‹ Le feu au couvent comedie en un acte, en prose (volume 2)Chapitre 14 sur 86 · D’AVENAY, ADRIENNE · texte numérisé non relu

D’AVENAY, ADRIENNE

ADRIENNE^ regardant sortir de Mériel et ti*appuyint d’one main sur U table.

Quel est ce monsieur, petit père?

d'âVENAY, un peu inquiet.

Un de mes vieux amis.

ADRIENNE, souriant.

Oh! ohl vieux!...

d’avenay.

Je veux dire un de mes plus anciens amis.

adrienne.'

U est très-bien! Oh! mais... très-bien!

d’avenay.

Ah ! tu trouves que... (a pari.) Est-ce que le coquin aurait eu raison? Demain je le consigne.

ADRIEN NE

Dis donc, père, Je viens de voir arriver trois grands messieurs tout de noir habillés... Est-ce que ce sont des notaii’es?

d’avenay.

Des notaires?... Oui! ils ont à parler à de Mèricl.

ADRIENN E, vonanl à d’Avenay,

Je te dirai que J’ai visité mon pavillon du haut en bas; J’y serai très-bien. Ah! Je te dirai aussi que J’ai fait ma liste, comme tu me l’avais recommandé : la voilà. Je n’aurai plus besoin de rien avant six mois.

d’avenay.

Vraiment?

Ah ! il faut aller à l’économie.

d’avenay, l'adniiranl.

Elle est charmante!... Et dire que c’est ma Allé!... Sais-tu que tu me ressembles?

ADRIENNE

Moi?... Oh! vous avez bien de l’amour-propre.

* d’avenay.

Plaît-il ?

ADRIENNE

C’est pour rire, va; tu es très-bien.

Comme ce monsieur?

ADRIENNE

Presque mieux.

d’avenay, riant.

Attrape, de Mériel!

ADRIENNE

Et quand nous nous promènerons au bois, que notre calô-

che nous suivra au pas, et que je serai à ton bras, comme ceci, parole d’honneur, je serai fière de toi!

d’avenay.

Cher petit démon !

ADBIENME.

Que dis-tu ?

D*AVENAY, avec amour.

Je dis... je dis que tu m’as déj.\ ensorcelé et que je n’avais pas éprouvé depuis bien longtAnps un sentiment aussi doux que celui qui remplit aujourd’hui mon cœur.

C’est gentil ce que tu me dis là. Mais ce sentiment-là, s’il y a longtemps que tu ne l’as éprouvé , entre nous, c’est bien ta faute.

d’ave N AY.

Ne gronde plus.

ADRIENNE

Non, non ; c’est fini ! Mais tu ne le feras plus?

d’avenay.

Plus jamais, je te le jure. D’ailleurs, tu ne retourneras pas au couvent.

ADRIENNE

Oh ! non. •

d’avenay.

Tu es une grande demoiselle maintenant; tu as seize ans, tu es bientôt en âge d’être mariée.

Il s'assied sur le fauteuil à côté du piano*

ADRIENNE

Oh ! cela ne presse pas.

d’avenay.

Soit. Mais, cependant...

ADBIENNE.

Vous avez donc bien hâte de vous débarrasser encore de moi?

d’avenay.

Par exemple I Mais nous ne nous quitterions pas pour cela ; nous pourrions vivre tous ensemble... (a«c on peu d’embarms pour ce qui suit.) L’hûtel est assez grand... môme... pour deux ménages...

ADVIENNE

Pour deux ménages I Que veux-tu dire?

d’avenay.

Je veux dire que... si... quelque jour... je me décidais, par hasard, à me... remarier...

ADRIENNE

Est-ce que tu y as songé?

d’avenay.

Peut-être.

Ah!

d’avenay.

• Est-ce que cela te fâche?

ADRIENNE

Non; mais...

d’avenay.

Mais?

ADRIENNE

Rien. Et... dis-moi, père... as-tu déjà jeté les yeux sur quelqu’un ?

d’avenay.

Oui, je te l’avoue... J’avais jeté les yeux sur une personne une jeune veuve pleine de distinction, de qualités...

ADRIENNE , boudant.

Ah! c’est fâcheux.

d’avenay.

Que cette dame ait des qualités?

Non. Continue.

d’avenay.

On ne lui reproche qu’un petit défaut...

LE FEU Al) COUVENT.

ADRIENNE) s*as»oyan( vivement sur te pouiï*

Un défaut! lequel?

d’ave N AY.

Celui d’aimer un peu trop le monde, qui, du reste, le lui rend bien; car elle y est recherchée, adulée!...

^ ADRIENNE

Et c’est cette pei-sonne-là que... Quel âge a-t-elle? d’avenay.

Vingt-quatre ans.

ADRIENNE

Et... elle se nomme?

d’avenay.

Madame d’Alizy.

ADRIENNE, jojeusc .

Madame d’Alizy! oh! je la connais.

d’ave N AY.

Tu la connais?

ADRIEN ne.

Oui. Celte dame est venue plusieui-s fois au couvent pour voir une de mes compagnes... qui ne pouvait pas la souffrir.

d’aven a y.

Et pourquoi?

A DR IENNE.

Parce qu’elle la jugeait ce que nous l’avions toutes jugée nous-mêmes, c’est-à-dire impérieuse, hautaine, et d’une coquellcrie!... Crois-moi, petit père, ce n’est pas la feminequ’il te faut.

d’avenay.

Voyez-vous cela !

ADRIENNE

Tu ne serais pas heureux avec elle.

d’avenay.

