‹ Le Fer rougeChapitre 9 sur 24 · LAON · texte numérisé non relu

LAON

C'est Strasbourg calme sous les bombes

Qui chaque jour ouvrant des tombes,

Passent foudroyantes dans l'air ;

Noble cité qui se résigne

A la mort, et veut rester digne

De ses fils, Ulrich et Kléber !

C'est Toul, c'est Phalsbourg et Mézières

Qu'entourent de rouges lisières

Faites de mitraille et d'obus ;

C'est Montmédy, c'est Metz qui raille,

Du haut de sa forte muraille,

Les Prussiens déjà fourbus.

Elles veulent bien disparaître, Mais non pas laisser un nom traître.

Elles sont hautaines. Leur front Indomptable auquel l'atmosphère Fait une couronne, préfère Les cicatrices à l'affront.

Elles sont l'honneur et l'exemple De l'univers qui les contemple.

Leur sang, qu'il est pur et vermeil !

Coule par de noires blessures, Mais leur joue est sans flétrissures, Mais leurs yeux sont pleins de soleil.

Elles protègent, ces pucelles, La terre sacrée, entre celles

Dont le nom veut dire grandeur.

Aux loups du Nord, pleins de cyniques Appétits, leurs blanches tuniques Imposent encor la pudeur.

O villes saintes, ô martyres!

Vous dont les suaves sourires Font baisser les yeux aux bourreaux, Oh ! quel pieux pèlerinage Le monde fera, d'âge en âge, Chez vous, nourrices de héros!

Mais à côté de ces guerrières, Il est d'autres villes moins fières, Bourgeoises dont Tunique plan Est de vivre en paix dans la honte.

Et de lécher la main qui dompte : N'est-ce pas, ô cité de Laon ?

Bah ! que t'importe l'infamie, Pourvu qu'on te laisse endormie Dans ton égoïsme ouaté !

La gloire, quelquefois, ça coûte, Et c'est du sang qu'il en dégoutte ; C'est pénible, la liberté.

Pourquoi ne pas vivre à son aise, Loin du bruit et de la fournaise?

A quoi bon se brûler au feu ?

L'ennemi n'est pas si farouche ; Il veut s étendre dans ta couche, Pourquoi l'en empêcher, bon Dieu !

Laon est une fille publique

Qui veut bien rire, et ne s'explique

Nul de ces refus violents

Que d'autres villes font entendre.

Enfin, puisqu'elle veut bien tendre

Sa lèvre aux baisers des uhlans !

Ça l'irrite qu'on la défende, Cette catin ; elle appréhende Les gros mots de son Prussien.

Il pourrait la battre. Eh ! qu'a-t-elle Donc à risquer? Sa fange est telle, Qu'elle n'a plus d'honneur ancien.

Ville prudente, ville infâme, Ah ! ville sans cœur et sans âme!

J'espère qu'on va te rayer Du nombre des cités de France; Puisque tu mens à l'espérance, Que tu ne sais que t'effrayer,

Que ta citadelle écroulée Atteste, sombre et désolée, Qu'au moins un Français était là, Qui n'acceptant point ta défaite,

Se fit de la mort une fête, Le jour où Laon capitula ;

Et que désormais, sur ta joie, Sur ta paix hideuse, l'on voie, Terrible, la foudre à la main, Crachant sur ta lâcheté blême Un flot de cendre et d'anathême, Le froid justicier Thérémin...

^J septembre.

Ce général n'a pas fait sauter la citadelle de Laon; nul ne l'ignore aujourd'hui. On aurait voulu croire à un acte d'héroïsme; ce n'a été peutêtre qu'un accident. — Les dates de composition des pièces du livre expliquent assez quelques erreurs ou illusions de ce genre.

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