'idée de nous faire craindre la Milice pour notre liberté est tirée de si loin, elle est si extravagante, qu'on ne sait si on doit y répondre sérieusement ou par la raillerie; si on doit voir en elle un simple effort de subtilité, comme les paradoxes des Rhéteurs, un coupable artifice pour faire naître des préjugés à quelque prix que ce soit, ou l'effet réel du fanatisme politique. Au nom du sens commun, quel sera le terme de nos craintes, si nous ne pouvons nous fier à nos fils, à nos frères, à nos voisins, à nos concitoyens? Quelle ombre de danger peut-on voir dans des hommes journellement confondus avec leurs compatriotes, et qui partagent avec eux les mêmes sentiments, les mêmes opinions, les mêmes intérêts, les mêmes habitudes? Quel est le motif d'appréhension raisonnable auquel puisse donner lieu le pouvoir confié à l'Union de faire les règlements sur la Milice et de requérir ses services quand ils seront nécessaires, tandis que les Etats particuliers auront seuls et exclusivement la jiomination des officiers? ^'i\ était possible sérieusement d'entretenir quelque défiance au sujet de la Milice soumise au gouvernement fédéral, sous quelque forme qu'elle puisse être, le fait que la nomination des officiers appartientaux Etats devrait la faire cesser à Tinstani.
On ne peut douter que cette circonstance n'assure toujours aux Etats une influence prépondérante sur la Milice.
En lisant quelques-uns des écrits publiés contre la Constitution, on est tenté de croire qu'on lit des romans ou des contes mal écrits, qui, au lieu d'images naturelles et agréables, n'offrent à l'esprit que des fantômes effrayants et difformes,
« des Gorgones, des hydres, des chimères hideuses,
qui décolorent, défigurent tout ce qu'ils représentent, qui transforment en monstres tout ce qu'ils touchent.
Ou en voit un exemple dans les suggestions exagérées et invraisemblables qui ont eu lieu relativement au pouvoir de faire appel aux services de la Milice, Celle de New-Hampshire marchera en Géorgie, celle de Géorgie dans New-Hampshire, celle de New- York dans le Kentucky et celle du Kentucky au lac Champlain. Et même, les dettes dues à la France et à la Hollande seront payées en corps de milices, au milieu de louis d'or et de ducats. Tantôt c'est une grande armée qui détruira la liberté du peuple ; tantôt c'est la Milice de la Virginie qui sera entraînée à cinq ou six cents milles de ses foyers, pour dompter Topiniâtreté républicaine du Massachusetts ; et c'est celle de Massachusetts qui sera transportée à une égale distance pour soumettre l'orgueil intraitable de l'aristocratique Virginie. Les personnes qui extravaguent à ce points imaginent sans doute qu'il n'est pas de rêveries ou d'absurdités que leur habileté ou leur éloquence ne puisse faire adopter aux Américains comme des vérités infaillibles.
S'il doit exister une armée dont on se serve comme
d'un instrument de despotisme, qu'aura-t-on besoin de la Milice? S'il n'existe pas d'armée, la Milice, irritée de se voir commandée pour entreprendre une expédition lointaine et pénible, dont l'objet sera de charger de fers une partie de ses concitoyens, portera-t-elle ses pas ailleurs qu'à la demeure des tyrans qui ont imaginé un projet aussi l'on que coupable, pour les écraser au milieu des usurpations qu'ils méditent et en faire un exemple de la juste vengeance d'un peuple trompé et furieux? Est-ce là le chemin que suivent des usurpateurs, quand ils veulent asservir une Nation nombreuse et éclairée? Commencent-ils par exciter la haine des instruments mêmes des usurpations qu'ils projettent? Se signalent-ils ordinairement, à l'entrée de leur carrière, par des actes de pouvoir extravagants et méprisables, qui ne peuvent avoir d'autre effet que d'attirer sur eux la haine et l'exécration universelle? Des suppositions de cette nature sont-elles les sages avertissements adressés par des patriotes éclairés à un peuple éclairé? ou sont-elles les visions folles et enflammées d'enthousiastes incendiaires ou en délire? Quand même nous supposerions les gouvernements nationaux poussés par l'ambition la plus effrénée, il serait impossible de croire qu'ils se détermineront jamais à employer des moyens aussi absurdes pour l'accomplissement de leurs desseins.
