NEUTRALITÉ RELIGIEUSE
puni, récompensé les êtres à travers l'histoire pour le vain et oisif plaisir de notre curiosité. Sa gloire, et notre bien, voilà la loi fondamentale de tout ce qui existe, de tout ce qui arrive. Il est impossible de séparer les effets de la cause^ ce serait tout voir et tout apprendre dans une fausse lumière.
La religion est, de plus, le grand, le suprême moyen d'éducation. Elle est le mobile, seul, souverain, qui détermine l'obéissance, qui soutient l'effort, qui discipline l'esprit et règle la conduite. Elle supplée à tout, et rien ne la remplace. Une institutrice me rapportait que, lisant à ses élèves le livre de morale réglementaire en vue d'un examen, elle était interrompue par leurs exclamations : « Mais c'est dans le catéchisme î »
Oui, tout est dans le catéchisme^ ce petit livre qui émerveillait M. Cousin, qui a une réponse pour tous les problèmes, une force pour tous les essors.
Lycées de |eiiiies filles.
Ils font trop grand bruit et on leur fait trop de réclame pour que nous n'en disions pas un mot.
Nous avons rapporté l'opinion de M. Legouvé, qui attribue à la surcharge et à l'inutilité de certaines parties des programmes l'éloignement où se tient la classe qu'on désirerait le plus vivement voir favoriser la nouvelle institution.
La cause de cette abstention n'est pas là, disons-le très hautement.
Dans les régions aisées et éclairées, tout comme ailleurs, maintes familles ont été entraînées par le prestige des programmes. Beaucoup de cours à la mode les ont adoptés, beaucoup de couvents les suivent pour satisfaire aux exigences des examens, et le surmenage, cette plaie de notre époque, a ses victimes dans tous les milieux. Il y a d'autres raisons à la défiance qu'inspirent les lycées.
Ce n'est pas uniquement le mélange, le rapprochement d'enfants de toutes les classes. Ce motif compte évidemment pour certaines familles; mais le mélange existe dans beaucoup de cours, et dans un grand nombre de couvents de province, sinon de Paris. La plupart des parents l'acceptent pour leurs enfants, parce qu'il ne s'agit que d'une question sociale, et que les garanties de sécurité sont réservées. Ce qui repousse, dans les l3'Cées, c'est justement l'absence de garanties suffisantes, dans les contacts d'élèves aussi bien que dans l'influence du personnel enseignant et l'éducation donnée.
Il s'agit ici, en effet, d'établissements de l'Etat, qui, subventionnés, en somme, par les contribuables, sont très largement, trop légèrement ouverts, L'Etat, être impersonnel, et, je le dis à regret, laïque, n'entre pas dans les détails. Il lui est interdit, par sa constitution, de prendre des renseignements sur la moralité des familles. N'importe quel citoyen a le droit d'asseoir sa fille sur le même banc que la vôtre. Si cette enfant se tient convenablement, n'affiche pas de mauvaises manières, ne laisse surprendre aucune parole blâmable, on n'a aucune raison de la suspecter. Ce qu'elle est hors du lycée, ce qu'est sa famille, ce que sont ses fréquentations,
ses lectures, ses idées, ses distractions, etc., l'Etat laïque n'a pas le droit de s'en pre'occuper. Le mot trop avancé qu'elle peut glisser à l'oreille de votre fille, le livre qu'elle peut lui conseiller, les manières vulgaires qu'elle peut offrir à son imitation, tout cela, s'il n'y a pas délit extérieur, manquement au règlement, scandale, doit être toléré. Mais comment s'étonner qu'il y ait des parents anxieux des fréquentations, des amitiés, des camaraderies de leurs filles, jaloux de les préserver de toute influence, de toute parole, de tout exemple capable de détruire leur influence, à eux, d'entamer les idées qu'ils inculquent à leurs enfants, de déflorer, peut-être, la réserve et la fleur d'innocence qu'ils gardent avec un soin précieux? Ce n'est pas, pour beaucoup d'entre eux, parce que les camarades sont de naissance obscure qu'ils tiennent leurs filles à l'écart : au cours ou au couvent il y aura les mêmes mélanges de classes. Mais au cours il n'y a pour ainsi dire pas de contact ; au couvent, les garanties morales, la surveillance vigilante, le soin des manières empêchent les influences mauvaises, et la fille du petit marchand ne sera admise que parce qu'elle est aussi pure et aussi bien élevée que la fille de l'ofticier, de l'avocat ou du médecin.
