D’A VENA Y
Qui?... Eh bien ! ma fille ! '
DE UÉBIEL.
Hein? ta fille? dis-tu... Toi, tu es père?
d’avenay.
Mais, oui, mon ami, je suis père... Père et... veuf.
DE MÉRIEI,.
Tu as été marié?
d’avenay.
Tout ce qu’il y a de plus marié.
DE UÉRIEL.
Mais raconte-moi donc...
Il s’assied sur le fauteail à cAté du piano.
d’avenay, s'asseyant sur le poulf.
Oui, mon cher,et à une femme charmante !... un pauvre ange qui s’est envolé trop tôt; car, veuf à vingt-sept ans, et i)aidessus le marché maître d’une immense fortune, je dt’\a:s fatalement faire ce que j’ai fait.
DE MÉRIEl..
Comment?
d’aven AY.
Eh! sans doute. Il faut, dit-on, que jeunesse se passe; et malheureusement la mienne a commencé à l’ûge où elle aurait dû finir. Afin de rattraper le temps perdu, j’ai beaucoup couru.
DE MÙniEL.
Tu cours même encore.
d’ave N A Y.
Et, je l’avoue à ma honte, j’avais presque oublié que j’étais père, et père d’une grande fille de seize ans, bientôt bonne à marier.
Tu as une fille de seize ans, toi? Mais quel âge as-tu donc?
d’aven A Y.
Est-ce que je le sais? Mais le fait est que cette chère petite vient de tomber tout ù coup dans ma vie... irrégulière.
de MÉRIEL, riant.
Soyons polis...
d’ave NAY.
Et que pour elle il va me falloir rompre avec mes habitudes joyeuses, mener une vie patriarcale, entendre des messes en musique, et donner enfin au monde le spectacle de toutes les vertus.
DE MÉRIEL.
Ah! le fait est que c’est cruel.
D ’a V E N A Y , se lésant.
J’ai déjà eu tout à l’heure un assaut terrible à livrer à la fureteuse indiscrétion d’.Adrienne.
DE MÉRIEL, M! levant.
Ah! elle se nomme Adrienne?
d’ave N A Y.
Ecs lieux, tout remplis de .souvenirs profanes, il m’a fallu les purifier à l’improviste; juge un peu, mels-toi à ma place.
DE M ÉniEt..
.Non, merci. Je ne me sons nulle vocation pour l’emploi des pères nobles, attendu, d’ailleurs, que pour y réussir honorable-
ment il faut débuter d’abord dans l’emploi des maris; à vingt ans, peut-être eussé-je pu y faire mon chemin tout comme un autre; mais aujourd’hui, il serait trop tard, et, je le vois bien, cette carriôre-là m’est fermée... oui, fermée, car la satiété a brisé chez moi le prisme des honnêtes désirs; et quant à mon cœur, il finit de sécher tranquillement entre deux pî^es de Voltaire.
d’avenay.
C’est tout bonnement stupide, ce que tu me débites là. — Comment? enfant que tu es, lorsqu’à peine entré dans la vie... '
DE MÉBIEL, riant et déclamant.
O père de famille! 0 poète ! je t’aime!...
d’avenay.
Mais...
DE MÉRIEI..
Eh! mon ami, il ne s’agit pas de prêcher de paroles, c’est d’exemple qu’il faut prêcher.
- d’avenay, passant à gauche.
C’est vrai. — Oh! je suis littéralement sur des charbons ardents! Si cette tapageuse de Silvia ou quelque autre de nos folles commensales venait s’abattre ici, juge donc. — Oh!... Antonia ici, Laure là-bas, Adrienne entre toutes deux, et puis Mendelssohn, les oiseaux savants... Ah! j’en deviendrai fou !
de MÉRIEL, riant.
Allons, calme-toi.
d’avenay.
Oh! si tu la voyais mon Adrienne!... Mais au fait tu la verras, tu vas la voir.
DE UÉRIEL, vivement.
Non pas.
d’avenay.
Pourquoi ?
DE MÉRIEL.
Ce ne serait pas prudent.
d’avenay.
Tû craindrais de l’aimer?
DE MÉRIEL.
Non, c’est le contraire que je craindrais.
d’aven A Y.
Triple fat !
DE MÉRIEL.
Ce n’est pas de la fatuité, c’est de l’expérience; j’ai remarqué que les cœurs les plus purs et les plus croyants volaient toujours vers les cœurs les plus troublés et les plus impies!... sans doute dans l’espoir de les convertir; non, vois-tu, il y a du missionnaire dans l’amour. — Je ne verrai donc pas ta fille.
d’avenay.
Au fait, j’aime mieux cela; aussi bien j’ai l’intention dq rompre avec vous tous... pervertis... et d’emmener bien loin mon Adrienne, ma fille, (a vec amour» ) Ma fille !... comme ce motlà m’est doux à prononcer!
DE MÉRIEL, riant.
Allons! allons!... je vois que tu te feras très-bien à ton rôle de père.
d’avenay.
Mais, je le crois. — Tiens, je brûle de la revoir!... Va-t’en, hein?
de MÉRIEL, riant.
Patience!... je m’en irai quand tu n’auras plus besoin de moi.
J £ A N 9 entrant au fond»
Trois messieurs viennent d’arriver; l’un d’eux demande M. de Mériel.
D AVENâY, se souvenant.
Ah!
DE MÉRIEL, à Jean.
Faites entrer ces messieurs dans le petit salon. ^
d’avenay, un peu troublé et panant à droite.
En vérité, j’avais oublié cette sotte histoire.
DE MÉRIEL.
Sotte, dis-tu?... Ah!... pardieu!... c’est la première fois que
l.E FEU AU COUVENT.
tu manques de galanterie avec une affaire d’honneur. Allons, allons, bats-loi encore aujourd’hui, lu gagneras ton pari, et nous te canoniserons demain. Je vais rejoindre ces messieurs. Quant aux conditions du combat...
Adrienne parait.