‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 58 sur 78 · ORTIFIER LA VOLONTE · texte numérisé non relu

ORTIFIER LA VOLONTE

là des reproches, puis, si le cas devient fréquent, des querelles, du dégoût pour un foyer où l'orage éclate à tout propos, et où rien n'est préparé pour affronter les vraies épreuves.

Tout cela arrive plus souvent qu'on ne croit. Et à qui la responsabilité? Bien souvent aux mères trop tendres qui n'ont pas su préparer leurs filles aux menus ennuis de la vie.

Elles ont l'expérience de ces ennuis, cependant, et de ces difficultés ; leurs filles passeront là où elles ont passé, souffriront ce qu'elles ont souffert. Les y préparent-elles? Leur infusentelles la force, la patience, les exercent-elles à cette égalité qui est pour une si grande part dans le bonheur d'un ménage ?

Avouons-le^ les mères oublient trop souvent qu'elles ont charge d'âmes. Elles ne cherchent que le bonheur de leurs filles, mais pas le bonheur sérieux et solide de l'avenir ; elles bornent leur tendresse, imprévoyante, il faut le dire, à les voir heureuses près d'elles, dans cette maison paternelle qui, cependant, s'ouvrira un jour pour les laisser partir. Il y a bien là un peu d'égoïsme : car à force de leur faire une vie facile pour le plaisir de les voir sourire sans cesse, on les rend impropres au bonheur plus austère qui, dans leur maison, à elles,

Le féininis-me lô

devra se baser sur le sacrifice et le dévouement. Comment faire ? dira-t-on. Faut-il, en vue des années sérieuses et éprouvées, empoisonner les années heureuses et préservées? Non certes, ce serait absurde autant que cruel. Personne ne demande à une mère de rendre ses filles malheureuses sous prétexte qu'elles le seront peut-être un jour. Mais il n'est pas bon de leur laisser ignorer les tristes réalités de la vie. Il ne faut pas craindre de leur montrer la pauvreté, qui leur donnera la note juste, et les empêchera d'attacher trop d'importance aux plis de leurs feuilles de roses. Il ne faut pas les écarter du chagrin qui éclate à côté d'elles, ni leur cacher les larmes des amis éprouvés. Point n'est besoin de faire naître les contrariétés, mais il est salutaire de ne pas toujours les atténuer. Que les jeunes filles apprennent à ne pas se dérober à une obligation ennuyeuse, qu'elles sachent accepter un désappointement sans en punir les innocents qui les entourent. Qu'on fasse d'elle des femmes, et non des poupées. Qu'on leur donne du bonheur^ mais qu'on leur montre le devoir ; qu'elles apprennent que la vie n'est pas une fête, mais qu'on y remplit une mission.

Eiliieatioii physique

Nous n'avons pas la prétention de faire un traité d'éducation physique. Des médecins autorisés ont donné à ce sujet des conseils auxquels les mères et les institutrices peuvent se reporter.

Cependant, notre but ne serait pas atteint, ni notre plan complet, si nous ne disions, au moins rapidement, ce que le bon sens et l'expérience nous ont enseigné en ce qui concerne particulièrement les jeunes filles. Encore une fois, qu'on ne voie pas ici l'intention d'empiéter sur le domaine de la médecine ; il ne s'agit que d'hygiène pratique, appliquée au foyer, et en vue de la mission à laquelle il faut préparer les femmes.

Un des devoirs les plus rigoureux de la mère, ou de l'institutrice à laquelle elle a délégué ses pouvoirs, c'est évidemment de faire à l'enfant une bonne santé. Destinée, d'une manière générale, à la maternité, il faut qu'elle soit à même de transmettre un tempérament robuste, et de supporter elle-même les fatigues inhérentes à ses devoirs. D'autre part, le corps et l'âme sont trop intimement liés pour que les défaillances de l'un n'influent pas sur l'autre. L'idéal de la philosophie antique était une âme saine dans un corps sain : Mens sana in cor pore sano.

