ENTETEMENT
la même douceur, elle reprit le livre, et toujours avec le même cynisme, l'enfant répéta : B..A, — BU. L'heure de la promenade avec les petits frères arriva. En pleurant, le petit obstiné les regarda partir ; l'heure du repas vint aussi, on lui donna sa soupe seulement, on le coucha ; il versa des larmes amères ; croyant à la contrition, on lui représenta l'alphabet, et il répéta BA, BU.
Le lendemain au réveil son premier mot fut : Maman je savais très bien que BA, ça faisait BA, je veux bien le dire aujourd'hui. — Aujourd'hui il est trop tard dit la mère je ne te le demande plus.
Et il fallut que l'enfant suppliât pendant deux jours pour que la mère reprît la leçon de lecture, remplacée par cinq minutes de solitude et de silence.
Presque toujours, devant l'obstination, il faut tourner la difficulté. On ne cédera pas, mais on ne se mesurera pas non plus sur le terrain même de l'entêtement : — Si tu résistes plus longtemps, si tu ne cèdes pas avant telle heure délimitée, tu auras telle punition.
Et maintenez envers et contre tout ; que l'enfant voie bien que votre résistance égale la sienne ; puis, raisonnez-le quand la crise est passée : au moment même, il est rare que le dis-
cours le plus sage, les arguments les meilleurs soient entendus, et faites bien comprendre au coupable que l'entêtement est le propre de la sottise et de l'orgueil, et que de plus, il sera toujours vaincu.
Ce sera vrai si l'éducatrice sait y mettre ce que je disais au commencement : la patience et le savoir-faire.
Paresse, indolence
Ce sont là des défauts de la volonté avec lesquels on se trouve souvent aux prises dans l'éducation ; aussi chacun sait-il plus ou moins comment les combattre. La paresse, la vraie paresse, celle qui n'est pas seulement la haine du travail, mais de tout effort,, quel qu'il soit, ne se corrige pas plus, dit-on^ que l'ivrognerie. C'est vrai, peutêtre ; danscette paresse-là, le tempérament entre pour une grande part; aussi faut-il s'occuper du physique en même temps que du moral, et non seulement éviter de donner à l'enfant une vie amollissante, mais la lui faire un peu austère, veiller à la nourriture, à l'exercice: encore le règlement, toujours le règlement qui oblige à l'effort, tient en haleine, réagit contre l'apathie naturelle. Puis vient le système des punitions et des récompenses, selon la nature de l'enfant : les unes sont plus sensibles aux reproches, les
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autres aux encouragements. C'est à l'éducatrice à savoir lequel agit sur le sujet qu'elle a en main.
Je croirais volontiers que les récompenses sont plus heureusement employées. Essa3^ez d'exciter une généreuse émulation en montrant un but ; quand il est atteint, témoignez votre satisfaction, dites combien l'effort accompli, la victoire remportée vous rend heureuse ; si Tenfant a du cœur, elle y sera sensible. Provoquez un nouvel effort en demandant un peu plus la seconde fois que la première, comme vous feriez pour un petit enfant auquel vous apprendriez à marcher : vous reculez le but, vous vous éloignez à chaque épreuve pour obtenir quelques pas de plus.
Sachez profiter d'un désir de l'enfant pour lui faire accomplir un acte qui lui coûte, obtenir une plus longue persévérance ; faites briller l'appas de la récompense lui disant qu'il ne tient qu'à elle de la posséder, lui donnant confiance en sa force, en sa volonté. Et, à propos de volonté, pour la lui faire libre, laissez-lui souvent le choix entre deux manières de faire, quand le mal ne peut s'ensuivre d'aucun côté, car il ne faut jamais séparer ces deux idées : liberté et volonté ; liberté, principe du mérite des actes humains, de leur moralité; volonté, force.