LE COMTE.—MICHEL, LE COMTE
Où le vis tu cet Indien ?
MICHEL
Un Iroquois de la tribu des Loups, monsieur le comte. Je l'ai reconnu à son tatouage. Sur le bras gauche, deux cercles: un vert, l’autre bleu. Je suivais un renard, près du Rocher-Fendu. J'allais le tirer, trottinant, quand je le vis, tout-à-coup, obliquer vers la ganche et disparaître. Je me dis qu’il avait dû flairer quelque chose d'étrange. J'y vais. Rien. J'écarte les branches d'un petit cèdre, manie de vieux chasseurs minutieux. J'aperçois derrière, couché dans le creux d’une souche, un Iroquois de la tribu des Loups, de ceux qui vivent de l’autre bord du Jac: sur le bras gauche, deux cercles, un vert l’autre bleu.
LE COMTE :—
Je sais.... Es-tu sûr qu’il dormait ?
MICHEL
Oui bien sûr. Je l'aurais tué comme un chien pour venger mon fils que ces gueux-là m'ont scalpé à la Toussaint d'il y a auatre ans. J'avais saisi mon couteau. Ah! le plaisir de le lui enfoncer dans la gorge et de l'entendre râler ! Mais je me suis souvenu de la défense de monsieur le comte. Ca été dur... (Emu), mais je n'ai pas vengé mon gars !
LE COMTE :—(lui tendant la main.)
Tu fus deux fois courageux, mon ami, et je t'en félicite. Non, tu ne devais pas. Il faut garder nos serments, nous qui nous plaignons qu'ils ne les gardent pas.
MICHEL :— A quoi ça nous sert-il ? A faire tuer nos fieux ?
LE COMTE
Nous leur devons, même à ce prix-là, l'exemple d'une nation civilisée....
(Le comte entre chez lui.)
MICHEL :— Tout de même, il l'a échappée belle....J'ai l'idée
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