‹ Le fédéraliste (commentaire de la constitution des États-Unis) recueil d'articles écrits en faveur de la nouvelle constitution telle qu'elle à été adoptéeChapitre 69 sur 103 · INFLUENCE RESPECTIVE DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL · texte numérisé non relu

INFLUENCE RESPECTIVE DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL

incohérents d'une imagination en délire ou l'exagération grossière d'un zèle faux, plutôt que les sages appréhensions d'un patriotisme véritable. Quelque extravagante que soit la supposition, faisons-la cependant.Supposé qu'uncarmée régulière, proportionnée aux ressources du pays, soit formée, et qu'elle soit entièrement àla dévotion du gouvernement fédéral, cène seraitpas encore s'avancer trop que de dire que les gouvernements des Etats, avec le peuple de leur €Ôté, seront en état de repousser le danger. Le nombre le plus considérable auquel, d'après le meilleur calcul, une armée permanente puisse être portée dans un pays quelconque, n'excède pas un centième de sa population totale, ou un vingt-cinquième du nombre des habitants en état de porter les armes. Cette population ne fournirait pas, aux Etats-Unis, une armée de plus de vingt-cinq ou trente mille hommes. A ceux-ci on pourrait opposer une milice de près de deux millions de citoyens armés, conduits par des officiers choisis parmi eux, combattant pour leurs libertés communes, unis et dirigés par des gouvernements assurés de leurs affections et de leur confiance. On peut bien douter qu'une milice ainsi disposée fut jamais vaincue par une semblable proportion de troupes régulières. Ceux qui connaissent le mieux la dernière et glorieuse résistance de ce pays -ciux armes britanniques, seront plutôt disposés à en nier la possibilité. Outre l'avantage d'être armés, que les Américains ne partagent avec les citoyens de presqu'aucune autre nation, l'existence de gouvernements subordonnés auxquels le peuple est attaché et qui nomment les officiers de la milice oppose aux entreprises de l'ambition une barrière plus insurmontable que ne peut en offrir aucun gouvernement simple, quelle que soit sa forme. Malgré les établissements militaires qui existent dans les diffé-

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rents royaumes de TEarope, et qui sont portés aussi haut que leurs ressources le permettent, les gouvernements de ces pays craignent de laisser des armes dans les mains du peuple. Et il n'est pas certain qu'avec ce seul secours ils ne parvinssent à briser leurs chaînes. Mais si le peuple avait en outre l'avantage de gouvernements locaux choisis par eux-mêmes, qui pussent recueillir la volonté nationale etdiriger la force nationale des officiers choisis dans le sein même de la milice par ces gouvernements et qui leur fussent attachés ainsi qu'à la milice, on peut affirmer en toute assurance que les trônes des tyrans de l'Europe seraient vite renversés, malgré les légions qui les environnent. N'insultons pas les libres et braves citoyens de TAmérique, en soupçonnant qu'ils seraient moins cai)a])les de défendre les droits dont ils jouissent maintenant que nen auraient les sujets dégénérés d'un pouvoir arbitraire pour arracher les leurs des mains de leurs oppresseurs. Ne les insultons pas plus longtemps, en supposant qu'ils peuvent toujours être réduits à la nécessité d'en venir à cette épreuve, par une aveugle et lâche soumission à la longue suite de mesures insidieuses qui la précéderaient et la produiraient.

On peut donner au raisonnement que nous présentons une forme très concise qui apparaît eu même temps concluante. Ou la forme qui sera donnée au gouvernement fédéral le rendra suffisamment dépendant du peuple, ou non. Dans le premier •cas. cette dépendance l'empêchera de former des plans contraires à l'intérêt do ses commettants. Dans le second cas, il n'aura pas la confiance du peuple, et ses plans d'usurpation seront facilement déjoués par les gouvernements des Etats ([ui seront soutenus par le peuple.

39G I>'FLUENCE RESPECTIVE

Si nous résumons les considérations exposées dans cet article et dans le précédent, il semble que nous arrivions à cette conviction que les pouvoirs ([ue Ton propose de conférer au gouvernement fédéral sont aussi peu redout ;bles pour ceux réservés aux Elals particuliers, qu'ils sontindispensablement nécessaires pour remplir les objets de l'Union, et que toutes les alarmes que l'on a semées prédisant l'annihilation préméditée et infaillible des gouvernements des Etats, doivent, dans l'interprétation la l>lus favorable, être attribuées aux craintes chimériques de leurs auteurs.

Publics.

Du New York Packet, vendredi l""' fc crier 1788.

LE FÉDÉRALISTE, No XLYII

(madisox)

Au peuple de V Etat de New York :

Après avoir passé en revue la forme générale du gouvernement proposé, et la masse générale des pouvoirs qui lui sont conférés, je vais examiner la structure particulière de ce gouvernement et la distribution de cette, masse de pouvoir entre ses parties composantes.

L'une des principales objections dirigées par les plus respectables adversaires de la Constitution est la prétendue violation de l'axiome politique d'après lequel les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire doivent être séparés et distincts. Dans l'organisation du gouvernement fédéral, a-t-on dit, il semble que l'on n'ait point fait attention àcette précaution esseniielle en faveur de la liberté. Les différents départements du pouvoir sont distribués et confondus de manière à exclure toute symétrie et toute beauté de forme, et aussi à exposer quelques-unes des parties essentielles de l'édifice au danger d'être écrasées

SOUS le poids disproportionné de quelques autres.

Il n'est certainement pas de vérité politique de plus grande valeur etappuyée de l'autorité de défenseurs plus éclairés de la liberté que celle sur laquelle repose rol)jectlon. L'accumulation de tous les pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire, dans les mêmes mains, soit d'un seul homme, soit de quelques-uns, soit de plusieurs, soit par l'hérédité, par la conquête, ou par l'élection, peut justement être considérée comme la véritable définition de la tyrannie. Si donc la Constitution fédérale était réellement coupable de l'accumulation des pouvoirs ou de leur combinaison avec une tendance dangereuse à cette accumulation, il ne serait besoin d'aucun autre argument pour inspirer une réprobation universelle du système. Mais je me flatte de prouver que l'accusation est sans fondement, et que le principe sur lequel elle est appuyée a été tout à fait mal entendu et appliqué. xViîn de nous faire une idée correcte sur ce point, il sera bon de rechercher le sens dans lequel le maintien de la liberté exige la séparation des trois grands départements du pouvoir.

L'oracle toujours consulté et cité sur ce sujet est l'illustre Montesquieu. S'il n'est pas l'auteur de cet inestimable précepte de la science politique, il a, tout au moins, le mérite de l'avoir développé et de l'avoir recommandé avec le plus de succès à l'attention du monde. Essayons, tout d'abord, de chercher son sentiment sur ce point.

La Constitution britannique était pour Montesquieu ce que fut Homère pour tous ceux qui ont écrit sur la poésie épique. De même que ceux-ci ont regardé l'ouvrage du barde immortel, comme le parfait modèle d'où devaient être tirés tous les principes et toutes les règles de l'art épique et

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