En temps d'insurrection ou d'invasion, il pourrait être naturel et utile de faire marcher la Milice d'un Etat sur le territoire d'un autre Etat pour repousser un ennemi commun ou pour défendre la République contre les violences de la faction ou de la sédition. Ce fut souvent le cas en ce qui concerne la défense contre l'ennemi commun dans le cours de la dernière guerre, et l'utilité de ce mutuel secours a été l'un des principaux motifs de notre
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association politique. Si le pouvoir d'en diriger l'eiîet est placé dans les mains de l'Union, nous n'aurons pas à redouter cette lâche et nonchalante indifférence sur les dangers courus par un voisin, jusqu'au jour où l'approche de ces mêmes dangers ajoutera la nécessité de la défense personnelle aux trop faibles impulsions du devoir et de la sympathie.
PUBLIUS
Du New-York Packet, vendredi 28 décembre 1787.
(HAMILTON
Au peuple de f Etat de New York:
Il a été déjà observé que le gouvernement national doit posséder le moyen de pourvoir à l'entretien des forces nationales, ce qui comprend les dépenses nécessaires pour lever des troupes, pour construire et équiper des flottes, enfin toutes les autres dépenses qu'entraînent naturellement les arrangements et les opérations militaires. Mais ces objets ne sont pas les seuls sur lesquels, au point de vue financier, la compétence de l'Union doive s'étendre. Elle doit embrasser l'entretien de la liste civile nationale, le paiement des dettes qui ont déjà été contractées et qui pourraient l'être encore, et d'une manière générale toutes matières pouvant entraîner une dépense des fonds du Trésor national. La conclusion, c'est que, dans l'organisation du gouvernement, doit figurer, sous une forme ou sous une autre, un pouvoir général d'imposer.
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L'argent est regardé avec raison comme le principe vital du corps politique, comme le ressort capital d'où dépendent son existence et son mouvement, et qui lui permet de remplir ses fondions les plus essentielles. Par suite, un pouvoir suffisant pour créer un revenu proportionné aux besoins et aux facultés de la Nation, peut être regardé comme une partie nécessaire de toute Constitution. Sans cette condition indispensaljle, l'Etat éprouvera l'un des deux malheurs suivants : ou bien le peuple sera soumis à une déprédation continuelle^ faute d'un moyen plus raisonnable de pourvoir aux besoins publics, ou bien le gouvernement tombera dans une atrophie fatale, suivie d'une prompte mort.
Dans l'Empire Ottoman, le souverain, — quoiqu'à d'autres égards il soit maître absolu de la vie et de la fortune de ses sujets, — n'a pas le droit d'établir un nouvel impôt. Lu conséquence, c'est qu'il permet à ses pachas ou gouverneurs de piller le peuple sans merci, et ,à son tour^ il leur extorque les sommes nécessaires à ses besoins et à ceux de l'Etat. En Amérique, une cause semblable a, par degrés, fait tomber le gouvernement de l'Union dans un état de dépérissement qui touche à l'anéantissement. Qui pourrait douter que, dans ces deux pays, il faudrait, pour le bonheur du peuple, des pouvoirs suffisants placés dans des mains sûres, pour procurer à l'Etat les revenus qu'exigent les besoins publics?
Le but de la Confédération actuelle, quelque faible qu'elle soit, était de confier aux Etats-Unis un pouvoir illimité pour satisfaire aux besoins pécuniaires de l'Union. Mais partant d'un principe faux, on s'est complètement écarté du but poursuivi. Le Congrès, en vertu des articles qui forment notre pacte (ainsi qu'on l'a déjà établi), est autorisé à fixer et à demander les sommes d'argent qu'il jugera néces-
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saires pour le service des Etats-Unis ; et ses réquisitions^ si elles sont conformes à la règle de proportion convenue, sont constitutionnellement obligatoires pour les Etats. Ceux-ci n'ont pas le droit de discuter les motifs de la demande qui leur est adressée ; ils n'ont d'autre faculté que de choisir les voies et moyens de fournir les sommes demandées. Mais quelque stricte et incontestable que cette .proposition puisse être; quoique l'apparition de ce droit de discuter les motifs de la demande soit une infraction aux articles de l'Union ; quoique rarement ou jamais il n'ait été ouvertement réclamé, néanmoins, en pratique, il a été constamment exercé et le sera toujours, tant que les revenus de la Confédération dépendront de l'action intermédiaire de ses membres. Les hommes les moins au courant de nos affaires publiques, savent quels ont été les effets de ce système, et nous l'avons suffisamment exposé dans les difîérentes parties de ces recherches. C'est la cause qui a le plus contribué à nous réduire à une situation qui nous donne tant de sujets d'humiliation, et qui donne à nos ennemis tant de sujets de triomphe.
