‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 77 sur 78 · L AUMONE · texte numérisé non relu

L AUMONE

Et l'aumône ? Répétons ici qu'elle est un devoir strict. La mesure et la forme seules varient.

La plupart des gens s'imaginent avoir été créés pour leur propre satisfaction, et avoir tout reçu pour leur propre jouissance. Aussi, s'ils donnent quelque chose d'eux-mêmes, ils sont prêts à porter aux nues leur propre dévouement, et s'ils abandonnent une part de superflu, ils sont contents et fiers de leur générosité.

Disons-le hautement : ceux-là seuls sont vraiment généreux qui vont au-delà du devoir en prenant sur leur nécessaire ou en atteignant le sacrifice. Les autres ne font qu'accomplir, plus ou moins étroitement, une obligation rigoureuse.

Combien de pauvres, au jugement, se lèveront, et diront aux riches qui ont donné avec mesure : Moi j'ai eu faim, et vos aumônes parcimonieuses ne m'ont pas atteint !

Il y a un luxe qui crie vengeance à Dieu

comme le sang d'Abel, car il est fratricide, et s'exerce aux dépens de centaines de créatures humaines. Il 3^ a des satisfactions qui coûteront un jour des regrets amers, parce qu'elles ont été prises au mépris des misères qui, cependant, s'étalaient au grand jour. Notre miséricordieux Sauveur n'a parlé que d'un damné; le mauvais riche. Posséder des richesses et ne pas en faire part aux autres, c'est aller contre le plan providentiel, c'est rejeter l'honneur que Dieu nous fait quand il nous destine à aider sa Providence.

Oh ! que je voudrais voir toutes les éducations imbibées de charité ! Comme je voudrais voir établi ce grand principe qu'on n'a reçu que pour donner, — et ramenée à sa juste valeur l'admiration exagérée qui s'adresse à certaines aumônes! Ces dons sont ils en rapport avec votre fortune ? Si oui, c'est bien ; sinon, loin de vous louer, on devrait vous couvrir de blâme.

Mais l'aumône, elle-même, doit être réglée. L'amour de Dieu règle la charité, c'est le mot même de l'Ecriture : l'Epouse du cantique dit que son Epoux « a réglé en elle la charité ».

Ainsi, ce serait évidemment une faute de faire des dettes pour donner. Les droits de ceux qui ont travaillé pour vous priment même ceux des

pauvres. Une mère de famille ne doit pas dilapider le bien de ses enfants : elle doit assurer leur éducation et leur sort. Il faudrait cependant, en vue de l'avenir, persuader aux jeunes filles que la prudence est trop souvent le prétexte de la dureté de cœur, et que, d'autre part. Dieu bénit les familles qui font très large la part des pauvres. Une des raisons derrière lesquelles on se retranche pour donner peu, c'est justement cette nécessité d'amasser pour les enfants^ et aussi celle de tenir son î\ing\ Il appartient aux mères de ne pas se laisser illusionner par des apparences de justice, et de donner à leurs enfants des exemples dont ils se souviennent plus tard en matière d'aumône et de charité.

D'ailleurs, l'aumône a des formes diverses, nous l'avons dit. Telle femme qui ne peut disposer de beaucoup d'argent pourra donner son temps en transformant des vêtements hors d'usage, en visitant, en soignant des malades, et enfin, en exerçant la charité envers les âmes. Celle-là, du moins, est à la portée de toutes. Elle comprend tant de choses ! Instruire les enfants moralement abandonnés, les préparer à la première communion, c'est déjà une des œuvres les plus belles de notre temps, et Ton peut y associer les jeunes filles ; suggérer un bon

conseil, prévenir une faute, donner des leçons à qui n'en peut payer, en sont d'autres bien utiles aussi. Charité encore de consoler les affligés, de distraire ceux qu'accable le fardeau de la vie ou de la maladie, de faire une lecture à un aveugle, de supporter un importun. Tout cela, on le fait sans fortune ; on doit y habituer les enfants dans la mesure convenable^ et on les forme ainsi à ce don de soi, plus intime, plus méritoire aussi que le simple don de l'argent.

l'exemple

Enfin, et je termine par là, il y a la charité de l'exemple. Il faut apprendre à vos filles que l'exemple est le grand apostolat comme il peut être le grand scandale du prochain. Mais pour achever cette éducation d'âme qui est le couronnement aussi bien que le fondement de votre œuvre, vous devez vous-même, de toute nécessité, leur prêcher d'exemple.

« Votre famille, écrivait saint François de Sales, aimera votre dévotion si elle vous reconnaît plus soigneuse de son bien, plus douce aux

Le fiiiiiinismo ,v!0

occurences des affaires, plus aimable à reprendre^ et ainsi du reste; monsieur votre mari, s'il voit qu'à mesure que votre dévotion croît, vous êtes plus cordiale en son endroit et plus souève en l'affection que vous lui portez; messieurs vos parents et amis, s'ils reconnaissent en vous plus de franchise, de support et de condescendance à leurs volontés qui ne sont pas contraires à celles de Dieu. Bref, il faut, tant qu'il est possible, rendre votre dévotion attrayante (i i. »

Une dévotion attrayante 1 C'est peut-être là ce qui attirera le mieux l'âme de vos enfants, et qui les attachera le plus solidement à la piété. Tant de mères revêtent leur dévotion de leur mauvais caractère, de leur hun\eur grondeuse, de leurs caprices, de leur raideur ! Et les pauvres enfants, qui ne savent pas démêler, attribuent à la piété ce qu'elle abhorre et repousse. ' Comment, dès lors, ne s'en éloigneraient-ils pas ? i

En vous transmettant ce conseil de saint François de Sales, ce sont vos filles que je vise encore. Montrez-leur une dévotion attrayante, et l'éducation de leur âme sera à moitié faite.

(i) Saint François de Sales, — Lettre à la Présidente Brûlent.

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