CHAPITRE II
Rhiniles purulentes
La rhinite purulente peut être l’aboutissant de toutes les rhinites aigues ou chroniques. Mais nous avons déjà convenu de rassembler sous cette dénomination celles seulement, où une lésion antérieure mais plus ou moins passagère de la muqueuse, favorisait l'infection. Et ainsi, nous traiterons les rhinites ulcéreuses, traumatiques ou non, les rhinites hypertrophiques, celles consécutives aux polypes, voire à la tuberculose, tandis que l’ozène, reposant sur une altération durable de la muqueuse fera l’objet du chapitre suivant.
À chacune des causes de rhinite purulente se rattache une symptomatologie propre à laquelle s’ajoute la purulence.
Parfois elle est telle que les sécrétions sont directement visibles aux narines comme il arrive si
22e Agrae
souvent chez les enfants mal tenus. C’est un mucopus épais, dont la couleur varie de la teinte grisâtre à la teinte jaunâtre et verdâtre. S'il arrive à obtruer la lumière, sa présence cache soit les uleérations causales, soit les hypertrophies de cornet ou les corps étrangers qui rendent l'expulsion spontanée des sécrétions plus difficile encore.
Dans de tels cas, la bactériothérapie ne saurait prétendre amener à elle seule la guérison. Il sera. nécessaire de nettoyer la cavité à l’aide d’antiseptiques ou de solutions salines dont l’action favorable sera déjà très appréciable. Il faudra procéder aussi à l’ablation des corps étrangers cause de traumatisme et de rétention, à celle des polypes s’il en existe, à la cautérisation des cornets, enfin, de façon générale s'attaque à la cause. Alors seulement on peut s'adresser au ferment lactique pour désinfecter et cicatriser la muqueuse pituitaire.
Très souvent aussi, l'écoulement purulent est en si petite quantité qe’il n’attire pas l'attention. On le constate en même temps qu'une hypertrophie du cornet ou à l'examen rhinoscopique fait pour une autre cause, sous forme de filaments tendus d’une paroi à l’autre ou accumulés sur le plancher. Les applications immédiates de ferment lactique en ont facilement raison.
Les observations que nous rapportons ont pour objet des cas semblables, nous y avons procédé comme nous venons de lindiquer et dans toutes, nous avons pu remarquer une disparition rapide de -
Se ‘ ON #0” l l'odeur désagréable qui existait, puis de la suppuration elle-même. Nos essais ont porté sur un grand nombre de Sujets, mais tous ne sont pas venus LOuS revoir et nous ne voudrions pas en conclure trop prématurément qu'ils n'avaient plus besoin de s Soins.
OBSERVATION VIII (personnelle)
(Rhinite purulente avec ulcérations traumatiques)
Le 4 avril 1911 le nommé René L.., âgé de 17 ans vient nous consulter à Saint-Jacques pour la première fois. Il mouche continuellement du pus des deux côtés.
Du côté droit après avoir débarassé la cavité par des tampons imbibés d’eau oxygénée, du pus vert et des croutes désséchées qui l’obstruent, nous voyons sur l’aile du nez en avant du cornet inférieur une ulcération longue de I1Cm. sa surface Saigne parcertain points et présente du pus adhérent en d’autres points, le contour en est irrégulier.
Du côté gauche sont deux petites ulcérations sur la éloison, d'aspect analogue à la précédente, avec trainée de pus et tâches de sang provoquées par le détachement des croûtes enlevées tout d’abord.
Le reste des cavités est un peu plus rouge que normalement surtout sur le cornet inférieur et le plancher, Le malade avoue s’être gratté beaucoup le nez avec ses mains malpropres pendant ses occupations. |
Le rhino-pharynz, les piliers et les amygdales ne présentent qu’un état congestif général.
Nous faisons sur le champ, un double pansement à l’eau oxygénée qui débarrasse les cavités de tout le pus qu'elles contiennent, nous ordonnons une application de vaseline simple matin et soir, et dans la journée 5 prises de ferment lactique en poudre.
