ESPRIT DE FAMILLE I9I
des enfants, etc. » Enfin cette jeune fille, bien dans le mouvement, comme vous le vo3'^ez, avait trouvé un mot expressif, pittoresque, pour exprimer ce que nous avons appelé jusqu'ici le sentiment de famille : la gale de famille.
Plût à Dieu qu'on pût Tinoculer à tous ceux qui en sont dépourvus de nos jours ! Hélas ! oui, le sentiment de la famille s'en va de plus en plus ; c'est pour cela que la société est menacée dans ses fondements les plus sacrés. Car la famille, c'est la société en raccourci, et quand l'amour, l'abnégation, le dévouement disparaissent de ce centre, le règne de Tégoïsme s'étend.
Je me défierai toujours de ceux qui sont prêts à se dévouer à Vhumanité, mais qui ne savent pas se sacrifier dans le cercle du foyer. On l'a dit et répété, parce que c'e.<'t la vérité indéniable : la famille est l'école de toutes les vertus. Quand on n'a pas appris à les pratiquer là, sur ce théâtre intime, n'en attendez ni ailleurs, ni plus tard.
Car en somme, qu'est-ce que l'esprit de famille ? C'est le respect d'une autorité aussi chérie que sacrée; c'est le support mutuel, le dévouement, l'abnégation, tout cela dans l'amour, tout cela constituant la grande leçon de la vie.
Ce n'est pas assez des leçons et des principes;
il faut leur inspirer cet esprit, il faut les faire vivre dans cette atmosphère familiale, les en impre'gner, leur faire aimer ces parents qui ont sur eux les premiers droits.
Que l'existence soit moins fiévreuse, et laisse place à ces réunions, à ces relations si douces, qui jettent le fondement des amitiés et des soutiens de l'avenir. Que de traditions il serait bon de faire revivre : les anniversaires, qui réunissent autour d'une table joyeuse les parents et les amis^ les petits présents, qui soulignent les fêtes, et font sentir la pensée délicate qui a prévu jusqu'à un désir.
Les parents doivent faire régner la gaieté au foyer : c'est un élément de vie. Pour cela, qu'ils sachent porter seuls le poids de leurs préoccupations, qu'ils songent que les jeunes ont besoin de joie comme les plantes de soleil ; qu'ils les fassent aller « gaillardement au devoir »^ selon l'expression d'un homme qui comprenait la jeunesse...
Il faut créer des souvenirs aux enfants ; ils les retrouveront purs au fond d'eux-mêmes, y reviendront aux instants de tentation ou aux heures de souffrance. Des souvenirs ! Cela suffit à embaumer la vie^ et cela ramène « à la maison », de préférence à tout autre lieu,
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ceux qui y ont goûte leurs meilleurs bonheurs. Ayez des traditions de famille. J'aime un fils, une fille, qui font telle chose parce que leur père, leur mère l'ont faite. Je ne parle pas de routine, il s'agit de traditions, de vertus... Elles sont tout chez les peuples grands et fiers, et quand vous dites qu'un peuple perd ses traditions, c'est un regret que vous exprimez, — qu'il y revient, c'est un éloge. Quel paradis sur terre, — rare à trouver, mais non introuvable, grâce à Dieu, qu'un foyer tel qu'il doit être, avec son atmosphère chaude etattiranted'amour, d'union, de gaieté ! Les parents y sont les conseillers crustx. écoutés; les frères, les sœurs, les meilleurs amis. Dans son cercle choisi, mais non fermé, les autres parents pénètrent, avec des amis sûrs. Toutes les aspirations légitimes s'y donnent carrière, tous les plaisirs innocents y sont procurés. Chaque objet a son histoire, et chaque date sa tradition. Plus tard, quand les oiseaux seront envolés du nid, ils s'y retrouveront avec joie à certains jours, et quand le nid lui-même aura disparu, ils chercheront à l'imiter, à le faire renaître, à donner à d'autres l'abri et l'amour, avec le bonheur qu'ils auront goûté.
Une vertu démodée
Je veux parler de la modestie, dont le nom appelle aujourd'hui sur certaines lèvres une ombre de sourire, et que la génération actuelle a certainement reléguée parmi les vieilles lunes.
Il est difficile de la définir ; mais tout le monde sait ce qu'elle est, et tout le monde peut en constater l'absence presque absolue dans notre société moderne.
On pourrait plutôt en décrire les contraires : cette assurance qui n'attend ni l'âge, ni la situation, pour se mettre en avant, cet empressement à se faire remarquer, et cela à tout prix, cette opinion exagérée de son mérite, ce ton arrogant, autoritaire, cassant, cette démarche décidée, cette affectation d'ignorer les autres, cette tendance, enfin, à paraître et à dominer, ou plutôt cette volonté de briller, de l'emporter en tout.
Est-ce à dire que pour être modeste, une