‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 27 sur 78 · PLAISIRS MONDAINS I · texte numérisé non relu

PLAISIRS MONDAINS I

Enfin, il y a le dégoût général de la vie de tous les jours, du foyer, des relations de famille, de tout ce qui n'est pas amusant, excitant, de tout ce qui n'éveille pas la vanité, la coquetterie, la gaieté fébrile. Je n'exagère pas, ie vous l'assure.

La saison finie, la jeune fille s'ennuie mortellement, et cherche fiévreusement d'autres plaisirs : la bicyclette, le tennis trouvent ici leur place ; insensiblement la maison est désertée. Et c'est ainsi qu'on prépare les femmes à fonder un foyer !

Mais comment résistera ce torrent? Ce n'est pas impossible. Il s'agit d'avoir un principe arrêté et d'y conformer sa conduite. Ce principe, le voici : dans toute vie raisonnable le plaisir ne doit être qu'un accident, et il faut le subordonner au reste, au lieu de supprimer le reste pour lui faire place.

Etablissez comme règle que vos filles ne sortiront pas plus d'un nombre de fois déterminé par semaine; décidez qu'elles n'assisteront qu'à deux ou trois cotillons par saison ; fixez une heure convenable pour la rentrée, une heure qui, en leur laissant une dose de sommeil suf-

fisante, leur permette un lever relativement matinal. Qu'elles ne s'occupent de leur toilette que dans la mesure indispensable; qu'elles sachent que le bal de la veille ne peut excuser la journée perdue du lendemain. Si vous les avez élevées raisonnablement, elles vous comprendront, et vous épargneront la contrariété des regrets frivoles et de la mauvaise humeur.

Il est bon de toucher ici à un point qui rentre dans notre sujet : c'est l'égoïsme féroce que développe chez certaines jeunes filles le goût du monde. J'en ai connu qui arrivaient à ne considérer un deuil, par exemple, que comme un obstacle à leurs plaisirs. Et leurs mères, devenant leurs complice?;, abrégeaient pour les satisfaire la durée que les convenances, à détaut de l'aftection, fixaient à ces deuils.

Je veux dire encore un mot du théâtre. D'une manière générale et presque absolue, il ne convient pas aux jeunes filles. Même lorsque les pièces qu'on représente sont bonnes, il reste

Page 1