Quel remède peut-il y avoir à cette situation, sinon le changement du système qui Fa produite, le changement du système faux et trompeur des contributions et des réquisitions? Quel équivalent peuton substituer à cet ignis fatuus en finance, sinon le droit conféré au gouvernement national de lever ses propres revenus par les méthodes ordinaires de taxation établies dans tout gouvernement civil bien organisé? Des hommes habiles peuvent déclamer avec quelque apparence de raison sur un sujet quelconque; mais aucun homme de bonne foi ne pourra indiquer d'autre moyen de nous délivrer des abus et des embarras qui découlent naturellement de la pénurie du Trésor public.
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Les adversaires les plus intelligents de la nouvelle Constitution reconnaissent la force de ce raisonnement; mais ils ajoutent à leur aveu une distinction entre ce cju'ils appellent la taxation intérieure et la taxation extérieure. Ils réservent la première aux gouvernements des Etats ; quant à la seconde, qui comprend, d'après eux, les impôts sur le commerce, ou, plutôt, les droits sur les marchandises importées, ils déclarent qu'ils consentent à la confier à l'autorité fédérale.Cette distinction, toutefois, violerait la maxime de bon sens et de saine politique qui veut que tout pouvoir doit être en proportion de son objet; elle laisserait le gouvernement général dans une espèce de tutelle exercée par les Etats particuliers, tutelle exclusive de toute idée de vigueur ou d'énergie. Qui prétendra que les seuls impôts sur le commerce sont ou peuvent être proportionnés aux besoins actuels ou futurs de l'Union? En calculant la dette actuelle, extérieure et intérieure, d'après le plan d'amortissement le plus avantageux que puisse approuver un homme tant soit peu pénétré de l'importance de la justice publique et du crédit public, en y ajoutant les établissements reconnus nécessaires par tout le monde, nous ne pouvons pas raisonnablement nous flatter que cette ressource unique, mise en œuvre parla méthode la plus productive, suffira même aux besoins actuels. Quant aux besoins futurs, ils ne sont susceptibles ni de calcul, ni de limitation; et d'après le principe tant do fois rappelé, le pouvoir de prendre des mesures pour y satisfaire doit être également illimité. xV mon avis, c'est une proposition qui peut être considérée comme confirmée par l'histoire de l'humanité que, dans le progrès ordinaire des événements à toutes les époques de son existence, on trouvera les besoins d'une Nation au moins égaux à ses ressources.
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Dire que l'on pourra satisfaire aux déficits par des réquisitions adressées aux Etats, c'est d'un coté reconnaître que Ton ne peut se fier à ce système, et d'un autre côté s'y fier pour tout ce qui excédera certaines limites. Tous ceux qui auront réfléchi attentivement à ses vices et à ses absurdités, tels qu'ils ont été démontrés par l'expérience et détaillés dans le cours de ces articles, éprouveront une répugnance invincible à confier, en quelque manière que ce soit, les intérêts de la nation à l'action de ce système. A quelque moment qu'il soit mis à exécution, cesystème tendra infailliblement h affaiblir l'Union et à semer des germes de discorde et de rivalité entre l'autorité fédérale et ses membres, et entre les membres dans leurs rapports mutuels. Peut-on espérer que cette méthode satisfera plus sûrement aux déficits, qu'elle n'a satisfait jusqu'ici à la totalité des besoins de l'Union ? Il faut se rappeler que moins on demandera aux Etats, moins ils auront de moyens de répondre aux demandes. Si l'on admettait comme des vérités évidentes les opinions de ceux qui font la distinction ci-dessus mentionnée, on serait amené à conclure qu'il est, dans l'administration des affaires de la nation, un point connu où il est sage de s'arrêter et de dire : c'est jusqu'ici qu'il faut contribuer au bonheur du peuple en satisfaisant aux besoins du gouvernement, et tout ce qui est au-delà ne mérite ni nos soins, ni notre inquiétude. Gomment un gouvernement à moitié entretenu et toujours nécessiteux pourra-t-il atteindre les buts de son institution, pourvoir à la sécurité, développer la prospérité, et maintenir la réputation de la République? Comment pourra-t-il jamais avoir de l'énergie et de la stabilité, de la dignité ou du crédit, de la confiance au dedans ou de la considération au dehors? Comment son administration pourra- t-elle être autre
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chose qu'une suite d'expédients, lents, impuissants, honteux? Gomment ce gouvernement sera-t-il en état d'éviter le sacrifice fréquent de ses engagements à une nécessité pressante? Gomment pourra-t-il jamais entreprendre ou exécuter aucun plan libéral ou vaste pour le bien du public ?