7 jours plus tard, le malade revu ne présente plus trace de suppuration, ses ulcérations sont cicatrisées et le reste
des cavités est décongestionné.
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OBSERVATION IX (personnelle) (Rhinite purulente et corps étranger)
Juliette L..., âgée de neuf ans, nous est amenée par sa mère le 19 juillet 1911 parce qu'elle mouche du pus du côté gauche de façon abondante. Elle ne peut respirer ni
souffler de ce côté et ressent des douleurs sourdes. s’irradiant vers la racine du nez et le front, que la palpation exagère. |
À l'examen, le stylet ne passe pas, il rencontre un corps dur et régulier, sonnant sec. On peut alors extraire un bouton de bottine qui serait en place depuis plus de trois mois.
À ses points de contact avec la muqueuse, sur la face convexe du cornet inférieur, existe une large ulcération de contour régulier. |
Elle est immédiatement touchée à la teinture d’Iode et l’on prescrit des applications de vaseline et cinq prises de poudre de ferment lactique.
Le 26 juillet, c’est-à-dire 7 jours plus tard, la sécrétion d’épaisse et jaunâtre qu’elle était au début, est devenue beaucoup plus fluide quoiqu’encore abondante, L'ulcération du cornet n’a pas complètement disparu, ce qui en reste présente une surface macérée, il n’y a plus de douleur. Les prises sont continuées.
Le 2 août la malade revient absolument guérie quant à
l’ulcération et à la suppuration.
OBSERVATION X (personnelle) (Rhinite purulente et ulcéreuse double) Le nommé Louis C, mécanicien, 19 ans, vient consultet
le 27 juin 1911 pour une sécrétion très abondante surtout
du côté gauche et existant depuis des mois,
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Le nez est d'abord détergé par des pansements d’ouate trempée dans l’eau oxygénée. Après quelques minutes, le pus étant enlevé, on peut voir à droite deux petites ulcérations rapprochées probablement traumatiques, sur la face convexe du cornet inférieur, mais rien sur la cloison. A gauche sont de semblables ulcérations sur la cloison et la face convexe du cornet inférieur peu hypertrophié.
On ordonne cinq prises quotidiennes de ferment.
Le 6 Juillet, le malade reviént. La secrétion purulente est complètement tarie. La muqueuse de droite parfaitement cicatrisée, lisse mais congestionnée. Du côté gauche subsistent deux petites ulcérations sèches sur le cornet inférieur. Un nouveau pansement à l’eau oxygénée est fait et les prises sont continuées. :
Le 30 juillet il se trouve très bien. Il a cessé les prises depuis 3 jours et à l'examen ne montre plus trace de pus
ni d’ulcérations.
OBSERVATION XI (personnelle) (Rhinite purulente et hypertrophique)
Le nommé Charles P., employé aux postes, âgé de 32 ans, vient consulter le 24 janvier I9TI.
À droite, l'hypertrophie du cornet inférieur est assez marquée, il vient presque toucher la cloison et délimite une fente olfactive remplie d’une sécrétion épaissie jaunâtre.
À gauche le cornet est congestionné sans hypertrophie notable. La secrétion purulente est aussi abondante et de même nature.
Le début de la gêne respiratoire remonte à plusieurs
Semaines, suite de grippe probablement.
L'état général est bon, pas de bacillose, le sujet a contracté au régiment une syphilis dont il n’a trace actuellement. : £
Dans le rhino-pharynx, se voit une suite de [a congestion nasale, avec des piliers rouges, des amygdales cryptiques enchatonnées. Le fond du pharynx est tapissé de mucosités épaisses, désséchées en longues frainées jaunâtres. Rien aux oreilles qu’une très légère congestion du manche du marteau.
Fenez-est d’abord détergé par des pansements d’eau oxygénée. Après quelques minutes, le pus est enlevéet on constate surtout à droite de très petites ulcérations rapprochées et sises sur la face convexe du cornet inférieur.