Et l'Eglise, qui est la psychologiste par excellence, parce qu'elle est dépositaire de la vérité, estime si haut la santé, non seulement comme bien légitime et désirable, mais encore comme instrument de salut, qu'il n'est peut-être pas de jour où, dans sa liturgie, ne reviennent des prières à ce sujet. Elle invoque la Sainte Vierge, Mère de Dieu et des hommes : Daignez donner à vos serviteurs la santé de l'âme et du corps, par l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie (i) ».

(i) Oraison pour le dimanclie.

Au jour solennel du Vendredi saint, alors qu'elle semble absorbée par le souvenir des souffrances de son Epoux, elle s'inquiète des douleurs humaines : « Prions Dieu le Père tout-puissant qu'il daigne... dissiper les maladies... rendre la santé aux malades (i) ». Sans cesse, ses oraisons rappellent les besoins du pauvre corps, et sans entrer dans une énumération qui serait sans fin, on peut les résumer dans celle-ci : « Détournez de nous, par votre miséricorde, tout ce qui peut nous être contraire, afin qu'affranchis des obstacles qu'élèvent en nous les maladies de l'âme et du corps, nous accomplissions avec une sainte liberté tout ce qui regarde votre culte (2) ».

Disons donc brièvement, d'une manière générale, ce qu'on doit faire pour assurer aux enfants le bienfait à la fois physique et moral d'une bonne santé.

L AIK

Dieu, dans la nature, a mis à la portée de tous les éléments essentiels de l'hygiène et, par con-

(i) Office du Vendredi saint.

(2) Oraison du XIX« dimanche après la Pentecôte.

séquent de la santé : je veux parler de l'air, de l'eau, de l'exercice.

Aujourd'hui que l'importance du grand air est si bien reconnue, on peut s'étonner à juste titre de l'aveuglement qui, pendant si longtemps, a fait négliger ou même redouter cet élément de vie et de santé. On a ouvert les yeux. On sait qu'il combat efficacement les germes des maladies, les microbes, et qu'il infuse des principes de force. On en fait l'auxiliaire principal, sinon unique, de la guérison de la tuberculose. « On en est même venu, dit le D'" Rochard, à faire vivre les phtisiques en plein air, sous des galeries ouvertes à tous les vents, en dépit de brouillard, de la pluie, de la neige».

Mais les données de la science, si évidentes, si salutaires qu'elles soient, ne sont pas encore assez vulgarisées. Un trop grand nombre de mères, sous prétexte d'éviter des refroidissements, négligent l'aération des appartements. Il importe qu'elles sachent que cette aération est nécessaire, et aussi qu'il est indispensable de ne pas enfermer les enfants dans un espace trop petit. « On connaît aujourd'hui la cause des accidents qui se produisent en pareil cas. Ce n'est ni la diminution de l'oxygène, ni le dégagement de l'acide carbonique qui rend l'air vicié si nui-

sible. C'est un produit toxique que l'économie rejette par l'expiration, et qui se rapproche de ces alcaloïdes récemment découverts, qu'on désigne sous le nom de leucojJia'ùies. Ce poison est en trop petite quantité dans l'air qui sort des poumons pour pouvoir produire des accidents graves dans les circonstances ordinaires ; mais il contribue à déterminer ce malaise, ces nausées, cette tendance à la s3^ncope, au vertige, que les personnes nerveuses ressentent souvent dans les lieux mal ventilés et encombrés par la foule. On met ces troubles-là sur le compte de la chaleur; mais, si l'on regarde le thermomètre, on reconnaît que la température intérieure n'est pas plus élevée que celle du dehors (i) ».

Ce n'est pas assez d'avoir un appartement aéré ; c'est au dehors que doit se passer au moins une partie de la vie de l'enfant.

Ici, encore, un trop grand nombre de mères jugent suffisante une sortie d'une demi-heure. Beaucoup d'enfants, sauf le dimanche, ne prennent pas l'air autrement que pour se rendre en classe. C'est une erreur grave. Les enfants, pour acquérir des forces, développer leurs poumons, digérer convenablement, s'endurcir aux intem-

(i) Dr RocHARD. -— VEdiicalioii de nos filles.

