‹ Le feu au couvent comedie en un acte, en prose (volume 2)Chapitre 18 sur 86 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

ADRIENNE, DE MÉRIEL.

DE MÉniEL, à part. •

Par exemple! si je m’attendais à une chose, ce n’était certes pas à être chargé d’une semblable mission!... Elle est réellement au-dessus de mes forces...

ADRIENNE, revenant à de Uëriel.

Oh ! mon Dieu ! monsieur, je me suis engagée à vous faire les honneurs du logis, et voilà que pour débuter je vous oublie! Pardonnez-moi.

DE MKRIEL, qui rexaroiimU attentivement.

Oh ! mademoiselle, (a p.ri.) Pauvre enfant... sa gaieté est tombée tout à coup; il semblerait qu’elle devine...

ADIUENNE.

C’est plus fort que moi... mon cœur vient de se serrer tout à coup, et j’ai envie de pleurer sans savoir pourquoi.

DE MÉRIEL.

Vraiment? (a pan.) C’est bien cela.

Il me semble que mon père était bien ému en me quittant... Vous n’avez pas remarqué, monsieur?

DE MÉRIEL, cherchant à se donner une assurance qu’il perd peu à peu pendant

ce qui suit.

Non, non, mademoiselle.

ADBIENNE.

Il ne m’avait jamais embrassée ainsi... U semblait qu’il me quittât pour un long voyage...

DE UÉRIEL, cherchant à rétourdir.

Oh! mademoiselle, il n’en est pas question... je vous jure.

ADBIENNEj s'as^ejant sur le fauteuil à gauche de la table.

Vraiment? ah ! tant mieux !... — Du reste, je suis très-sujette à ces mouvoments-là,: et voyez-vous, monsieur, cela résulte, je crois, des premières impressions de mon enfance. 11 faut vous dire que mes plus jeunes années furent confiées aux soiqs d’une bonne et digne femme, crédule comme on l’est en Bretagne, et qui, dans son langage, que je comprenais alors, m’a bercée avec des contes étranges, qui ont pu avoir sur mon imagination une fâcheuse influence. — Et puis, un soir, je pouvais avoir cinq ans alors, j’étais dans mon berceau, le cœur serré par un chant triste et monotone avec lequel ma nourrice avait cru m’endormir, lorsque je vis distinctement une figure blanche, qui ressemblait à ma mère, traverser la chambre, puis écarter mes rideaux et se pencher vers moi comme pour m’embrasser. — i,e lendemain, tout le monde autour de moi était en larmes, et l’on se mit à me faire une robe de deuil...

Elle se lève et se penche ponr éconter à gauche, dn cAté de la fenêtre.

DE MÉRIEL.

Qu’avez-vous, mademoiselle?

ADRIENNE

Oh! rien! 11 m’avait semblé entendre. ^ Mais non, ce n’est que le vent dans les branches. — domme c’est triste, ces arbres dépouillés... Il y a longtemps déjà que mon père est parti...

DE MÉRIEL.

Trois quarts d’heure à peine...

ADRIENNE

Et il a dit qu’il reviendrait?

DE MÉRIEL) que l'émotion gagne peu À peu.

Bientôt.

ADRIENNE

Vous devez me trouver singulièrement maussade?... Vous allez avoir bien mauvaise opinion de moil...

DE MÉRIEL, qui ne U perd pas des yeux.

Mais non.

ADRIENNE, qui en revient toujours a son idée fixe.

Voyez-vous, monsieur, parmi toutes mes superstitions, j’ai surtout celle-ci, qu’un malheur ne vient jamais seul; et cette nuit notre couvent a brûlé.

DE HÉRIEL.

Ah!

ADRIENNE

Je me suis presque réjouie de ce fatal événement, qui me rapprochait de mon père, et j’ai peur maintenant que le bon Dieu ne m’en punisse.

DE MÉRIEL.

Oh ! ne croyez pas cela.

Quatre heures sonnent. — Mouvement d'Adrienne.

A DRIENNE.

Je voudrais être à demain.

Elle porte son mouchoir à ses jeux.

Des larmes î

ADRIENNE , passant à droite.

Oui, je ne peux plus les retenir. Mon Dieu! mon Dieu qu’est-ce que j’ai donc? Oh ! je voudrais que Gabriclle pût être là, près de moi.

DE MÉRIEL, involonUirement.

Gabrielle!... Àh! oui.

ADRIENNE

Vous la connaissez ?

DE MÉRIEL.

Votre père m’a pai'lé d’elle.

ADRIENNE, joyeune. ,

Il y pense donc? Oh! tant mieux! (Après un temps.) Vous savez où est allé mon père?

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