Le malade prend cinq fois par jour la poudre de ferment lactique et revient sept jours plus tard beaucoup moins abondante. de
À ce moment, la cautérisation des cornets lui'est propo-
sée et l’effraie à tel point que nous ne le revoyons plus.
OBSERVATION XII (personnelle)
(Rhinite purulente et hypertrophique double)
Odette R, fillette de 7 ans, vient le 11 septembre ro9tt à la consultation de l’hôpital St-Jacques. -
Le visage pâle, la bouche entr'ouverte et la lèvre inférieure pendante, l'air un peu hébété, elle présente tout le faciès adénoïdien.
Du pus vert épais se montre aux orifices des deux cavités. Elle semble ne pas respirer du tout avec le nez et la
mère dit qu’elle ronfle et tient toujours la bouche ouverte
pendant son sommeil.
L'examen rhinoscopique montre le nez en partie obstrué par une hypertrophie énorme des cornets inférieurs des deux côtés, le pus tapisse la cloison et le cornet et ferme ce qui reste de perméable. Il coule abondamment sur le plancher.
Du côté buccal, la voûte est un peu décolorée et de forme ogivale, les amygdales sont énôrmes, et le toucher fait sentir sur un cavum en voûte de cathédrale de nombreux paquets adénoïdiens s'étendant aux parties latérales.
Le 15 il est procédé à l’ablation des végétations adénoïdes et des amygdales.
Le 22, l'état de la gorge semble satisfaisant, mais le nez n’a pas changé. |
Nous ordonnons des applications de pommade mentholée 3 fois par jour, mais l’enfant s'y refuse énergiquement.
Nous faisons prendre alors cinq prises de ferment lactique chaque jour. Sous l'influence de ce traitement la purulence cède rapidement et complètement, et le 29 septembre, soit après 7 jours de ce traitemeut, la guérison semble
complète.
OBSERVATION XIII (personnelle).
(Rhinite purulente et hrpertrophique double)
René B... garçon de bureau, âgé de 30 ans, vient le 30 janvier 1911, parce qu'il souffre de maux de tête fréquents et éprouve souvent une grande gêne à respirer avec le nez. Tantôt cette gêne prédomine à gauche et tantôt à droite. La moindre exposition, au froid est pour lui une cause de COryza.
À l'examen, la cavité droite montre une hypertrophie
considérable du cornet inférieur avec coloration rouge, un
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écoulement purulent s’accumule sur le plancher et quel. ques croutes adhèrent au cornet. Du côté gauche l'état est analogue avec moins de rougeur de la muqueuse en général ainsi que du cornet.
La rhinoscopie postérieure montre des queues de cornet peu hypertrophiées, mais pâles et de teinte grisâtre.
Le pharynx est un peu rouge et les amygdales normales.
Des prises de ferment lactique sont ordonnées au nombre de cinq par jour.
Le 7 mars HUE le malade revient. Il a suivi régulièrement son traitement, la purulence et la congestion n'existent plus et en deux séances de galvano-cautérisation
on vient ensuite à bout de l’hypertrophie des cornets.
OBSERVATION XIV (personnelle)
(Rhinite purulente et laryngite bacillaire)
Le 12 mars 1911, Charles le M..., âgé de 39 ans, cantonnier, est en traitement à l'hôpital St-Jacques pour une bacillose pulmonaire au 3° degré.
On nous l’amène parce qu’il souffre pendant la dégluti-
. tion et ne parle plus que tout bas.
Nous pouvons voir l’épiglotte infiltrée, la glotte obstruée.par un muco-pus blanchâtre, et des ulcérations se rejoignant et occupant les cordes vocales à la région intérarytéroïdienne.