En vérité?

ADR IENNE.

Si lu tiens absolument à te remarier, je te marierai, moi ! d’aven AY.

Toi ? Ah ! ah ! ah !

ADRIENNE

Ne ris pas; c’est un projet qui me préoccupe beaucoup et depuis bien longtemps. J’aurais préféré te garder pour moi toute seule; mais si tu dois prendre une femme, je veux , du moins, que tu la prennes de ma main.

d’avenay.

C’est entendu!

ADRIENNE

Ne ris pas. La personne que je... te destine se nomme mademoisellede Serney : elle a vingt-cinq ans; c’est la 611e d’un général de division qui, restée orpheline, s’est trouvée réduite à la triste condition de sous-maîtresse. Tu m’écoutes bien, n’est-ce pas?

d’avenay, riant.

Certes I

ADRIENNE

Ne ris pas !... C’est une personne fort jolie, très-bien élevée, et qui, depuis que je suis au couvent, a été sans cesse mon bon ange, ma providence. C’est-à-dire que, si elle était moins jeune, je dirais qu’elle a été pour moi une seconde mère... Ah ! tu ne ris plus?

d’avenay.

Non, sans doute ; mais cependant, tu m’avoueras que ce n’est pas une raison pour que... Enûn, je ne la connais pas, moi, cette demoiselle; je... je ne l’aime pas; tandis que madame d’Alizy...

ADRIENNE

Mais puisque je te dis que tu ne serais pas heureux avec elle!...

d’aV E N AY.

Tu me dis!... lu me dis!... moi je ne suis pas forcé de le croire.

ADRIENNE, 86 letatil.

D’abord, j’aurai bien du chagrin si tu épouses cette femmelà... ^

d’avena-y.

A-t-on jamais vu ?

ÂDRIENNE, frappant du pied.

Je veux que tu épouses ma bonne amie.

d’avenay.

Ah ! c’est trop fort !... Eh bien ! si je voulais , moi , que tu épousasses mon bon ami le vieux référendaire, qui loge dans l’hôtel à côté?

ADIUENNE.

Ce n’est pas la môme chose. Je ne te propose pas un vieux référendaire, moi.

d’avenay.

Mais, enfin...

ADRIENNE) f"ns Técouter et le caressant.

Elle est si bonne, ma Gabriellc!...

d’avenay. '

Je ne dis pas qu’elle soit méchante, mais...

ADIUENNE , de même.

Quand j’étais malade, elle ne me quittait pas... elle passait toutes les nuits à mon chevet.

A ton chevet?

ADRIENNE

Lorsqu’en comparant mon abandon au sort heureux de mes compagnes, j’avais le cœur bien gros, c’était elle qui me consolait et me i-endait le courage.

d’avenay.

Ah!

ADRIENNE

Les jours de grande fête, alors que toutes s’en allaient une à une avec leurs familles et que je reslais seule dans ce triste couvent, c’était elle qui venait s’asseoir auprès de moi sur le banc solitaire où je pleurais tout bas, et c’étaient ses baisers qui essuyaient mes larmes.

d’avenay, ému.

Vraiment?

ADRIENNE

Et enfin, quand je t’accusais, c'était elle encore qui te défendait. Ail! tiens, lu es un ingrat!

Elle descend en scène.

D'aVÉNAY y w levant et la prenant dans ses bras.

Gabriellcl (sc rq.rcnani.) AcIHcnnc!

ADRIEN NE, virement.

Ah! liens, lu l’aimes déjà; car déjà lu nous confonds toutes deux.

d’aven AY.

II est certain que..: c'est un bon cœur; mais enfin... cependant...

ADRIENNE

Oh ! dis-moi que tu l’aimeras?... Si lu étais son mari, je ne la quitterais plus jamais; ef, d’abord, vois-tu, je ne pourrais pas plus vivre loin d’elle que loin de toi. Je mourrais de chagrin.

d’avenay.

Mourir 1 toi 1 Veux-tu te taire, méchante enfant!

ADRIENNE. ;

A quand le mariage ?

d’avenay, pusuit à droite.

A quand? à quand? Mais que diable! ça ne s’est jamais vu cela ! Ce ne sont pas les filles qui marient leurs pères, ça ne se fait pas, mademoiselle!

ADR] ENNE

Bah I pour une petite fois...

d’avenay.

Il faut au moins que je la voie.

Tu la verras.

d’avenay.

Ah! tu y consens? c’est encore heureux. Et puis, faut-il encore... que ma personne....

adrIenne.

Ohl elle te connaît, et je te réponds de son consentement. d’avenay.

Ah! il paraît que l’affaire est en bon chemin?

ADR IENNE.

Elle est plus d’à moitié faite. Gabriclle, en quittant les dé-

combres, s’est retirée chez une vieille tante... Je t’y conduirai.

d’ave N AV.

Et tu feras la demande ?

ADBIENNE.

Et Je ferai la demande. ■

d’aven A Y.

Alors, comme cela, décidément, ma vie ne m’appartient plus?

ADRIENN^.

On ne doit pas vivre pour soi, monsieur.

D’a VENAY.

Eh bien I voilà un précepte commode pour les autres.

ADRIENNE, l'enlaçuit de set deux bras.

Je t’aime I

d’avenay.

Va, va, tyran ; charge-moi de chaînes ! (n l’embnsse. a paît.) Mais j’entends du bruit.

ADRIENNE, éeouUnt aussi.

Voilà tes notaires qui s’en vont. Ton vieil ami a peut-être à te parler?

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