Ce n'est pas tout.
De même que Te'tablissement de l'Etat est oqvert à toutes les e'colières, d'où qu'elles sortent et quelles qu'elles soient, jusqu'au jour où elles auront causé un scandale, l'enseignement de l'Etat est accessible à tous les professeurs ayant satisfait aux exigences des examens.
Ces exigences, plus scientifiques que morales, ne sont point une garantie suffisante pour les parents qui se préoccupent d'autre chose que de l'instruction de leurs filles.
Certes TEtat ne tolérerait pas un professeur ou une maîtresse dont la conduite ou l'enseignement ne fût pas moral ; mais là encore, il s'arrête à l'extérieur. Non seulement il n'a pas le pouvoir de pénétrer dans les consciences, mais il ne peut forcer au delà d'une certaine mesure les secrets de la vie privée. Une honorabilité extérieure, une conduite dans laquelle le public ne voit rien à critiquer, c'est tout ce qu'il peut exiger, avec une certaine dose de science et un certain talent d'enseignement. Quanta l'élévation du caractère, à la noblesse et à la délicatesse des sentiments, à la justesse du jugement, il ne peut s'en faire l'arbitre. La neutralité religieuse qu'il affecte lui ôterait, en prin-
he féininisnie ^
cipe, le droit de faire des investigations au sujet des doctrines de ses professeurs ; mais cette neutralité elle-même est un leurre, et selon la direction donnée par un ministère, on a vu favoriser des maîtres absolument, notoirement anti-religieux.
Si les parents qui ont le souci des idées et de la formation de leurs enfants redoutent les contacts des camarades, combien plus justement ne se dé6eront-ils pas de l'enseignement, de l'influence, de l'autorité, du prestige de professeurs qu'ils n'ont pas pu choisir, qui sont nommés, déplacés, avancés selon un ordre hiérarchique et dans certaines conditions de favoritisme, sans que leur doctrine, leurs sentiments secrets et même leur conduite intime aient seulement été considérés !
Une mère digne de ce nom ne confie son enfant qu'à bon escient. Lorsqu'elle doit faire part à d'autres de l'autorité sacrée, de l'influence qu'elle exerce sur sa fille, elle doit y regarder à deux fois, et s'assurer que ses mandataires sont dignes de l'aider ou delà suppléer. Elle doit à l'avance garder cette petite âme non setlement contre tout ce qui pourrait altérer ou fausser sa droiture, sa pureté, ses principes, mais encore ternir, inquiéter, effaroucher cette
fleur de délicatesse, de réserve, ce quelque chose d'impalpable et de sacré qui est le charme suprême et l'épanouissement de la femme. Il faut qu'elle sache, à n'en pas douter, que les maîtres auront vis-à-vis de cette délicatesse non seulement un respect égal au sien, mais encore un tact aussi éclairé. En général, les mains féminines sont plus aptes à manier ces natures fragiles. J'admets parfaitement les leçons des hommes, leurs conférences, leur enseignement parfois plus solide, mais à une double condition : que ces hommes sont connus et éprouvés, et que la mère ou quelqu'un qui possède sa confiance absolue soit présente à ces leçons pour les contrôler.
Aucune femme vraiment mère, en descendant au fond de sa conscience maternelle, ne dira que j'exige trop. Aucun père respectueux et enthousiaste de la pudeur, de la délicatesse de sa fille ne blâmera cet excès de précaution ; aucun mari ne prétendra qu^on ait pris trop de soin pour mettre à son fo3'er une femme pure, droite, que l'ombre du mal effarouche et que blesse la moindre fausse note.
Or, de bonne foi, toutes ces conditions de sécurité peuvent-elles exister dans un lycée?
Et je ne parle pas ici des lectures qu'on y fait, qu'on y tolère, que les méthodes exigent, des
îMetaticras-^Ieitcos domestique?
séances d'un grand nombre d'élèves dans les bibliothèques publiques, comme cela se pratique à Paris. Qui ne voit d'un coup d'œil les inconvenances, les tentations, les ravages qu'entraîne u n pareil ordre de choses ?