‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 26 sur 78 · PLAISIRS MONDAINS · texte numérisé non relu

PLAISIRS MONDAINS

loureux : espoirs déçus, illusions détruites, soufrances secrètes.

Mais enfin, il y a des situations qui peuvent imposer ce genre d'obligations mondaines. C'est aux mères que je m'adresserai. C'est près d'elles que j'insisterai sur les dangers très réels du monde pour des jeunes filles délicates aussi bien qu'inexpérimentées.

D'abord, les veilles sont absolument funestes à un âge où le besoin de sommeil est si impérieux. Et dans quelles conditions se produisentelles ! La chaleur, l'encombrement, l'air vicié, la surexcitation nerveuse produite par le bruit, le mouvement, la musique, tout cela vient en aggraver les terribles inconvénients. Si encore on était assez raisonnable pour refuser un certain nombre d'invitations, et pour se retirera une heure convenable ! Mais les mères sont étrangement faibles ; contrarier leurs filles est au-dessus de leur courage. Non seulement elles reculent devant le désappointement que leur causerait le refus d'une soirée, mais encore elles les laissent veiller jusqu'à la fin d'un bal ; le cotillon a tant de charmes, et il serait si dur d'en priver la chère petite qui n'est pas « du tout fatiguée » ! Et c'est ainsi qu'à la fin d'une saison, on voit des jeunes filles amaigries, énervées, anémiées.

auxquelles il faut faire absorber des reconstituants, en attendant qu'on les mène à la plage ou dans les montagnes pour replâtrer leur santé et les mettre en e'tat d'affronter un nouvel hiver.

On prépare ainsi, en vérité, de tristes épouses et de tristes mères.

D'abord, détruire sa santé pour son plaisir est monstrueux. Ensuite, il est indigne d'une femme raisonnable de mener la vie mondaine à laquelle les mères vouent leurs filles pendant plusieurs semaines de suite.

Suivez la journée d'une jeune fille lancée pendant un carnaval. S'étant couchée à quatre ou cinq heures du matin, elle se lève à dix ou onze heures; j'en ai connu qui dormaient plus tard. , Elle n'a plus la force ni l'énergie de s'appliquer | à aucun devoir. Lire? Elle s'endort sur toute page sérieuse. Etudier? Encore moins. Travailler à l'aiguille ? C'est bien fade. Il faut, d'ailleurs, s'occuper de sa toilette. Ah ! cela, c'est intéressant ; des heures se passent en essa3'^ages, en emplettes. Puis, il y a les souvenirs || du bal de la veille, les succès d'amour-propre dans lesquels on se délecte ; puis les rêves plus ou moins imprudents ; puis, encore, les bavardages entre amies, qui roulent beaucoup trop complètement sur les danseurs.

Page 1