‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 57 sur 78 · FORTIFIER LA VOLONTE · texte numérisé non relu

FORTIFIER LA VOLONTE

misanthrope ; je connais des gens qui lui veulent sérieusement parce qu'il se complaît en des comparaisons entre le passé et le présent, et qu'il ne veut jamais reconnaître au présent une pauvre petite supériorité. Le mot aujourd'hui prend sur ses lèvres une signification amère, quand elle n'est pas fulgurante ou bien ironique. Moi, je m'efforce d'être impartiale, et tout en détendant ce qui,, dans mon époque, me paraît digne d'éloges, je fais souvent, très souvent mon profit de ses diatribes.

— Vos femm.es d'aujourd'hui, me disait-il la semaine dernière, mais ce sont des enfants, moins encore, des poupées ! Elles ne peuvent rien supporter^ ni la souffrance, ni l'ennui, ni le labeur; vous les avez élevées dans une boîte capitonnée ! La génération nouvelle est désarmée, non seulement devant l'épreuve, les chagrins véritables, mais devant les contrariétés qui remplissent même la vie la plus heureuse. J'ai maints jeunes amis qui se plaignent d'avoir épousé des enfants gâtées, dont l'humeur, plus mobile que Tonde, plus changeante que le vent, est influencée par les causes les plus futiles, et qui s'cITondrent tout entières lorsque tout ne s'arrange pas au gré de leurs désirs.

J'ai combattu de mon mieux cette philippique.

j'ai cité des jeunes femmes charmantes. Il m'a été répondu que l'exception confirme la règle, et, obligée de reconnaître à part moi qu'il y avait du vrai dans ses paroles, j'ai vu passer devant mes yeux un certain nombre de silhouettes connues...

Vous en avez rencontré comme moi, de ces personnes qui boudent une journée entière parce qu'une circonstance quelconque les prive d'un bal, ou parce qu'une robe leur a fait défaut, ou encore parce qu'elles sont obligées d'accepter une invitation ennuyeuse, de faire une visite désagréable.

Tant que ce déploiement d'humeur fantasque ou maussade a lieu dans les limites du foyer paternel, les conséquences en sont moins graves, parce que les parents sont disposés à l'indulgence, et voient les défauts de leurs enfants par le petit bout de la lorgnette. Mais plus tard, quand il s'agira d'un mari, la scène changera. Le m-ari, en donnant du bonheur, prétendra en recevoir à son tour. Parfaitement dans son droit lorsqu'il prétend trouver en sa femme une compagne sérieuse et non une enfant volontaire, il comprendra mal ou même ne comprendra pas du tout qu'elle pleure pour une misère, boude pour une contrariété, on lui parle aigrement parce qu'une circonstance fortuite l'a vexée. De

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