Examinons quels seraient les effets de cette situation dans la première guerre où nous pourrions être engagés. Supposons, par exemple, pour les besoins de Targumentation, que le produit des droits sur les importations soit suffisant pour le service de la dette et pour les dépenses de l'Union en temps de paix. Dans ces circonstances, une guerre éclate. Quelle pourrait être la conduite du gouvernement dans ces conjonctures? Instruit par l'expérience du peu de succès qu'on doit espérer des réquisitions, liors d'état de se procurer de nouvelles ressources par sa propre autorité, pressé par la considération du danger public^, ne serait-il pas réduit à l'expédient de détourner, pour la défense de l'Etat, des fonds déjà affectés à des objets déterminés ? Il n'est pas facile de voir comment il pourrait éviter de prendre ce parti ; et du moment où il serait adopté, il est évident qu'il entraînerait la ruine du crédit publie au moment même où le crédit deviendrait essentiel à la sûreté publique. Imaginer que, dans une crise pareille, on pourrait se passer de crédit, serait le comble de l'infatuation. Dans le système moderne delà guerre, les nations les plus opulentes sont obligées d'avoir recours à de vastes emprunts. Un pays aussi peu riche que le nôtre, éprouverait cette nécessité bien plus impérieusement encore. Mais qui voudrait prêter à une nation qui ferait précéder l'émission d'un emprunt d'un acte qui démontrerait qu'on ne peut avoir aucune confiance dans l'observation des mesures prises pour le paie-
ment? Les prêts qu'elle parviendrait à se procurer seraient aussi bornés dans leur étendlie qu'onéreux dans leurs conditions. Ils seraient consentis d'après les principes suivant lesquels les usuriers prêtent communément aux débiteurs faillis et frauduleux, — d'une main avare et à un taux énorme.
On s'imaginera peut-être que la médiocrité des ressources du pays foT'cera toujours, dans le cas que nous venons de supposer, le gouvernement national H détourner des fonds destinés à un emploi déjà lixé, quand même, d'ailleurs, il serait investi d'un pouvoir de taxation illimité. Mais deux considérations serviront à calmer les craintes à cet égard ; tout d'abord, nous sommes sûrs que les ressources de la nation, dans leur plénitude, seront employées pour le bénéfice de l'Union ; en second lieu, quelque soit le déficit, il pourra être couvert sans difficulté par des emprunts.
Le pouvoir de créer de sa propre autorité de nouveaux fonds par de nouvelles impositions, mettra le gouvernement en état d'emprunter autant que ses besoins l'exigeront. Les étrangers, aussi bien que les citoyens de l'Amérique, pourront alors avoir quelque confiance dans ses engagements ; mais pour se fier à un gouvernement qui dépend lui-même de treize autres gouvernements quant aux moyens de remplir ses engagements, lorsque sa situation sera bien connue, il faudrait un degré de crédulité que l'on ne rencontre pas souvent dans les transactions pécuniaires des hommes, et qui s'accorde bien peu avec l'habituelle pénétration clairvoyante de l'avarice.
Des réflexions de ce genre auront peu de succès auprès de ceux qui espèrent voir réaliser en Amérique les prodiges des temps poétiques ou fabuleux ; mais ceux qui croient que nous ne sommes pas à l'abri des vicissitudes et des malheurs qui ont été le
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lot des autres nations ne les croiront pas indignes d'une attention sérieuse. Ils doivent envisager la situation actuelle de leur pays avec une attentive sollicitude, et souhaiter que l'on évite les maux que l'ambition ou la vengeance pourraient trop facilement lui infliger.
PUBLIUS
De Neiu York Packet, mardi r' Janvier 1788.