‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 78 sur 78 · LA FEMME FORTE · texte numérisé non relu

LA FEMME FORTE

Il a été défini par l'écrivain inspiré, le véritable féminisme, le féminisme de tous les temps. Il est toujours vrai, toujours jeune, le type de la femme forte, et il doit être médité par les chrétiennes de nos jours comme il l'a été par les femmes de la Bible.

C'est cet idéal que nous avons essayé de retracer dans ces causeries^ et nous recommandons aux mères et aux filles d'en faire à la fois l'objet de leur étude et de leur ambition, s'efforçant d'en pratiquer la lettre, et d'y découvrir le sens caché que contient, en outre de la parole extérieure, l'enseignement de l'Ecriture sainte.

Le portrait est complet : il n'est pas un seul devoir de la femme qu'il n'embrasse, de même qu'il applique à l'intérieur, à l'âme, les traits

qu'il offre à l'imitation. Et nous avons dit qu'il est toujours actuel, parce qu'en effet la grande et providentielle mission de la femme est toujours la même, que le foyer, la famille, la vie du cœur^ ont toujours les mêmes lois constitutives, posées par Dieu dès l'origine, et devant rester identiques jusqu'à la fin des temps.

L'écrivain sacré nous avertit d'abord qu'il va dépeindre un idéal. Cet idéal peut, doit être réalisé : c'est l'honneur comme le privilège de la religion de mettre l'idéal dans la conduite ellemême, et c'est ce qui s'appelle la Sainteté. Mais enfin, le type qu'il nous off're est rare, plus rare et « plus précieux que les perles qui viennent des extrémités du monde : qui trouvera la femme forte ? »

11 résume en quelques traits ses triples devoirs d'épouse, de mère, de maîtresse de maison :

« Le cœur de son mari met sa confiance en elle, » parce qu'elle est éclairée, sûre, fidèle, « et il n'aura pas besoin de richesses étrangères », parce qu'elle lui donne les vrais biens de la vie, et apporte en outre à son foyer une sage et fruc-

tueuse c'conomie. « Elle lui rendra le bien, et non le mal, tous les jours de sa vie ; » c'est-àdire qu'elle sera généreuse, que, au-dessus des offenses qui échappent, dans la vie commune, même à l'amour le plus sincère, elle saura pardonner, et ne comptera Jamais avec ceux qu'elle aime.

« Son mari sera illustre dans les assemblées, assis au milieu des sénateurs de la terre. » Elle n'étouffera aucune de ses laborieuses et nobles aspirations ; elle ne le détournera pas du travail, elle l'inspirera, même, mais à la façon des anges gardiens qui, dit je ne sais plus quel écrivain, guident en demeurant invisibles; elle lui fera honneur par sa propre manière d'être et la tenue de la maison.

Ses devoirs de mère sont tracés non moins clairement. Sa vigilance ne se dément pas : « levée avant le jour... ceignant ses reins de force, affermissant son bras... elle a considéré les sentiers de sa maison... sa lampe ne s'éteint pas pendant la nuit » ; pas une heure, pas un moment où elle ne veille. Elle s'occupe aussi avec une légitime ardeur des biens temporels de sa famille. C'est pour ses enfants qu' « elle a considéré un champ et l'a acheté, » qu' « elle a planté une vigne du fruit de ses mains »,

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qu'elle a pre'paré de doubles vêtements ». « Elle a ouvert la bouche à la sagesse » pour les instruire, et « une loi de douceur est sur ses lèvres », pour les diriger par les plus hauts et les plus sûrs mobiles.

Et cette tâche comple'mentaire, qui est un prolongement de la maternité, je veux dire le soin des serviteurs, n'est point oubliée : ce ne sont pas seulement les traces des pas de ses enfants qu'elle épie jour et nuit, elle veille aussi sur ses domestiques. « Elle leur a partagé le travail et la nourriture » avec sagesse, justice et générosité ; eux aussi, en vue de l'hiver, ont de « doubles vêtements ». Elle leur donne l'exemple en travaillant « aux choses fortes », en tissant la laine et le lin.

Et les pauvres? Une ligne peint sa m.ission envers eux, mais que cette ligne contient de choses : « Elle a ouvert la main à l'indigent, elle a étendu ses mains vers le pauvre. » Et ces nobles et fortes mains, qui ont travaillé pour lui, restent ouvertes, pleines des richesses qu'elle apporte « comme le navire d'un marchand, » demeurent tendues à toutes les misères, à toutes les faiblesses.

Quelle maîtresse de maison est cette femme levée avant le jour, toujours vigilante, occupée

à accroître la fortune des siens, travaillant sans ménager sa peine ! Rien n'est négligé, pas même le juste soin de ce foyer pour lequel elle « ne craint m le froid ni la neige ».

Ce n'est pas tout. La femme forte, pour remplir sa tâche, doit agir sur elle-même. Suivez ici sa loi intérieure, personnelle : elle est une « femme de bon sens », ce qui suppose l'éducation du jugement et la possession de soi ; elle est « amie du silence », ce qui ouvre une double et infinie perspective de sagesse et de charité ; elle a cultivé son intelligence et les dons qu'elle a reçus : « rien n'est comparable à une femme bien instruite. »

Elle pratique une austérité de vie qui lui est personnelle, et qui la rend propre à sa mission : le lever matinal, les veilles prudentes, le travail sous toutes ses formes, même celui qui concerne les « choses rudes », la charité qui lui fait rendre le bien pour le mal, et qui lui rend l'aumône habituelle, la crainte du Seigneur, crainte filiale et aimante qui la dirige et multiplie ses œuvres.

Et quelles sont les sanctions de ces tâches

réalisées, de cette vertu pratiquée, de cet idéal poursuivi ?

Elles sont diverses, et nous les offrons comme conclusion à celles qui ont suivi notre étude.

« Ses enfants se sont levés et l'ont proclamée bienheureuse ; « bienheureuse parce que la semence qu'elle a mise en eux a germé, que la vigne qu'elle a plantée dans leur cœur a donné du fruit; bienheureuse parce qu'elle est une mère aimée et respectée, bienheureuse encore parce qu'une récompense sans fin l'attend, et que « la génération du juste sera éternelle ».

« Son mari aussi s'est levé et a dit ses louanges. »

Quel témoignage que celui de l'ami, du compagnon de toute une existence, du père de ses enfants, de celui qui était placé tout près pour voir les défauts, pour souffrir des défaillances et des lacunes ! Quelle douceur de l'entendre dire qu'on surpasse les autres, et faire l'éloge de ses œuvres !

Mais ce n'est pas tout. Le respect, l'amour dont la femme forte est entourée, ce n'est que la récompense terrestre. Voici la sanction suprême : « elle sourira à son dernier jour. » Lorsque, près de quitter ce monde, elle jettera un dernier regard sur sa tache laborieuse, sur « ces

jours qu'elle n'a paspasse's « dans l'oisiveté », sur cette demeure dont « les sentiers lui ont été familiers », sur « ces œuvres qui la loueront dans l'assemblée des juges », au tribunal de Dieu, elle n'aura ni crainte, ni douleur, mais, dans une humble confiance en Celui qui a dit : « Courage, bon et fidèle serviteur, » dans la joie filiale de l'enfant qui a achevé sa tâche et rentre à la maison paternelle, elle accueillera la mort avec un sourire, non comme une fin, mais comme un commencement.

Ecole de Se- encras domestiques

Congrégaîjon de Notre Dame

Ottawa

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