‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 51 sur 78 · INITIATIVE ET INDEPENDANCE · texte numérisé non relu

INITIATIVE ET INDEPENDANCE

d'agir sans conseil, et lui prouver, par l'exemple même, qu'une petite fille, fCit-elIe anime'e des meilleures intentions, ne peut sans sa mère faire autre chose que des sottises.

En dehors de l'initiative du cœur, et encore celle-là est-elle à surveiller, les enfants ne sauraient guère en avoir que de fâcheuses ; et sur ce point, combien de grandes personnes leur ressemblent ! Je ne connais rien de plus néfaste que l'esprit d'initiative avec l'absence de jugement ; il n'y a d'autre manière d'e'chapper aux dangers que ces personnes font toujours courir à ceux qui les entourent (à leurs plus chers amis surtout, le bien qu'elles leur souhaitent les rendant ingénieuses) pas d'autre manière dis-je, d'échapper à ce bien qu'elles nous tiennent toujours en réserve, que d'essayer de leur donner pleine et entière confiance en une personne dont le conseil serait sûr.

La règle est donc excellente pour ces natures trop actives. Celles qui sont au contrair dépourvues de toute initiative, il faut les exciter en leur laissant des responsabilités proportionnées à leur âge et dans des questions où un mal d'aucune sorte n'est à craindre. Du reste, chaque fois que l'enfant peut sans danger agir seul, il faut lui laisser un peu de large afin de

développer sa personnalité. L'habitude qu'ont beaucoup d'éducateurs de substituer toujours leur volonté à celle des enfants, arrive à faire des êtres nuls, incapables d'action.

Vis-à-vis des esprits indépendants, il faut affirmer le principe d'autorité, l'établir sur ses véritables bases : toute autorité vient de Dieu ; c'est jusque-là qu'il faut remonter pour demander la soumission aux plus récalcitrants.

Puis, avec ces esprits, fermeté inébranlable... et douceur... Main de fer gantée de velours. Ne heurtez pas, ne violentez pas; vous pourriez briser, mais non former. Intelligence et possession de soi toujours, tendresse, voilà ce que réducateur ne doit jamais perdre de vue. Enlevez au règlement tout ce qu'il pourrait avoir de trop étroit et d'arbitraire ; dans les choses commandées, la plus stricte justice, la plus impeccable. Eviter de jamais se mesurer de front.

Mais le remède, le vrai remède, là encore, serait un maître qui obtiendrait la confiance absolue ; elle n'existe guère sans le sentiment ; il restera toujours le plus puissant des moyens, là où aucun autre ne réussit.

Caractères indécis

C'est encore la règle, le devoir revenant à heure fixe, qui apportera un remède aux caractères indécis, qui ne savent opter entre le oui et le non, ou ne peuvent choisir l'un sans regretter l'autre. Pourvus souvent des meilleures intentions, ils n'arrivent à rien, faute de savoir se décider à temps. J'en sais qui, dans des cas très graves, ont recouru à pile ou face pour se tirer d'embarras; un hasard stupide devenait ainsi le maître d'une situation que le bon sens et la volonté devaient seuls trancher.

Cette indécision est un défaut de la volonté ; il peut provenir d'une absence de jugement, d'une conscience mal éclairée, qui, ne sachant où se trouve le mieux, s'en remet à l'événement aveugle pour décider la question. Quand il en est ainsi, il faut travailler à donner une idée nette du devoir, et, celui-ci compris^ autant que faire

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se peut, obliger à prendre une résolution sans retour.

Mais je veux parler ici de cette irrésolution qui existe en face des choses les plus insignifiantes de la vie journalière, naît devant les faits de moindre importance; là, ce n'est point en général défaut de jugement, mais souvent, au contraire, une claire vue des deux côtés de la question. A droite^ un inconvénient se dresse; à gauche, un autre est inévitable, et, ne pouvant échapper à aucun des deux, l'irrésolu est livré à ses perplexités, auxquelles on serait tenté de l'abandonner s'il en souffrait seul.

— Il fait beau, me dit ma cousine, qui est de ces indécis, je dois sortir ; mais voici un nuage, il pleuvra peut-être... j'emporterai mon parapluie. Mais s'il ne pleut pas, j'en serai inutilement embarrassée... mais s'il pleut, voilà ma robe perdue... Ma cousine, néanmoins, sort le parapluie de son fourreau, regarde le nuage; il semble se dissiper; le parapluie rentre dans sa gaine... et le temps passe. Si elle emporte son parapluie et que le soleil triomphe, elle gémit; si elle ne l'emporte pas et que le nuage crève, elle se désespère...

Et il en est de même pour le choix d'une robe ou d'un chapeau, pour une démarche dont l'is-

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