UNE VERTU DÉMODÉE
femme doit se cacher, s'effacer, se taire ? Ce serait exagéré, et souvent absurde. Il faut sans doute se tenir à sa place, mais il faut remplir cette place de son mieux. La société serait vouée à un ennui invétéré si, sous prétexte de modestie, chacun dissimulait les dons qu'il a reçus et se condamnait au silence. Aussi n'est-ce pas là ce dont il s'agit; il suffit d'apporter en tout le tact, la réserve, des ménagements d'une femme comme il faut. La modestie sied à tout le monde et s'applique à tout. Elle donne à la démarche quelque chose de réservé, de décent et de distingué, parce qu'elle est essentiellement simple ; elle bannit de la toilette ce qui attire l'attention des passants et soulève les critiques ; elle supprime l'exagération du désir de plaire, l'envie de dépasser les autres, de les rejeter dans l'ombre. Elle donne à la conversation un ton mesuré, doux, aimable. Une personne modeste admet d'une part qu'elle peut se tromper, de l'autre le droit qu'on a de penser d'une manière différente de la sienne ; elle évite donc le ton de critique et d'autorité, et se range sans peine à l'avis d'autrui quand il est meilleur que le sien. Elle ne connaît pas la susceptibilité, elle est dépourvue de cette vanité qui veut être partout la première, et elle s'efface sans regret devant des prétentions
rivales, ce qui ne l'empêche pas, je le répète, de tenir sa place et de maintenir sa dignité.
Si elle a de l'esprit, des talents, elle ne s'en vante ni ne s'en enorgueillit ; — ils ne servent pas à alimenter son amour-propre, mais à faire plaisir aux autres. Encore moins se targue-telle de ces autres dons : la fortune, le rang, la beauté, qui n'accroissent en rien, elle le sait, sa valeur morale, et qui lui feraient des ennemis, des envieux ou des jaloux si elle les faisait ressortir par un faux orgueil.
La modestie rehausse toutes les situations et toutes les supériorités, de même que les diamants ne semblent jamais plus purs que lorsqu'ils sont simplement sertis d'argent. On peut dire aussi qu'elle supplée à beaucoup dautres qualités, et qu'elle inspire inévitablement la bienveillance et la sympathie. Ne fût-elle pas une vertu, elle serait encore une habileté : l'art de plaire, de nous faire goûter, aimer, — le secret, enfin, et la condition absolue de la véritable distinction, cet attribut qui est l'ambition secrète de toutes les femmes, et qui se rencontre si rarement, d'abord parce qu'il ressort en partie d'une personnalité morale au-dessus de la vulgarité, puis parce qu'il peut exister là où règne la prétention sous une forme quelconque.
Education de la sensibilité
La sensibilité, sous toutes ses formes, est une des grandes forces, et en même temps une des grandes faiblesses de la femme. Il importe donc extrêmement de la diriger, sous peine de stériliser toute éducation, et de compromettre la vie entière.
La sensibilité est physique et morale. Elle doit être étudiée sous ses diverses faces, afin d'être maintenue dans de justes limites.
La sensibilité physique est le résultat de l'état du corps et des excitations des nerfs. Elle se manifeste par des désirs et des répugnances.
Il est évident qu'elle constitue un état passif, et est dépendante de la santé^ du système nerveux. Mais ce qui la produit peut être modifié. Une santé robuste, des nerfs en équilibre rendront une femme capable de supporter les intempéries, les secousses physiques, de braver certaines répugnances, de surmonter ou de mo-
dérer certains besoins. L'éducation de la sensi- i bilité physique se confond donc avec le soin de ' la santé; mais elle implique en outre un exer- î cice d'énergie qui rend la femme maîtresse, dans une large mesure, des impressions physiques. Equilibrer le système nerveux des jeunes filles, c'est atténuer leur extrême sensibilité, et les rendre fortes, pour l'avenir, en présence des devoirs qui réclament de l'énergie et de l'endurance.
La sensibilité morale naît de la connaissance des choses, des personnes et des idées. Elle produit à son tour des attraits et des répulsions, selon que les objets ou les êtres lui plaisent ou lui déplaisent.
Bien que ce soit un phénomène intellectuel, elle n'est pas délibérée ; elle est une faculté instinctive de l'àme, comme la sensibilité physique est une faculté instinctive du corps.
Mais on peut, sinon agir sur ce qui la produit, du moins en régler les manifestations.
La femme est beaucoup plus impressionnable que rhomme, c'est incontestable. La raison n'en