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péries, ont un besoin impérieux de vie au grand air; et si salutaire que soit la période des vacances^ passées à la campagne ou au bord de la mer, ce temps déterminé ne remplace pas l'habitude quotidienne de l'air, respiré au dehors pendant un certain temps.

Les mères, aidées du médecin, doivent étudier sous ce rapport le tempérament de leurs enfants, et sacrifier, s'il le faut, une part d'études à la nécessité de fortifier leur santé.

« La crainte des refroidissements, dit encore le D*" Rochard, est un préjugé enraciné dans les classes aisées de la société française, et contre lequel il est indispensable de réagir. Les vicissitudes atmosphériques, loin d'être nuisibles à la santé, lui sont au contraire profitables. Elles mettent en jeu l'activité fonctionnelle de la peau, comme l'exercice met en jeu celle des muscles. La peau se contracte sous l'influence du froid, et chasse le sang des petits vaisseaux qu'elle renferme dans son épaisseur. Lorsque cette impression se prolonge, il peut en résulter des congestions, dues au refoulement du sang dans les organes intérieurs ; mais, lorsque le refroidissement n'est pas trop prolongé, ce refoulement momentané ne produit aucun trouble fonctionnel. Il se produit bientôt un mouvement

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en sens inverse qui ramène le sang vers la peau ; celle-ci rougit et s'échauffe. C'est à ce phénomène de retour qu'on donne le nom de réaction, et c'est grâce à lui que l'organisme se défend contre les refroidissements; mais il faut pour cela que la peau fonctionne bien, qu'elle soit exercée à cette double action, pour ne pas perdre son énergie ».

« Les variations brusques de température, dit à son tour le D' Lagrange, constituent, pour notre enveloppe cutanée, une véritable gymnastique, en 3^ provoquant des sensations successives de chaud et de froid qui amènent les alternatives de contraction et de relâchement ».

L liAU

Il y a des systèmes de médecine fondés tout simplement sur l'emploi de l'eau. Je ne voudrais pas faire à celles qui me lisent l'injure de leur parler de l'eau au seul point de vue de la propreté ; et cependant, on ne veille pas assez à corriger à cet égard la nonchalance et la négligence de l'enfant.

On n'exige trop souvent, en effet, qu'une propreté superficielle, et cependant, cette question a emprunté une importance capitale aux découvertes bactériologiques. « On sait aujourd'hui que les micro-organismes, producteurs des maladies infectieuses, ont pour terrain de prédilection la crasse et les impuretés de toute sorte ; qu'on en trouve des millions sous les ongles, entre les orteils, dans tous les replis de la peau, et qu'il ne suffit pas, pour les enlever, d'un lavage superficiel (i). »

Une enfant doit donc être accoutumée aux détails miniiiieux de la propreté. Elle doit avoir une grande cuvette, apprendre à entretenir avec un soin extrême tous ses ustensiles de toilette. Le D' Rochard exige qu'on supprime pour elle toutes les pâtes, les onguents, les parfums, les eaux de senteur. Il insiste pour qu'elle se serve d'eau à la température de la chambre, pour s'endurcir contre le froid.

L'hydrothéraphie est un excellent fortifiant. Il ne faudrait pas, cependant, l'employer sans conseil, d'une manière constante et uniforme : tels tempéraments, telles maladies la proscrivent en tout ou en partie.

(i) D^ Rochard.

L'eau froide, excellente pour l'usage quotidien, pour le visage, le cou, les épaules, les bras, ne serait pas suffisante. Il y faut joindre de grands bains tièdes, au moins un par mois, et c'est l'extrême minimum. Le bain pa?^ aspersion, c'est-à-dire la douche tiède, est encore une chose excellente, surtout pour les jeunes filles qui ne supportent pas l'hydrothéraphie.

Quant aux bains de mer, ils sont en général bons, à la condition de les prendre très courts et de produire la réaction. Mais ils peuvent ne pas convenir à tous les tempéraments, de même que pour certaines jeunes filles, l'air des montagnes est préférable à celui des plages.

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