D'autre part le voile du palais, la voute et le pharynx sont pâles et décolorés dans leur ensemble, ce dernier avec des mucosités blanches et épaisses,
Dans les fosses nasales de semblables mucosités sont ac-
cumulées sur le plañcher surtout à gauche, la muqueuse pituitaire est décolorée, le cornet inférieur quoique d’un volume normal, touche à la cloison déviée de ce côté. Du côté droit même aspect de la muqueuse avec moins de suppuration et respiration plus facile.
Le malade est mis au traitement spécial pour son larynx et bien qu'il se plaigne guère de son nez, nous lui ordonnons les cinq prises quotidiennes de ferment lactique.
Le 19 mars il revient nous voir. L'état du nez est sensiblement amélioré quant aux sécrétions ainsi que l’état du pharynx supérieur. À
Le 23 il ne reste plus rien que le gène due à la déviation de la cloison, mais le malade meurt du fait de l’évolution
de bacillose pulmonaire et avec ses lésions laryngées.
= OBSERVATION XV (personnelle)
(Rhinite purulente et polrpes muqueux )
Le nommé Paul X.., 32 ans, vient consulter le 7 mai 1911 pour la gêne qu'il éprouve à respirer avec le nez, gêne qui persiste lorsqu'il vient de se moucher, surtout du côté gauche. L’odorat est très diminué et le malade ronfle en dormant.
À l'examen, la cavité nasale gauche se voit obstruée par plusieurs petites tumeurs accolées ensemble, d’ aspect gris rosé à la partie supérieure et recouverte du pus jaunâtre à la partie inférieure. Du pus de même aspect recouvre aussi la cloison et le plancher de la cavité gauche. Le stylet permet d'apprécier la molesse de ces tumeurs et leur mobilité parfaite. Le cornet inférieur est hypertrophié mais peu coloré
et réagit à la cocaine.
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Du côté droit l'écoulement de pus existe en moindre
: 4 “quantité, le cornet est dans un état analogue à celui du
côté gauche et rétrécit la lumière.
La rhinoscopie postérieure montre mieux encore les polypes qui obstruent complètement l'orifice postérieur gauche.
Le voile est un peu décoloré, le rhyno-pharynx est tapissé d’un muco-pus vert et les amygdales sont normales.
En trois séances il est procédé à l’ablation des polypes. Le 28 mai soit huit jours après la dernière, persiste une sécrétion puüriforne assez abondante à gauche avec odeur fade.
Nous ordonnons les prises de ferment lactique.
Le 16 du mois suivant. le malade revient absolument guéri de l’odeur et de la sécrétion depuis déjà plusieurs
jours.
OBSERVATION XVI (personnelle)
| Rhinite purulente avec hypertrophie du cornet supérieur
-droit ct dégénérescence du cornet inférieur gauche
Madame BI., âgée de 31 ans, vient consulter le 23 sep-
tembre 1911 à l'hôpital Saint-Jacques.
Elle se plaint de crises d’oppression assez fréquentes et de
gêne respiratoire des voies nasales. { L'examen nous montre du côté droit une congestion de la muqueuse pituitaire avec hypertrophie du cornet inférieur, et des sécrétions muco-purulentes tapissant la face convexe du cornet et le plancher. Du côté gauche, le cornet inférieur présente une teinte blanchâtre avec un peu d’hypertrophie, mais il est encore rétractile à la co-
caine. Peu de sécrétions purulentes.
LMD
Le pharynx montre des amygdales cryptiques et un fond tapissé de mucosités.
Depuis le mois de septembre, cette malade a été traitée par les pansements d'eau oxygénée et, matin et soir, par la pommade mentholée, seul traitement accepté.
La suppuration a subi des alternatives d'augmentation et de diminution, mais le nez est resté embarrassé et presque tous lès matins surviennent encore des crises d'oppression.
Le 1°” mars 1912, nous ordonnons des prises de ferment lactique et le 8, la malade nous dit n'avoir pas eu de crises et respirer mieux. De fait la muqueuse est rose au lieu de rouge vif, l'hypertrophie a beaucoup diminué et la suppuration a cessé.