‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 25 sur 78 · LA TOILETTE · texte numérisé non relu

LA TOILETTE

Ce que les modes ont d'exagéré chez l'enfant et la jeune fille démontre tristement, il faut l'avouer, la frivolité des mères.

Nous sommes frivoles quand nous torturons nos cerveaux pour parer nos enfants; nous sommes folles quand nous attirons à tout prix sur elles l'attention ou l'admiration, folles encore quand nous inventons ou acceptons des modes qui, dès leur plus jeunes années, les condamnent à jouer à la madame, concentrent leur attention sur elles-mêmes, gênent les exercices de leur âge, contraignent la liberté de leur allures, et en font, bien avant le temps, de petites femmes coquettes, éprises de luxe, ei contentes d'être remarquées.

Et croyez-vous qu'il soit sain pour ces jeunes créatures de vous voir si occupées de l'effet qu'elles produisent? Comment, plus tard, leur ferez-vous comprendre que les honnêtes femmes doivent passer inaperçues, alors que pendant toute leur enfance vous aurez fait d'elles les enseignes vivantes de votre vanité ?

Est-ce donc à dire qu'il faille rompre en visière avec la mode, n'adopter jamais les innovations ? Non, sans doute; ce serait une manière inverse d'attirer cette attention, dangereuse pour vos filles. Mais lorsqu'une mode s'e'carte brusquement de la coutume, de l'effet ge'nc'ral, lorsqu'elle tend à c'tablir un petit nombre d'exceptions notoirement bizarres, lorsque, surtout^ elle viole les lois du bon sens, de l'hygiène enfantine et devient une gêne, sinon un supplice, pour ses petites victimes, il faut s'y soustraire ou, selon les cas, attendre qu'elle se soit universellement imposée.

Habillez bien vos filles, c'est légitime ; mais n'oubliez jamais en elles l'être moral, la femme qui est en germe dans le bébé. Ne donnez pas de pâture à ces vanités naissantes^ à ces personnalités'enfantines, qu'il dépend de vous de réprimer ou de développer. Ne cultivez pas en vos filles ce ?noi qui se repaît, pour ainsi dire dès le berceau, de l'attention aussi bien que des attentions d'autrui.

S'il y a des inconvénients graves à inspirer l'amour de la toilette aux petites filles, combien

ces inconvénients s'accroissent lorsque les enfants ont grandi, et se forment au seuil d'un avenir, d'un nouveau foyer I

La vanité maternelle a grandi, elle aussi. Elle s'asservit une tendresse mal entendue. C'est ainsi que nous voyons chaque jour des jeunes filles habillées avec un luxe exagéré, une recherche ridicule. Et ne dirons-nous pas un mot de l'inconcevable, de l'impardonnable faiblesse qui fait ou laisse violer les lois de la décence ? Que de jeunes filles, de nos jours, portent au bal des toilettes absolument inconvenantes ! Et comment qualifier les mères qui, n'ayant pas su leur inspirer la plus élémentaire des réserves, ne savent pas davantage les préserver des regards, des critiques, du blâme qu'attirent de telles toilettes?

L'amour, le soin exagéré de la toilette rétrécit l'esprit, et le ravale à des mesquines et puériles combinaisons, à des préoccupations vaniteuses et mièvres ; il atrophie le cœur dans l'égoïste souci de surpasser les autres; il tue la générosité, la charité, il excite la jalousie, et enfin, il porte trop souvent de graves atteintes au repos, à la dignité de la famille.

Il importe donc absolument :

D'accoutumer les jeunes filles à ne pas dépasser, pour leur toilette, une somme raisonnable, proportionnée à leur situation. Si elles ne se plient pas à cette règle rigoureuse, elles feront, plus tard, passer leurs dépenses personnelles avant le bien-être de leur foyer.

A restreindre dans leur budget la part du superflu, qui tient aujourd'hui une place honteusement exagérée dans une existence féminine.

A élever leurs pensées et leur jugement audessus des petites vanités, des sottes rivalités, et même des légères mortifications qui peuvent avoir la toilette pour objet.

A ne pas passer un temps considérable à s'attifer ou à confectionner des objets de parure inutiles.

A ne porter ni les modes excentriques qui peuvent les faire remarquer d'une manière regrettable, ni à sacrifier les convenances sévères dont une femme comme il faut ne doit jamais se départir.

Plaisirs iiioiidains

On en a dit un mot aussi juste que spirituel: « ils ressemblent aux champignons, dont les meilleurs ne valent rien ( i) ».

La conclusion, c'est qu'il faut en user avec modération.

Les bannir comple'tcment d'une vie de jeune fille n'est pas toujours possible. Certes, il serait à de'sirer que les réunions de famille et d'amitié, mille fois plus amusantes, les remplaçassent pour tout le monde. On supprimerait ainsi les veilles, qui détruisent si fatalement la santé, les toilettes coûteuses, avec les préoccupations de coquetterie, le goût de luxe, la futilité et la perte de temps qu'elles entraînent ; on préviendrait les flirtations, qui ont, pour beaucoup de jeunes filles, des dessous si dou-

(i) Saint François de Sales.

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