‹ Le Fer rougeChapitre 6 sur 24 · LACHE · texte numérisé non relu

LACHE

Un tel homme suffit pour qu'un siècle pourrisse Victor Hugo, Léjende des sièclet.

On ne le croyait pas si lâche, en vérité ! On le savait menteur, voleur, fourbe, effronté, Assassin. On n'avait pas oublié ses crimes: On le savait expert en ces louches escrimes Des trahisons par qui l'on se sent enlacé. Bien que, Morny défunt, il eût parfois baissé, Et bien qu'il se montrât un peu moins fataliste, N'étant plus soutenu par ce vaudevilliste, Il donnait sa parole assez impudemment, Il ne reculait pas devant le faux serment,

l8 LE FER ROUGE

Et les jours où Ricord lui disait : « Le mercure,

Sire, accélérera promptement votre cure, »

Il disait assez bien, de l'ordre : a J'en réponds! »

Et Rouher, Ollivier, tout le clan de fripons,

Se sentaient plus d'aplomb devant son assurance.

Ils le flairaient. L'odeur n'en semblait pas trop rance.

On pouvait supposer encor dans ce vieux cœur

Un restant d'énergie, un soupçon de vigueur.

On a vu des brigands courageux, et Cartouche

Se défendait avec une âpreté farouche ;

Mandrin faisait payer cher sa peau ; les bandits

De Corse sont des gueux atroces mais hardis,

Qui crèvent dans les trous des rochers mais les armes

A la main, et faisant reculer les gendarmes.

Eh bien! on se trompait : il est lâche. Il se rend

Sans avoir combattu, furtif, honteux, foirant

Dans son habit doré d'écuyer quadrumane.

C'est un lâche. Voilà ce qu'il est. Il émane

Des miasmes de lui trahissant le poltron.

C'est un lâche. Son air, sa face de citron

Le disaient. Il n'avait que cela de sincère,

Mais il est lâche plus qu'il n'était nécessaire.

Ceux que son nom dupait encor sont confondus.

Les aigles du premier Bonaparte, éperdus,

Désertent la Colonne et cherchent une mare.

Napoléon, ce bruit d'airain, ce tintamarre,

Ce fracas, aujourd'hui, répond à lâcheté !

Les Châtiments, ce livre où le vers irrité

Devient un justicier, et prend cet affreux drôle.

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