‹ Le feu au couvent comedie en un acte, en prose (volume 2)Chapitre 19 sur 86 · LE FEU \U COUVENT · texte numérisé non relu

LE FEU \U COUVENT

DE MÉRIEL, emburassé.

Mais...

ADRIENNE

Conduisez-moi près de lui; voulez-vous?

DE MÉRIEL.

Mais, mademoiselle, j’ignore complètement...

Oh! je suis bien sûre que non. — Où est-il? dites!

DE MÉRIEL, Irès-lroublë.

Je vous jure...

ADRIENNE^ avec une insistance d'enfant.

Dites-moi où il est, et je vous donnerai quelque chose ; tenez, cette bague-lA. (eu* s'assied sur le canapé. ) Voyons 'si elle vous irait... Oh! oui, car vous avez la main petite (oe Mériei va près d'elle ei se lient debout.) Donnez-moi votre main. Tiens, vous avez déjà une bague. — Oh! les jolis cheveux blonds! Ce sont des cheveux de votre mère?...

DE MÉRIEL.

Oui. (a part.) Doux instiuct du cœur! C’est pourtant la première femme, parmi celles que j’ai rencontrées, qui ait deviné cela.

ADRIENNE

Voici la neige qui tombe!

DE HÉRIEL, i part, regardant sa montre et allant vers la gauche.

Ik sont aux prises maintenant.

ADRIENNE, dont riniiuiélude augmente à chaque minute.

Est-ce que les pendules vont bien, ioi?

DE MÉRIEL.

Pardonnez-moi; elles avancent.

ADRIENNE

Vous dites cela. (Elle s'assied sur la petite cbaise près de la table. — Après un

temps.) Quelles sont vos occupations, à vous, monsieur?

Mes occupations?.., mais je n’en ai pas.

CoQiment?

ADRIENNE

D£ HÉBIEL, souriant.

Je ne fais rien du tout.

ADRIENNE, distraitu.

Vous vous amusez donc toujours? Oh! comme vous devez vous ennuyer !... Est-ce que mon père ne fait jamais rien non plus?...

DE MÉRIEL, vilement.

Pardon, mademoiselle... Oh! il travaille beaucoup, lui!

ADRIENNE

A la bonne heure! On se doit à son pays.

DE MÉRIEL, riant.

Eh bien, je tâcherai de me rqndre utile, je vous le promets.

Merci.

ADRIENNE

DE MÉBIEL, à part*

La ravissante personne!... C’est que je ne trouve rien à lui dire... J’ai peur de lui sembler bête en voulant être spirituel.

ADRIENNE

Vous montez souvent à cheval, monsieur?

DE MÉRIEL.

Tous les jours.

ADRIENNE

Oh! vous seriez bien bon d’engager mon père à me faire donner des leçons... Nous irions nous promener tous les trois.

DE MÉRIEL.

Je m’engage à lui en parler.

La pendule sonne une demie.

ADRIENNE, ramenée tout i fait à «es craintes.

Quatre heures et demie !

LE FEü \U COUVENT.

DE UÉRIEL, à part.

Le COmbsit est terminé meintenSDt... (Cb«r«litnt à cacher >oa trouble.)

Le temps vous semble bien long, mademoiselle?...

ADBIENNE.

Oh I oui, monsieur l

DE HÉRIEL, à part.

Quelle naïve créature !

ADRlENNEÿ qui a tiré un médaUlon de »on sein.

Voyez-vous comme elle était jolie, ma pauvre mère !

Oui.

DE UÉRIEL.

ADRIENNE, dont d’agitation augmente peu à peu.

Mais il ne va donc pas revenir! La neige tombe toujours, il va avoir froid. Il faut remettre du bois au feu pour quand il rentrera.

. Elle va à la cheminée.

DE UÉRIEL, à pari.

C’est singulier!... Je ne sais ce que j’éprouve; mais c’est la première fois de ma vie que je me sens aussi troublé, aussi ému. Mais alors, elle ne serait donc pas morte, la -petite béte, comme dit l’auteur de Musette.

ADRIENNE

Musette! qu’est-ce que c’est que Musette, monsieur?

Elle ce rapproche de lui.

Une romance.

DE UÉRIEL.

Oh ! chantez-la moi !

DE UÉRIEL.

Que je vous la chante, mais.... (a part.) Mais, mais c’est impossible ; elle n’a pas été faite pour les couvents.

ADRIENNE, qoi oat allée an piano.

Eh bien! vous ne venez pas?

DE UÉRIEL.

Mon Dieu! mademoiselle, excusez-moi... mais cette romance... je l’ai oubliée.

ADRIËNNE, rctomiMiit dani u riverie.

Ah ! c’est dommage I

DE MÉRIEL, à part*

Pauvre petite! voilà sa pensée qui recommence à prendre le deuil.... Oh! il faut à tout prix.... (Haui.) Mademoiselle, je ne me souviens plus de celte romance... mais si vous désirez que nous fassions de la musique, il est facile de...

Non, merci!

DE MÉRIEL.

Si vous le préférez, j’irai vous chercher quelques livres dans la bibliothèque!

ADRIENNE

Excusez-moi, monsieur... mais je ne pourrais pas lire, (jeunt

les jeux sur la bague de de Hériel, qui appuie sa main sur le fauteuil, près du piano.) Est—

ce que vous aussi, monsieur, vous avez perdu votre mère?

DE MÉRIEL.

Oui, mademoiselle.

ADRIENNE

Je vous plains bien, monsieur.,

Elle lui prend la main et la garde on instant en prêtant de nouveau l'oreille. — On entend le bruit d’une porte qui se ferme; Adrienne s’élance au fond, écoute et redescend tristement.

DE MÉRIEL, à part.

La ravissante jeune fille !... Le son de sa voix, son doux sourire, son regard candide me jettent dans une sorte d’extase, et mon cœur tressaille au seul frôlement de sa robel

Cinq heures sonnent.

ADRIENNE

Cinq heures! Oh! mon Dieu!... mais ce n’est pas naturel.

DE MÉRIEL, i part, très-inquiet aussi.

En effet... d’Avenay tarde bien à revenir. — La porté Maillot n’est pourtant qu’à deux pas d’ici; je suis dans une anxiété!...

Il regarde par la fenêtre, debout devant le piano.

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